Actualisé

DonetskLe chocolat ukrainien fait fondre les prorusses

A Donetsk, les rebelles prorusses se retrouvent dans un petit café où les chocolats viennent de Lviv et où l'on parle ukrainien.

par
abe

C'est un petit café de Donetsk, le fief des séparatistes prorusses, où des rebelles invitent leurs petites amies. Rien d'incongru. Sauf que les serveurs y parlent ukrainien et qu'on y mange du chocolat venant tout droit de l'«ennemi» nationaliste à Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine.

Depuis le début de la guerre dans l'est du pays, les autorités séparatistes prorusses ont consciencieusement effacé tout ce qui rappelait l'Ukraine, l'ukrainien, changeant notamment les drapeaux et les enseignes sur les territoires qu'ils contrôlent.

Mais ce café douillet avec ses tables couvertes de nappes en dentelle de la chaîne «Atelier du chocolat de Lviv», a miraculeusement survécu en plein coeur de la capitale rebelle.

«Je viens ici me reposer, prendre un café avec ma copine», confie un jeune homme en tenue de camouflage mais sans armes en refusant d'en dire plus.

«Je n'ai rien contre l'ukrainien»

Les serveurs y parlent ukrainien comme dans n'importe quel autre établissement de la chaîne à Kiev ou à Lviv, chef-lieu de l'Ouest ukrainien nationaliste et russophobe, ennemi idéologique de toujours de Donetsk.

Dans le bastion séparatiste, on ne trouve évidemment pas de figurines en chocolat à l'effigie du président russe Vladimir Poutine striées de lettres évoquant un juron, l'un des produits les plus vendus aux touristes étrangers à travers l'Ukraine.

Le choix de chocolats est d'ailleurs plus modeste à cause des problèmes liés au transit de marchandises via les postes de contrôle sur la ligne du front.

A l'intérieur, Dacha, une étudiante en médecine de 19 ans, échange quelque phrases en ukrainien avec les serveurs en attendant une amie, venue de Moscou.

«Dans ce café l'atmosphère est la même qu'à Lviv. Le fait qu'on parle l'ukrainien en fait partie. Je comprends tout, je n'ai rien contre l'ukrainien», explique-t-elle.

«Même si nous sommes actuellement plus proches de la Russie, nous avons été des peuples frères», ajoute-t-elle en tenant une tasse de café avec un logo de Lviv.

Rendez-vous galant

Les premiers problèmes apparaissent néanmoins lorsque les jeunes femmes veulent payer: les cartes ne sont plus acceptées depuis que le système bancaire ne fonctionne plus correctement dans les territoires séparatistes.

Le café n'accepte que la hryvnia ukrainienne, mais fait éventuellement appel à un intermédiaire qui échange les roubles, les deux monnaies étant autorisées à Donetsk.

Comme un rappel que la ligne de front n'est jamais loin, certains clients portent des tenues de camouflage, insigne des bataillons rebelles à l'épaule.

«Les rebelles y invitent leurs copines pour un rendez-vous galant. Ils ne se comportent pas de façon agressive, mais exigent qu'on leur parle en russe», confient des membres du personnel.

Boutique rebaptisée

Non loin de là, en face du bâtiment de l'administration régionale sous contrôle des rebelles, les passants peuvent acheter une chemise brodée traditionnelle, très à la mode en Ukraine, portée par la vague patriotique qui a suivi l'annexion de la Crimée par la Russie et par le déclenchement du conflit dans l'est ukrainien.

La boutique qui s'appelait autrefois «Souvenirs ukrainiens» a été depuis rebaptisée en «Souvenirs» tout court. Les blasons russes y sont désormais affichés à côté des bustes du poète ukrainien Taras Chevtchenko et de chemises brodées.

«Quand il y avait des manifestations (prorusses) devant l'administration, nous avions peur que quelqu'un brise les vitres» de la boutique, raconte Svetlana, une vendeuse de 56 ans qui porte une chemise traditionnelle avec des coquelicots brodés pour attirer la clientèle.

«On me regarde comme un dinosaure»

Si certains clients ont protesté contre la vente de souvenirs ukrainiens, la vendeuse leur a expliqué qu'on vendait bien en ville des produits chinois, russes et bélarusses. «Alors pourquoi pas ukrainiens?», lance-t-elle.

Il reste aussi à Donetsk ceux qui portent des chemises brodées et parlent ukrainien en ville, à l'exemple de Galina Diakova, 79 ans, professeur de langue ukrainienne à la retraite.

«On me regarde comme un dinosaure. Les télévisions expliquent depuis un an aux gens que tout ce qui est bien est russe», raconte la vieille dame. «C'est de la propagande, il faut avoir l'esprit critique et apprendre l'histoire. Personne ne m'obligera à parler le russe sur ma terre», lance-t-elle.

(abe/afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!