Winterthour (ZH) - Le chêne hitlérien «doit devenir quelque chose de positif»
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Winterthour (ZH)Le chêne hitlérien «doit devenir quelque chose de positif»

Cadeau d’Adolf Hitler, l’arbre possède un héritage lourd qui fascine les groupes d’extrême droite, particulièrement actifs ces derniers temps. Malgré tout, experts et politiciens estiment qu’il ne faut pas le couper.

par
Noemi Cinelli
Les groupes d’extrême droite ont l’habitude de se rencontrer en secret sous le chêne hitlérien. La police surveille les lieux.

Les groupes d’extrême droite ont l’habitude de se rencontrer en secret sous le chêne hitlérien. La police surveille les lieux.

20 Minuten

Cela fait plus de 80 ans que le chêne se dresse à Winterthour (ZH), près d’un centre sportif. Adolf Hitler l’avait offert à Georg Miez, gymnaste professionnel, à l’issue des Jeux Olympiques de Berlin de 1936, rapporte le «Tages-Anzeiger». L’arbre a ensuite été donné à la ville. Au total, 130 chênes avaient ainsi été distribués par le dictateur allemand aux médaillés d’or. Si certains ont été perdus de vue ou abattus, d’autres sont au contraire bien préservés et suscitent toujours la polémique.

L’arbre ne pose pas de problème en soi, a fait savoir à «20 Minuten» la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Georg Miez, qui rejetait l’idéologie nazie, avait en effet refusé de faire le salut hitlérien lors de la cérémonie de remise des médailles. «Ce qui est problématique en revanche, c’est que ce chêne a acquis un pouvoir symbolique auprès de certains groupes extrémistes», a poursuivi la CFR. Et cela ne concerne pas que l’extrême-droite ou les néozais: dans une série sur la radicalisation des jeunes islamistes de Winterthour, le «Tages-Anzeiger» souligne que ceux-ci ont eux aussi choisi ce chêne comme lieu de réunion secrète.

Un lieu de mémoire et un symbole de résistance pour les politiques

«Au lieu de la prévention et de la discussion, il faudrait la répression. Et non contre l’arbre, mais contre les islamistes», a déclaré Markus Reinhard, vice-président de l’UDC Winterthur. De son point de vue, le chêne est avant tout un lieu de mémoire.

Lilli Rose Wiesmann, membre de la Jeunesse socialiste de Winterthour, dit avoir été choquée en apprenant l’existence du chêne hitlérien, avant de changer d’avis en se penchant sur l’histoire de cet arbre. «Je me suis rendue compte que l’arbre symbolise une histoire de résistance», explique-t-elle.

Du côté des autorités de Winterthour, on estime également qu’il n’y a pas lieu d’abattre cet arbre, malgré son lien avec le nazisme. Au contraire: le chêne doit devenir un mémorial historique et un symbole du courage civil et rappeler l’exploit sportif de Georg Miez, estime Stefan Fritschi, conseiller municipal de la Ville. Pour lui, «le contexte historique et l'origine sombre de l'arbre doivent être transformés en quelque chose de positif» et la pose d’un panneau d’information rappelant toute l’histoire de ce chêne est envisagée.

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