Vaud - Le Canton publie les rapports d’intervention à la ZAD
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VaudLe Canton publie les rapports d’intervention à la ZAD

Les récits de l’évacuation effectués par les observateurs indépendants et par la police ont été rendus publics. On y trouve quelques points critiques, et beaucoup de détails.

par
Pauline Rumpf

Trois mois après l’évacuation de la zone occupée par des militants climatiques sur la colline du Mormont, à Eclépens (VD), le Canton de Vaud a dévoilé deux rapports qui donnent chacun un nouvel éclairage sur cette journée du 1er avril.

L’évacuation en chiffres

  • 239’000 francs: c’est le coût estimé de l’opération, qui comprend l’engagement du Groupement latin de sécurité et maintien de l’ordre (GMO)

  • GMO: 15 Valaisans, 16 Neuchâtelois, 10 Jurassiens, 66 Genevois et 14 Fribourgeois, au tarif de 200 francs par agent et par jour, soit 55’000 francs environ

  • 144 personnes ont été prises en charge par la police, dont 95 interpellations, comprenant deux mineurs. Et 41 personnes n’ont pas encore été interpellées

  • Plus de 600 intervenants au total

Le premier rapport émane de la Police cantonale vaudoise, et documente précisément le déroulé des faits, des jours précédents aux jours suivant l’intervention. Rédigé par son commandant Jacques Antenen, il souligne que les enjeux de cette opération étaient grands, non seulement parce que c’était une première, mais aussi parce que le temps de préparation, 3 semaines, était très court pour une manœuvre si complexe. «Les membres du Conseil d’État ont été informés des risques et des enjeux de cet engagement», précise le rapport.

Cependant, la police tire un bilan positif de cette journée. «Tous les objectifs ont été remplis à satisfaction et avec un très grand professionnalisme de la part de tous les acteurs engagés», se félicite Jacques Antenen. Le traitement des personnes interpellées et emmenées au Centre de police de la Blécherette sous l’autorité du Ministère public fera peut-être l’objet d’un autre rapport.

Professionnalisme et bémols

Le second texte a été rédigé par les trois observateurs indépendants mandatés par le Canton, qui ont suivi la situation de 7h30 à 19h30. S’ils estiment que leur nombre ne leur suffisait pas à tout observer, ils assurent avoir pu se déplacer en toute liberté et parler avec tous ceux qui le souhaitaient. Leur rapport relève le professionnalisme de la police, voire «la plupart du temps» sa finesse, sa bienveillance, son respect et son calme. Il indique que le recours à la force a été proportionné et que les choses se sont globalement bien passées, sans accident grave; «les deux parties y ont contribué».

Les observateurs notent toutefois quelques points problématiques. Premièrement, les agents ne portaient pas de matricule visible ou de signe permettant leur identification en cas de problème. Même le personnel médical, médecins et ambulanciers, n’était pas facilement identifiable et pouvait facilement être confondu avec les agents d’intervention. Interpellée, la conseillère d’Etat, Béatrice Métraux, indique que les agents vaudois n’ont aucune obligation d’afficher leur matricule tant qu’ils s’identifient en cas de requête explicite, ce qui a été fait, assure-t-elle.

Béatrice Métraux répond

L’aspect médical revient dans leur deuxième critique, qui concerne l’«hôpital» mis en place par les zadistes, et qui était tenu notamment par deux médecins déjà identifiés par le groupe d’observation. Les rapporteurs se disent surpris qu’ils n’aient pas été évacués en dernier, et qu’ils aient subi le même traitement que les militants faisant obstacle aux forces de l’ordre. Le collectif ZAD de la Colline, lui, estime même que c’est une violation des conventions de Genève, d’autant que leurs médecins et étudiants en médecine ont subi des contrôles humiliants tels que des fouilles corporelles complètes.

Béatrice Métraux rappelle qu’ils étaient, comme les autres, en situation d’infraction de par leur présence sur ce site. «La police ne pouvait faire de distinction selon le statut autoproclamé par les zadistes eux-mêmes», estime la cheffe du Département de l'environnement et de la sécurité, qui indique qu’un dispositif sanitaire adéquat et officiel avait été prévu par ailleurs. «Au vu du reste de nos rapports, la confiance en nos autorités ne régnait pas, et on craignait que la santé des militants ne devienne un sujet de chantage», réagit Camille* au nom du collectif.

* prénom d’emprunt

«Balivernes», répond le collectif

Nombre de zadistes qui ont vécu l’opération de «l’autre côté» se disent mécontents du rapport et déplorent qu’il constitue la version officielle auprès du Canton. Outre le problème médical, plusieurs points sont lacunaires, voire faux, explique Camille et la plupart concernent des faits qui se sont déroulés dans les jours suivants le «Jour J», alors que deux zadistes seulement restaient dans les arbres.

  • Le collectif déplore que les observateurs ne soient pas restés aussi longtemps que les grimpeurs étaient dans les arbres, incapables donc de constater d’éventuels abus sur ceux qui tentaient de ravitailler les «accrobranchés». L’un d’eux dénonce un rapport truffé de «balivernes», mais ce sera parole contre parole

  • Le rapport exclut toute intervention de nuit, alors que la montée aux arbres d’agents aboutissant au séquestre des affaires des «accrobranchés» (sac de couchage notamment) s’est déroulée de nuit, assurent-ils

  • Les «contacts police» ont certes été pris en considération, mais s’estiment trahis par les agents avec qui ils avaient convenu d’une pause, dont ceux-ci ont profité pour entrer dans la ZAD

  • Une équipe de «ground support» avait également été validée par la conseillère d’Etat pour assurer la sécurité des grimpeurs, indique Camille. Or, bien qu’identifiables facilement, ceux-ci ont été arrêtés rapidement

  • Le rapport de police fait état de jets d’excréments durant l’«assaut»; «leur odorat a trompé les agents, ce n’était que du purin d’orties» (ndlr: un engrais naturel), rigole Camille

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