Nyon (VD): Le chimiste qui avait tué sa femme risque 12 ans

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Nyon (VD)Le chimiste qui avait tué sa femme risque 12 ans

Le procureur a requis 12 ans contre un cocaïnomane qui avait assassiné son épouse de 21 coups de couteau. La défense a demandé 4 à 5 ans pour meurtre.

par
Christian Humbert

Quarante mille francs par mois durant sept ans pour un total de trois millions de francs: tel était le montant fou dépensé en drogues par un couple délirant de Gland (VD). Les conséquences de cette consommation frénétique ont été dramatiques. Hans*, un chimiste de 49 ans, avait «déchiqueté» Helena*, sa femme de 32 ans, en septembre 2013 à leur domicile.

Mercredi, devant le Tribunal criminel de Nyon, il a prétendu s'être blessé en se défendant d'une agression de celle qu'il avait rencontrée dans un cabaret sept ans auparavant. Une théorie infirmée par la médecin-légiste: «Il n'a pas été agressé. Ses lésions ont été provoquées au moment de frapper avec les couteaux.»

Jeudi, l'heure était aux plaidoiries devant le tribunal criminel de Nyon. Dans son réquisitoire, le procureur Eric Mermoud a rappelé que le chimiste déchu à 20'000 francs de salaire mensuel a tenu un tout autre discours peu après le crime: «J'ai tué ma femme. Maintenant je suis libéré», avait-il déclaré.

«Il a décidé de passer à l'acte le matin, a expliqué Eric Mermoud. Il croyait qu'elle lui avait posé des micros sur ses doigts et des mini-caméras sous les paupières. Il se croyait empoisonné par sa femme, mais ne lui en a jamais parlé. Il l'a piégée dans une pièce préparée pour cela. Il a disposé la drogue sur le sol et l'a frappée dans le dos alors qu'elle était à genoux, à sniffer la drogue.»

Le procureur a admis l'absence de mobile et de but rationnels. Il a reconnu la diminution moyenne à importante de la responsabilité pénale. Il a néanmoins retenu l'assassinat, notamment par la manière de procéder du prévenu. La loi prévoit dix ans au minimum. Eric Mermoud en a réclamé douze pour cette longue «lutte à mort», cette «scène atroce» que le quinquagénaire aurait pu stopper à plusieurs reprises.

«Ce n'est pas un assasinat mais un meurtre», a plaidé de son côté Me Aline Bonard, l'avocate du chimiste. Elle n'a cependant pas défendu la thèse de la légitime défense. Elle a rappelé que son client a dépensé 197'000 francs en stupéfiants en un seul mois et a décrit un couple de «junkies». Hans était «un mort vivant qui avait perdu toute raison. Dans son esprit, il fallait mettre fin à son calvaire et à celui du chien Léo. Une longue peine ne ramènera pas la victime.» Quatre à cinq ans de prison suffisent aux yeux de Me Bonard.

Le chimiste a voulu rassurer ses juges: «La prison n'a pas été négative pour moi. C'était la seule façon de me couper de la drogue. Sans drogue, pas de crime. Je veux devenir éducateur social car mon expérience peut servir.»

Seul moment émouvant au terme de ce procès, Hans a exprimé son amour pour sa défunte femme, dont la mémoire a été salie par des témoins. «Personne n'a le droit de la juger, a-t-il rappelé. Mon amour sera toujours présent pour elle. Je regrette profondément ce que j'ai fait. J'accepte sans condition la sanction, sans limite de durée. Cela ne change au rien du fait qu elle est morte et qu'elle ne sera plus jamais avec moi.» Le jugement tombera mardi prochain.

* Prénoms fictifs

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