Biologie: Le cerveau, ennemi de nos bonnes résolutions
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BiologieLe cerveau, ennemi de nos bonnes résolutions

Perdre trois kilos, faire du sport, arrêter de fumer: le Nouvel An est à peine passé que vous avez déjà du mal à tenir vos bonnes résolutions.

Dans le match fondant au chocolat contre brocoli, le plaisir immédiat a tendance à l'emporter sur la promesse des kilos perdus.

Dans le match fondant au chocolat contre brocoli, le plaisir immédiat a tendance à l'emporter sur la promesse des kilos perdus.

L'explication est sans doute biologique. Les scientifiques vous le diront: si les mauvaises habitudes sont si difficiles à perdre, c'est parce qu'elles sont ancrées dans notre cerveau.

Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras: car en étudiant notre fonctionnement cérébral, les chercheurs apprennent aussi des trucs pour remplacer les mauvaises habitudes par des bonnes.

gratification immédiate

«Pourquoi les mauvaises habitudes sont-elles plus fortes? Parce qu'on lutte contre la puissance de la gratification immédiate», explique le Dr Nora Volkow, directrice de l'Institut national sur la toxicomanie (NIDA), spécialiste des circuits du plaisir dans le cerveau.

Dans le match fondant au chocolat contre brocoli, le plaisir immédiat a tendance à l'emporter sur la promesse des kilos perdus. «Nous sommes tous programmés ainsi pour accorder une plus grande valeur à une récompense immédiate qu'à quelque chose qui arrive plus tard», explique-t-elle.

Dopamine

Une substance chimique, la dopamine, surtout étudiée dans le traitement des addictions à l'alcool et la drogue, intervient pour transformer cet instant de bonheur en habitude. C'est un neurotransmetteur, c'est-à-dire une molécule chargée de transmettre l'information entre les neurones. Elle conditionne ainsi le cerveau à vouloir encore et encore cette même satisfaction, renforçant à chaque fois la connexion, en particulier quand il reçoit les bons signaux dans notre environnement.

Or souvent, l'orgueil est notre plus grande faiblesse: nous sommes enclins à surestimer notre capacité à résister à la tentation, ce qui compromet nos tentatives pour nous débarrasser de nos mauvaises habitudes, explique Loran Nordgren, professeur assistant à la faculté de gestion Kellog de la Northwestern University.

Test

Lors d'une expérience, il a demandé à de gros fumeurs de regarder un film comme «Coffee and Cigarettes» de Jim Jarmusch, qui donne une vision romantique de la cigarette, sans en griller une. Ces derniers étaient payés en fonction du niveau de tentation subi. Ils devaient choisir de regarder le film une cigarette non-allumée à la main, le paquet sur la table ou dans l'autre pièce.

Les fumeurs qui pensaient pouvoir résister à une forte tentation avaient tendance à tenir une cigarette à la main et avaient plus de risque de l'allumer que ceux qui préféraient ne pas garder le paquet à portée de main, selon Loran Nordgren.

Environnement à juger

Il faut se méfier aussi de son environnement. Vous ne pouvez pas vous empêcher de grignoter devant votre émission de télé favorite? C'est parce qu'une région du cerveau baptisée le striatum mémorise les rituels et routines associés à une satisfaction spécifique, explique le Dr Volkow. Cela va contribuer à créer des automatismes. «Je n'aime pas le pop-corn», raconte Nora Volkow. «Pourtant, chaque fois que je vais au cinéma, il faut que j'en mange. C'est fascinant.»

Quelques trucs

Ces derniers temps, certaines sociétés ont commencé à offrir de l'argent ou des baisses de tarif d'assurances pour inciter à adopter de meilleurs habitudes, comme d'arrêter de fumer. S'il reste encore difficile de déterminer si ce substitut financier est réellement efficace, il existe des trucs pour aider le cerveau à décrocher, selon les chercheurs:

- Répétez encore et encore le nouveau comportement à adopter en instaurant une routine quotidienne. Vous voulez faire de l'exercice? Faites-le chaque fois à la même heure pour que cette habitude s'imprime dans le striatum jusqu'à cela finisse par vous manquer quand vous y dérogez, explique le Dr Volkow, elle-même une adepte de la course à pied.

- N'oubliez pas que l'exercice lui-même fait augmenter les niveaux de dopamine, donc à terme le cerveau reçoit une sensation de plaisir, même si vos muscles protestent.

- Récompensez-vous avec quelque chose qui vous fait vraiment envie. Vous avez fait du sport toute la semaine, vous vous êtes tenu à votre régime? Offrez-vous un livre, une paire de jeans ou un bon restaurant.

- Attention au stress, qui peut souvent réactiver le circuit des mauvaises habitudes. C'est comme cela qu'''on voit les gens qui se mettent immédiatement à manger à l'aéroport quand leur vol est annulé«, observe Nora Volkow.

- Supprimez les rituels associés à l'habitude que vous voulez perdre. Plus question de manger devant la télé, par exemple. »Ce qu'il faut chercher c'est ce qui dans mon environnement va déclencher ce comportement«, explique Loran Nordgren. »Et il faut s'en protéger." (ap)

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