Affaire Luca : Le chien reste le principal suspect
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Affaire Luca Le chien reste le principal suspect

La justice valaisanne estime que le chien de la famille est au centre de l'affaire mais n'a pu exclure l'intervention de tiers dans l'agression dont a été victime le petit Luca en 2002.

La famille de Luca, soutenue par des dizaines de manifestants, a contesté à Sion le travail de la justice valaisanne.

Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale de Lausanne, a été formel jeudi lors d'une conférence de presse du Ministère public valaisan. Les traces relevées sur le corps de Luca ne sont pas la conséquence de coups. «Quand j'entends dire qu'on l'a flagellé, je m'insurge».

Rapport pluridisciplinaire

Le professeur Mangin a expliqué que durant l'enquête il s'était entouré de nombreux spécialistes. Tout renvoie au chien: les marques sur le corps, les habits déchirés aux endroits correspondants et l'ADN.

M. Mangin ne veut pas parler d'attaque, mais au moins d'une «interaction excessive et non maîtrisée». Il admet que les lésions infligées sont superficielle et peu graves.

Mais le drame est survenu en hiver, par une température inférieure à zéro degré, dans un champ en pente recouvert de neige. Le chien, un berger allemand de 7 mois pesant 30 kilos, pas dressé et indiscipliné, avait été libéré de sa laisse.

La présence souvent évoquée d'une substance de type «slim» entre les fesses de l'enfant est aussi expliquée par M. Mangin. Il évoque la présence de selles, ce qui serait sans surprise en raison de l'hypothermie de l'enfant.

Quant à la présence d'autres adolescents sur place, le procureur général adjoint Nicolas Dubuis, chargé du dossier, a précisé que les alibis ont été contrôlés. Rien n'indique leur présence sur place.

Le doute existe

Pourtant, le doute habite M. Dubuis. «J'ai douté tout au long de l'enquête, c'est la raison pour laquelle je me suis entouré d'experts», a-t-il dit. Et l'ordonnance de classement qu'il a rédigée en 2004, il l'a faite dans l'espoir que la famille recoure. Elle ne l'a pas fait.

Le Ministère public valaisan a indiqué avoir implicitement rouvert le dossier Luca depuis le 15 novembre 2010. Date à laquelle il a décidé de faire expertiser le dessin réalisé par le frère de Luca en 2005.

Le dessin sera examiné par quatre spécialistes de langue italienne. La famille pourra contester l'expertise si les conclusions ne lui conviennent pas. Le Ministère public a précisé que la prescription n'interviendrait qu'aux 25 ans de la victime, soit le 22 novembre 2019.

Luca témoigne

A l'issue de la conférence de presse du Ministère public, Luca a fait devant une nuée de journalistes le récit de ce qui lui est arrivé ce funeste 7 février 2002 à Veysonnaz (VS) (voir la vidéo ci-dessus).

Il a expliqué que, pendant qu'il jouait avec son chien et son petit frère, des «gens sont arrivés. Ils ont commencé à me déshabiller et à me frapper. J'ai tout de suite compris qu'il ne venaient pas en amis». Piégé, il n'a pas pu se défendre.

Il a indiqué que le chien n'était pas le responsable mais que c'était «ces gens qui lui avaient fait tout ça». Ca fait dix ans que je répète la même chose et on ne me croit pas aujourd'hui encore», a témoigné le jeune garçon, tétraplégique et aveugle depuis le drame.

Les vêtements de Luca

La maman de Luca a indiqué n'avoir jamais reçu de lettre confirmant la réouverture du dossier de son fils. Elle a précisé que si le Ministère public est prêt à collaborer, la famille collaborera également. Elle doute toutefois de la volonté de la justice valaisanne de «trouver la vérité».

«Nous souhaitons obtenir les vêtements que portait Luca ce jour- là pour pouvoir les faire analyser en Italie», a-t-elle encore indiqué.

«Le procureur ne connaît pas Luca, il ne l'a jamais entendu, ni ne lui a jamais rien demandé», a déploré sa maman. «Je suis presque certaine qu'on ne trouvera jamais les coupables. Ce que nous voulons au moins, c'est que Luca et Marco soient entendus. Que quelqu'un croie à leur histoire». (20 minutes/ats)

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