Actualisé 08.07.2014 à 09:56

Suisse/Cannabis

Le Colorado comme exemple de libéralisation

L'Etat de l'ouest des USA a mis en place un système de vente de cannabis contrôlé par les autorités. Du coup, la criminalité a baissé. De quoi donner des idées en Suisse.

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gbr/dmz
Au Colorado (USA), la vente de cannabis est autorisée dans des points de vente contrôlés par l'Etat et uniquement aux personnes majeures.

Au Colorado (USA), la vente de cannabis est autorisée dans des points de vente contrôlés par l'Etat et uniquement aux personnes majeures.

Depuis six mois, le Colorado autorise la vente de cannabis dans des magasins certifiés par l'Etat. Les politiciens réticents au projet craignaient une décadence de la société. L'ancienne procureure reconvertie en présentatrice de télévision Nancy Grace avait d'ailleurs déclaré en janvier: «Les gens qui ont fumé tirent sur les autres, s'étranglent parmi, conduisent défoncés, suppriment des familles entières.» Mais la réalité semble leur donner tort.

L'expérience de libéralisation a en effet des conséquences positives: en comparaison avec le premier semestre de 2013, la criminalité a baissé de 10,1% à Denver, la plus grande ville de l'Etat. Les crimes violents ont reculé de 5,2%. Selon les défenseurs de la fumette, l'explication réside dans le fait que les consommateurs n'ont plus à se fournir sous le manteau. Pour la police, ce sont ses nouvelles tactiques opérationnelles qui ont fonctionné.

Surtout, les autorités sanitaires ont tiré la sonnette s'alarme, révélait «Le Temps» samedi dernier. Outre les urgences liées à la consommation de cannabis en augmentation, les cas d'intoxications d'enfants explosent. En cause, la vente de produits dérivés (cookies, brownies ou bonbons) enrichis au THC (la substance active de la marijuana). De plus, la police a enregistré une hausse de 12,4% de conducteurs interceptés après avoir consommé de l'herbe et les cas de personnes dénoncées pour avoir consommé du cannabis en public sont passées de 19 pour les six premiers mois en 2013 à 351 en 2014.

Un moyen de pression en Suisse

Mais pour Sven Schendekehl, président de l'association procannabis Legalize It!, le lien entre marché libéralisé et baisse de la criminalité ne fait aucun doute. Tout d'abord parce que le marché noir de la drogue s'en trouve affaibli. Ensuite parce qu'«il est prouvé que la consommation d'alcool crée plus de violence que celle de l'herbe». Pour Toni Berthel, président de la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues (CFLD), il est cependant trop tôt pour tirer des conclusions. Un avis que ne partagent pas certains parlementaires.

«Les résultats au Colorado sont ceux que j'attendais, s'exclame le conseiller national Geri Müller (Les Verts/AG), il est temps que la question de la légalisation du cannabis en Suisse soit remise sur la table.» Même son de cloche chez Marina Carobbio (PS/TI), présidente de la Coordination politique des addictions, qui tempère toutefois: «Nous ne prônons pas un marché totalement libre. L'Etat doit réglementer la vente, car le trafic de rue est le vrai problème. Nous exigeons des discussions sur cette idée et que des projets soient mis en place pour trouver des alternatives à l'interdiction totale.»

L'UDC ne veut pas en entendre parler

Pour le conseiller national Hans Fehr (USC/ZH), une légalisation n'est pas à l'ordre du jour: «Les drogues ne sont pas dangereuses parce qu'elles sont interdites, elles sont interdites parce qu'elles sont dangereuses», déclare-t-il. Pour lui, faire un lien de causalité entre la libéralisation et la baisse de la criminalité au Colorado est «absurde»: «Ce sont des allégations que personne ne peut prouver. Et le Colorado doit bientôt s'attendre à connaître plus de problèmes que de bienfaits.»

En Suisse, le projets-pilotes sont en danger

Berne, Bâle, Zurich, Genève, Winterthour (ZH)... Les projets de libéralisation de la vente de cannabis fleurissent en Suisse, ces derniers mois. Alors que ces villes alémaniques songent à une vente réglementée, Genève, elle, imagine la mise en place de «Cannabis social clubs», à l'image de ce qui se fait en Espagne.

Ces idées risquent toutefois d'être tuées dans l'oeuf par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Selon la «Schweiz am Sonntag», elles sont considérées comme incompatibles avec la loi fédérale sur les stupéfiants et ne devraient donc pas être autorisées.

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