Genève - «Le chiot est détenu comme dans un couloir de la mort»
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Genève«Le chiot est détenu comme dans un couloir de la mort»

Freddy Junior est séquestré seul depuis le 8 juin pour risque de rage. Illégal, dénonce l’avocat de sa propriétaire.

par
Maria Pineiro
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Les premiers mois de Freddy Junior, petit chien pinscher toy né en mars, sont bien solitaires. L’animal, importé illégalement de Moldavie, est détenu par le vétérinaire cantonal depuis le 8 juin. En cause: une suspicion de rage. Son pays d’origine est effectivement une zone à risque pour la maladie. En conséquence, le chiot est à l’isolement. c’est-à-dire seul. Situation que l’avocat de la maîtresse de l’animal, Me Romain Jordan juge illégale.

Contacts suffisants exigés

Jeudi, l’homme de loi a envoyé au Service des affaires vétérinaires (SCAV) une requête en constatation des conditions illégales de détention du chien. La requête se fonde sur la loi sur la protection des animaux, son ordonnance et son règlement d’application. En substance, les textes disent que les canidés «doivent avoir tous les jours des contacts suffisants avec des êtres humains, et si possible avec d’autres chiens». Ceux qui sont «détenus dans des boxes depuis plus de trois mois (ndlr: ce qui n’est pas encore le cas de Freddy Jr) doivent avoir des contacts visuels, auditifs et olfactifs avec un autre chien détenu dans un enclos attenant».

Risque de rage écarté?

De fait, Romain Jordan estime qu’il appartient au Service du vétérinaire cantonal de mettre la détention «en oeuvre dans le strict respect du bien-être animal et des exigences fédérales idoines». Pour l’avocat, «s’il peut être admissible de détenir un chien dans des conditions non respectueuses de sa dignité pendant quelques heures ou jours, il ne saurait être question de l’accepter sur des périodes de plusieurs mois». Il estime qu’après plusieurs semaines de détention, le risque de rage est écarté et que le Service vétérinaire a détenu le chiot «comme dans un ‘couloir de la mort’, partant du principe que cela ne servait à rien de lui offrir des conditions respectueuses de sa dignité».

Dérogation

Interpellé, le SCAV a insisté sur le fait que, comme «le diagnostic de la maladie (ndlr: rage) n’a pu être ni confirmé, ni infirmé, l’animal est détenu à l’isolement afin de protéger humains et animaux» pour des raisons indépendantes de sa volonté. A savoir, les délais légaux induits par les procédures judiciaires intentées par la propriétaire de Freddy. Et de rappeler que «des dérogations aux dispositions régissant la manière de le détenir sont nécessaires pour la lutte contre les épizooties», ce que permet l’article 14 de l’ordonnance sur la protection des animaux.

La faute à l’importateur

Enfin, le SCAV enfonce le clou en affirmant que «les conditions actuelles de vie du chiot découlent uniquement d’une importation en totale illégalité afin de l’offrir en cadeau». Par ailleurs, le vétérinaire cantonal précise que la durée du trajet depuis la Moldavie est estimée à 30 heures, effectuées d’une traite, «sans aucun respect des conditions sanitaires ni du bien-être de l’animal». Le Service déplore «un tel début de vie pour un chiot et rappelle qu’acheter un chien à l’étranger doit être un acte réfléchi».

La réponse du Service vétérinaire permettra formellement à sa propriétaire et à son avocat de former recours contre les conditions de détention.

Préposé à la transparence saisi

Romain Jordan a demandé au Service des affaires vétérinaires de lui fournir «l’historique sur les dix dernières années des cas de chiens suspectés de rage et leur traitement administratif par vos services». Une requête que le SCAV a refusée «en raison du travail disproportionné que cela représente». Cette décision est légalement motivée par le Service, mais pour l’avocat, il s’agit d’un «prétexte! Le SCAV ne souhaite pas devoir expliquer pourquoi, après le départ de l’ancien vétérinaire cantonal, il a mis fin à la pratique de la quarantaine qui permettait de sauver le vie de l’animal». Romain Jordan a saisi le Préposé cantonal à la protection des données et à la transparence et demandé une médiation urgente.

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