05.10.2020 à 07:00

France voisineLe centre commercial qui veut faire du service public

Le futur complexe Open à Saint-Genis-Pouilly, à deux pas de la frontière, suscite des oppositions citoyennes et politiques.

de
Maria Pineiro
Open se présente comme un centre commercial d’un nouveau type.
Open

Open se présente comme un centre commercial d’un nouveau type.

DR

Place de jeux pour enfants, skatepark, pôle médical, recyclerie solidaire ou encore maison des associations dans un écrin de verdure et de bois. Non, ce n’est pas le programme d’investissement d’une collectivité publique, mais les équipements promis par le groupe Frey dans son futur centre commercial Open de Saint-Genis-Pouilly. Ces propositions viennent compléter les plus traditionnels commerces, restaurants et roof tops que proposera le centre de 39’000 mètres carrés, pour un investissement de 150 millions d’euros. La clientèle visée, principalement des Suisses. La semaine dernière, Antoine Frey, PDG du groupe qui porte son nom, a dit tout le mal qu’il pensait du modèle du centre commercial «traditionnel» alignant les boutiques dans un couloir de carrelages. Une vision «obsolète», selon lui, qui n’offre au chaland qu’une «expérience pauvre».

Et le PDG d’un des géants français du domaine de livrer ses constats et sa vision: «La société se fracture, notre mission est de créer du lien.» L’homme d’affaires se veut le chantre de l’innovation dans le domaine des surfaces commerciales. Son entreprise propose divers types de centres. Open alternera espaces en plein air et espaces couverts. D’après la plaquette de présentation, il s’agit «d’une nouvelle génération de sites conçus sous le signe de la sociabilité et de la convivialité». À Saint-Genis-Pouilly, Antoine Frey veut offrir à ses futurs clients une «promenade expérientielle, grâce à une mixité d’usages avec notamment des espaces gratuits».

Oppositions

Un énième centre commercial qui va dévitaliser le centre-ville de Saint-Genis-Pouilly, causer un intense trafic automobile le week-end et détruire la nappe phréatique de l’Allondon. Voilà les axes des opposants à Open. La région est en effet plutôt bien achalandée en matière d’hypermarchés et de centres commerciaux, principalement destinés aux Suisses. Val Thoiry doit s’agrandir et un autre projet va voir le jour à Ferney-Voltaire. Pour le maire de Saint-Genis et fervent défenseur du projet, Hubert Bertrand, Open constitue une proposition innovante qui permettra de créer de l’emploi. Quelque 750 postes sont envisagés. Membre de l’opposition municipale, Bernard Bourdon craint, lui, pour la vitalité du centre-ville: «Il y a de la vie. Les commerçants sont inquiets face à cette future concurrence. Ils vont péricliter.» Antoine Frey se veut rassurant, affirmant que leur «ennemi, ce n’est pas le commerce local, c’est Amazon». Le groupe promet une navette électrique gratuite qui reliera le village à Open. Enfin, last but not least, la question environnementale est très présente dans les débats. Les opposants, parmi lesquels le géologue Rémi Fontaine, estiment que la nappe phréatique sera touchée, au risque d’assécher totalement l’Allondon, cours d’eau transfrontalier déjà mal en point. Les promoteurs d’Open se défendent en invoquant le fait d’avoir obtenu toutes les autorisations requises, notamment celles du Service de l’eau.

«Le concept n’est pas nouveau, aux États-Unis, les malls fonctionnent déjà comme des centres de sociabilité depuis les années 1970-1980, analyse le géographe Pierre Dessemontet. Les promoteurs espèrent que les installations ludiques, médicales ou à destination des associations locales vont fonctionner comme des générateurs de trafic pour l’ensemble du centre commercial.» Le futur centre commercial devra en effet faire face à une vive concurrence d’enseignes installées depuis longtemps. Les oppositions locales ou régionales sont également fortes (lire encadré). «Au centre du village, nous avons déjà des aires de jeu, un skatepark, une maison des associations. Oui, on peut parler de vampirisation. Il y a déjà un centre médical à Saint-Genis, construit il y a quelques années. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un hôpital!» tempête Agnès Bingham, membre du collectif Stop Open. Le projet ne bénéfice par non plus du soutien de la communauté de communes qui avait prévu trois pôles commerciaux au niveau de la région, mais pas à Saint-Genis-Pouilly. Malgré les équipements médicaux ou associatifs, Patrice Dunand, président de GexAgglo, estime qu’Open ne sera «pas un projet d’utilité publique. On embellit le tableau avec des services qui vont dans le sens de la population, pour mieux faire passer le centre.»

Les travaux préparatoires ont déjà été lancés. Les premiers clients d’Open sont attendus pour le printemps 2023. Malgré la crise liée au Covid-19, Antoine Frey se dit confiant, sur la base des résultats d’autres espaces de ce type en France. «Aujourd’hui, les centres commerciaux tels qu’on les connaît en Suisse ou en France voisine s’essoufflent. Ce type de concept, c’est ce qui peut marcher», conclut Pierre Dessemontet.

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