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Genève«Le choc a fait de ma cliente un légume»

La partie civile a fait part de la détresse de la concubine du retraité égorgé en 2012. Le procureur a requis 18 ans de prison contre l'accusé, un Kosovar addict au jeu.

par
Julien Culet
Le drame s'était déroulé le 7 avril 2012 au 43 rue Caroline, à Carouge.

Le drame s'était déroulé le 7 avril 2012 au 43 rue Caroline, à Carouge.

«Ma cliente est dévastée depuis le drame. Le choc en a fait une sorte de légume.» Les mots employés mardi par Me Benoît dans sa plaidoirie sont forts. A la hauteur du traumatisme subi par la compagne du septuagénaire, égorgé en 2012 par un Kosovar à qui il avait prêté de l'argent pour éponger des dettes de jeu. L'accusé avait ensuite repris une vie normale avant de passer la nuit à jouer son butin au casino.

Le couple a vécu en concubinage pendant une trentaine d'années, jusqu'à ce que leur état de santé ne leur permette plus d'habiter dans leur appartement. La vieille dame, en fauteuil roulant, a alors dû déménager dans un EMS. «La victime lui rendait visite tous les mercredis, jour de loto, avec des petits cadeaux», a témoigné l'avocat de la plaignante, qui est aussi le curateur de la retraitée après avoir été son tuteur pendant plusieurs années.

Les deux retraités avaient pour projet de se retrouver dans le home à fin 2012. Un objectif brisé le 7 avril de cette funeste année . «Je veux que vous me fassiez enterrer à ses côtés, a-t-elle demandé dernièrement. Elle l'aime jusqu'à la mort», a rapporté Me Benoît.

«Un être méprisable»

Ce dernier a ensuite soutenu les réquisitions du Ministère public, qui a demandé une peine privative de liberté de 18 ans. «J'aimerais souligner le comportement de l'accusé lors de l'audience. Il arrive, avec un grand sourire, comme s'il montait sur une estrade. Avez-vous oublié le sourire kabyle que vous avez infligé à la victime? Vous êtes un être méprisable. Vous devriez finir dans le septième cercle de l'Enfer de Dante.»

Pour le procureur Pierre-Alain Chatelain, l'assassinat avec préméditation ne fait aucun doute. «Vous le voyiez tous les jours. Vous avez profité de sa vulnérabilité pour un mobile parfaitement odieux: l'extension d'une dette de 7000 francs.» Évoquant un «massacre», le magistrat a donné sa vision des faits. «La victime présentait des ecchymoses sur les lèvres, signe que l'accusé se trouvait derrière elle pour l'égorger. Il l'a prise par surprise.»

Assassinat pas contesté

Une interprétation contestée par la défense. «Au moment où il frappe, il ne sait pas ce qu'il fait. Il perd le contrôle de lui-même», a expliqué Me Isabelle Poncet Carnicé. Une absence qui expliquerait ses pertes de mémoire concernant les faits. Si l'assassinat n'est pas contesté, l'avocate demande un peine plus «juste, lui laissant un espoir». Elle a tenu à donner une vision plus humaine de l'accusé. «Mon client n'est pas un monstre, un assassin froid et manipulateur. Ce n'est pas un danger pour la société. S'il sourit en entrant, c'est pour sa famille, présente dans la salle.»

Le verdict sera rendu ce mercredi.

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