Actualisé 05.11.2018 à 11:18

Etats-UnisLe combat pour aller faire voter les Américains

Le manque de participation est un enjeu clé des législatives américaines de mardi. Les célébrités motivent leurs fans.

Oprah Winfrey s'est mobilisé en faveur de Stacey Abrams, la première femme africaine-américaine à se présenter au poste de gouverneur de l'Etat de Géorgie.

Oprah Winfrey s'est mobilisé en faveur de Stacey Abrams, la première femme africaine-américaine à se présenter au poste de gouverneur de l'Etat de Géorgie.

2018 Getty Images

Célébrités, chefs d'entreprise, applications pour smartphones: tout le monde, ou presque, pousse les citoyens américains à voter à l'approche d'élections déterminantes pour la suite de la présidence Trump, les adversaires du président ayant intérêt à ce que la participation soit la plus élevée possible.

Jeudi, la star de la télévision américaine Oprah Winfrey était la dernière célébrité en date à se mobiliser pour l'opposition démocrate. Elle a fait du porte-à-porte dans la banlieue d'Atlanta, en Géorgie, pour appeler à voter pour la candidate Stacey Abrams qui espère se faire élire gouverneur de cet Etat traditionnellement républicain.

Des actrices comme Julianne Moore, Jodie Foster, Ellen Pompeo ou la chanteuse Cher ont aussi appelé à voter dans une vidéo produite par l'homme d'affaires Michael Bloomberg.

Des géants du prêt-à-porter comme Gap ou Levi's en passant par les magasins Walmart jusqu'aux plateformes de réservation de voitures avec chauffeur Lyft ou Uber, de nombreuses entreprises ont également pris des mesures pour encourager les Américains à accomplir leur devoir citoyen.

Jours de congé pour voter

Certaines donnent la journée à leurs employés. Lyft et Uber offrent des réductions à ceux qui auraient besoin d'une voiture le jour du vote. Et selon les chiffres compilés samedi par l'expert Michael McDonald, ce travail porte ses fruits: au moins 34 millions d'Américains ont voté par anticipation, en personne ou par correspondance, soit beaucoup plus qu'aux élections de 2014 (27 millions).

Les jeunes, à la participation particulièrement faible, sont bien visés: les services de streaming musical Spotify et Pandora proposent des «playlists» avec des liens permettant aux auditeurs de s'enregistrer sur les listes électorales ou de repérer leur bureau de vote.

L'application de rencontres Tinder envoie également des messages incitant ses utilisateurs à aller aux urnes, une opération inaugurée lors de la présidentielle 2016. Si ces appels à voter ne mentionnent ni Donald Trump ni des candidats précis, ces initiatives font généralement le jeu du camp démocrate, explique Thomas Patterson, professeur de sciences politiques à l'institut Kennedy de Harvard.

Une actualité mobilisatrice

Contrairement aux électeurs républicains «relativement stables», les minorités et les jeunes, qui penchent côté démocrate, sont moins réguliers, «et réagissent plus aux circonstances du moment», selon cet expert.

Les élections de mi-mandat, à mi-parcours entre deux présidentielles, sont traditionnellement marquées par une forte abstention: en 2014, la participation nationale n'avait pas dépassé 37%, au plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais cette année, la polarisation du climat politique américain devrait gonfler la participation.

M. Patterson et d'autres experts s'attendent à ce que la participation totale aux élections de mardi dépasse les 40%. Certains l'imaginent même avoisiner les 50%, un niveau inédit depuis le début du XXe siècle.

Car si les élections de mi-mandat se décident, à de rares exceptions - comme en 1934 après le lancement du programme social «New Deal» par le président Roosevelt - sur des questions de politique locale, «les gens pensent cette année plus à ce qui se passe à Washington et à la présidence. C'est les pro-Trump contre les anti-Trump», explique ce spécialiste.

Et des deux côtés de l'échiquier, souligne-t-il, l'actualité des derniers mois pourrait avoir un effet mobilisateur. Tout récemment, l'envoi de colis piégés à des personnalités démocrates par un fan de Donald Trump, comme la réaction contestée du président américain à la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh, pourraient réveiller des démocrates apathiques.

A l'inverse, la marche vers les Etats-Unis de milliers de migrants d'Amérique centrale, que Donald Trump ne cesse de dénoncer dans ses discours, pourrait dynamiser les républicains, déjà mobilisés par la bataille pour la nomination à la Cour suprême du juge conservateur Brett Kavanaugh, accusé d'agression sexuelle. Mais les effets de l'actualité sur les électeurs sont «difficiles à prévoir», et potentiellement éphémères, souligne M. Patterson.

Ainsi, la fusillade qui a fait 17 morts en février dans un lycée de Parkland, en Floride, avait déclenché un vaste mouvement étudiant qui a milité pour inscrire les jeunes sur les listes électorales. Mais, rappelle le professeur de sciences politiques, «ses effets se sont dissipés cet été». (nxp/afp)

(NewsXpress)

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