Vaud: Le Canton ne veut plus de pubs sexistes dans la rue
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VaudLe Canton ne veut plus de pubs sexistes dans la rue

Le gouvernement vaudois ne souhaite plus voir d'affiches publicitaires dégradant les femmes sur la voie publique. Mais seules les communes pourront les faire disparaître.

par
Yannick Weber
Les publicités sexistes «renforcent l'inégalité entre les sexes», souligne Jacqueline de Quattro.

Les publicités sexistes «renforcent l'inégalité entre les sexes», souligne Jacqueline de Quattro.

AFP

Des femmes dénudées et en position lascive, utilisées pour aguicher le consommateur afin de lui vendre des produits, le gouvernement vaudois n'en veut plus. Il va proposer au Grand Conseil de modifier la loi cantonale, qui interdit déjà la publicité pour l'alcool et le tabac, et d'y ajouter un article pour bannir les pubs sexistes de l'affichage dans les rues.

«Il est difficile de résister aux affiches. Vous n'avez pas le choix de les voir ou non, elles s'imposent à vous et ont un impact non-négligeable», estime la conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro en présentant des exemples de publicités au contenu dégradant pour l'image des femmes.

Dernier mot aux communes

Si le Parlement la suit, la Commission consultative sur les procédés de réclame sera chargée, en collaboration avec le Bureau de l'égalité entre les femmes et les hommes, de trancher sur la légalité d'une publicité. «Il faut se mobiliser contre ces images qui ne doivent plus avoir droit de cité dans nos rues», poursuit Jacqueline de Quattro.

Vaud serait le premier canton romand à établir une telle législation. En Suisse alémanique, seuls Bâle-Ville et quelques communes ont déjà franchi le pas. Mais au final, ce sera bien à ces mêmes communes de faire respecter la volonté du Canton, la commission n'ayant pas de force contraignante. Lausanne s'était déjà dotée d'une grille de lecture des publicités pour trancher les cas limites.

Plaintes en augmentation

Les publicités à caractère sexiste semblent susciter de plus en plus d'oppositions. En 2017, pour la première fois, les plaintes déposées auprès de la Commission suisse pour la loyauté (lire encadré) pour publicités sexistes ont été les plus nombreuses, passant, en un an, de 12% à 18% du total des plaintes.

Des limites à établir

La semaine dernière, une publicité de MediaMarkt avait fait réagir. Elle ciblait des enfants en les récompensant pour leurs résultats scolaires en leur offrant des bons cadeaux. Ses détracteurs la jugeaient discriminatoire. Ce genre de publicité pourrait-il aussi faire un jour l'objet d'une interdiction? «C'est tout à fait envisageable. Il reviendra au Grand Conseil de légiférer et dire jusqu'où on peut aller», répond Jacqueline de Quattro.

Interdiction contre auto-régulation

Hormis pour le tabac et l'alcool, aucune loi ne régule le contenu des publicités. La Commission suisse pour la loyauté tient le rôle d'autorité de surveillance et peut être saisie par tout un chacun. Elle analyse, sur plainte, des publicités, mais ne rend ensuite que des recommandation n'ayant pas de valeur contraignante. La solution d'une interdiction ne convainc pas tout le monde. En 2015, Economiesuisse prenait ainsi fermement position: «Une réglementation prohibitionniste fondée sur des considérations morales manque de légitimité politique et équivaut à une mise sous tutelle. Il n'appartient pas à l'État d'imposer un mode de vie particulier aux consommateurs ou de piloter la consommation de produits légaux.»

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