Actualisé 23.08.2008 à 12:07

Le CERN va-t-il avaler la Terre le 10 septembre?

Le 10 septembre sera mis en route à Genève un collisionneur censé détecter une particule jamais répertoriée. Un scientifique allemand s'inquiète d'une éventuelle formation de trous noirs.

Comprendre comment le monde tient ensemble est une question qui taraude les hommes depuis toujours. «Les Grecs s'interrogeaient déjà sur le sujet», relève Ulrich Straumann, professeur de physique expérimentale à l'Université de Zurich.

Grâce au progrès scientifique, l'humanité est en mesure de fournir aujourd'hui des explications plus précises sur les briques élémentaires dont est constituée la matière et par quelles forces ces éléments sont maintenus ensemble.

Des décennies de recherches

Ces nouvelles connaissances ont été notamment obtenues grâce à l'accélérateur de particules du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire). Dans les années cinquante, les chercheurs du laboratoire ont fait s'entrechoquer des particules et ont étudié ce qui ressortait des collisions.

Les résultats obtenus ont confirmé la théorie dite du modèle standard, grâce à laquelle les physiciens expliquent aujourd'hui la création de l'Univers.

Les scientifiques ont dû toutefois admettre que ce modèle ne permettait pas de répondre à toutes les questions. Pour que cette théorie fonctionne, il faut émettre l'hypothèse qu'à côté des 24 particules déjà répertoriées, il en existe une 25ème, surnommée le boson de Higgs.

L'insaisissable particule

Ce boson n'a encore jamais été détecté. Les accélérateurs de particules actuels se révèlent trop peu puissants pour y parvenir. Le grand collisionneur de hadrons (LHC), près de Genève, devrait en revanche être de taille à relever le défi.

Les ingénieurs et les physiciens ont construit, cent mètres sous terre, la marchine la plus grande et la plus complexe de tous les temps. Les médias comparent déjà les lieux souterrains où se dérouleront les expériences à des cathédrales de la physique. Certains voient même dans le LHC le pendant moderne des pyramides.

Le LHC a été construit dans un anneau souterrain de 26,7 kilomètres de long qui abritait le LEP, l'ancien accélérateur du CERN. La seule conception de la machine aura coûté 4,6 milliards de francs. A cette somme s'ajoute un autre milliard de francs pour les détecteurs qui doivent permettre de piéger les particules.

La chasse au boson de Higgs n'est pas la seule raison de la construction du LHC. L'installation ouvre une ère passionnante pour les physiciens, qui pourront recréer les conditions extrêmes qui régnaient très peu de temps après le Big Bang.

Un voyage dans l'inconnu

Les scientifiques se voient ainsi offrir la possibilité d'un voyage dans l'infiniment petit de la matière et le commencement de l'Univers. Chose qui leur était jusqu'à présent impossible.

Ulrich Straumann attend avec impatience la mise en marche du LHC. Le professeur, qui représente la Suisse au conseil du CERN, se dit totalement fasciné par le fait de pouvoir travailler à la frontière du savoir, des forces et de la matière.

«Cela fait partie de la condition humaine que de s'interroger d'où nous venons», ajoute le chercheur. Selon lui, les coûts élevés de la machine se justifient. Une fois que la communauté scientifique s'est décidée pour le projet, les coûts partagés ont pu être ramenés à des niveaux supportables pour les membres du CERN.

Les recherches menées grâce au LHC ne comportent pas de risques irresponsables, note M. Straumann en réponse à des inquiétudes émanant du professeur de biochimie allemand Otto Rössler.

Selon M. Rössler, lors des collisions de particules, des trous noirs pourraient apparaître, avec le risque que ceux-ci aspirent le monde et le fassent disparaître. «D'après moi, il n'existe pas de risque», soutient M. Straumann. Et d'ajouter que le CERN a examiné avec le plus grand sérieux ces questions. (ats)

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