Actualisé 23.01.2009 à 18:07

Congo-KinshasaLe chef rebelle congolais arrêté

Renversement d'alliances dans le conflit au Congo-Kinshasa.

L'armée rwandaise, entrée au Nord-Kivu pour une opération conjointe avec les forces congolaises, a arrêté son ancien homme-lige, le chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, qui avait résisté à son interpellation.

Jeudi, les forces congolo-rwandaises avaient convergé vers le fief de Nkunda dans la ville de Bunagana à la frontière ougandaise. Mais le chef rebelle a résisté, prenant la fuite vers le sud et repassant la frontière du Rwanda, où il a été arrêté, a précisé le capitaine Olivier Hamuli, un porte-parole des forces conjointes.

Selon la version officielle rwandaise, Nkunda a été arrêté jeudi soir car ses fidèles s'opposaient à cette opération conjointe contre les milices hutu de la région: «quiconque résiste au bon déroulement de l'opération conjointe est un obstacle. Il était un obstacle», a déclaré Jill Rutaremara, porte-parole de l'armée rwandaise, au téléphone depuis la Tanzanie, précisant qu'il s'était rendu sans résistance et était «au Rwanda illégalement».

Le gouvernement de Kinshasa a qualifié son arrestation de «développement positif», et espéré que Kigali extrade Nkunda, contre lequel la RDC a lancé un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre en 2005 lors de la prise de Bukavu par ses hommes en 2004.

Impressionnant renversement d'alliances dans le conflit congolais, environ 4.000 soldats rwandais sont entrés en RDC cette semaine, à l'invitation de Kinshasa: il s'agit d'une opération conjointe visant au désarmement de milliers de miliciens hutus rwandais qui s'y sont réfugiés après le génocide de 1994, principale pomme de discorde entre Kigali et Kinshasa. Les détails de l'accord rwando-congolais n'ont pas été rendus publics, mais selon les observateurs le sort de Nkunda en aurait été au coeur.

Nkunda, pendant des mois le plus puissant des chefs rebelles de l'est congolais, avait connu un sérieux revers début janvier avec la scission en forme de putsch interne de son mouvement, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP): son ex-chef d'état-major, le général Bosco Ntaganda avait annoncé qu'il démettait Nkunda de ses fonctions, puis qu'il se ralliait à la lutte contre les miliciens hutu.

Ntaganda est recherché par la Cour pénal internationale (CPI) pour enrôlement forcé d'enfants dans l'Ituri, et craignait peut-être, selon les observateurs, que son chef, avec lequel les dissensions étaient de plus en plus nombreuses, ne finisse par le livrer.

En outre, Nkunda, de plus en plus autoritaire et mégalomaniaque, et qu'on disait piocher dans la caisse de la rébellion et ne plus servir que son propre intérêt, avait commencé à irriter sérieusement tant Kigali, son allié au départ, que ses propres hommes.

Fin août, la rébellion menée par l'ex-général qui avait claqué la porte de l'armée congolaise en 2004, avait relancé une offensive de grande envergure au Nord-Kivu. Les combats entre rebelles, armée de Kinshasa et milices pro-gouvernementales ont chassé sur les routes quelque 250.000 personnes.

Condamnant cette offensive, le Conseil de sécurité de l'ONU a modifié le mandat de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (RDC) afin qu'elle se concentre dans l'année à venir sur la crise dans les provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le Conseil a prorogé le mandat de la MONUC, autorisée à disposer de 22.000 soldats et policiers jusqu'au 31 décembre 2009.

Les deux camps en présence sont accusés de nombreuses atrocités contre les populations civiles du Nord-Kivu, ballottées depuis de longues années de conflit et une nouvelle fois jetées sur les routes.

La présence dans l'Est congolais des miliciens hutus est un des facteurs déterminants dans les mauvaises relations entre Kinshasa et Kigali. Les interventions rwandaises ont plongé l'immense ex-Zaïre dans un sanglant conflit entre 1998 et 2003, impliquant les armées de six pays de la région. (ap)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!