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Drame de la KanderLe commandant écope de 18 mois avec sursis

La justice militaire a condamné à 18 mois de prison avec sursis le commandant de compagnie responsable du drame de la Kander. Il est expulsé de l'armée.

par
phf

Les juges se sont montrés plus sévères que le Ministère public, qui avait requis dix mois de prison avec sursis. Le capitaine a été reconnu coupable d'homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et de violation du règlement de service. La peine maximale encourue était de trois ans de prison ferme. Il s'en tire finalement avec un sursis de 18 mois et une amende de 100 fr. Il devra aussi s'acquitter de 2000 francs de frais de justice.

S'il échappe à la prison ferme, il devra rendre ses galons: il est expulsé de l'armée. Tant la défense que l'accusation disposent de cinq jours pour faire appel.

Le tribunal militaire qui siégeait à Thoune (BE) a également condamné le capitaine pour des manquements survenus lors d'un exercice effectué hors service quelque temps avant l'accident sur la Kander. Il avait alors utilisé sans permission des munitions et des véhicules ainsi que permis à des personnes de lancer des grenades à main alors qu'elles n'y étaient pas autorisées.

Le jugement se révèle être plus sévère que la peine requise par l'auditeur de l'armée de dix mois avec sursis et 60 jours-amendes à 155 francs. L'avocat du prévenu avait pour sa part plaidé pour trois mois avec sursis et une peine pécuniaire n'excédant pas 30 jours à 130 francs, avec sursis également.

S'exprimant devant les médias, tant l'accusation que la défense, qui disposent de cinq jours pour faire recours, se sont montrées surprises par le verdict. L'auditeur ne voit toutefois pas de raison de le contester.

Quant à l'avocat du capitaine, il estime que l'opinion publique a pu jouer un certain rôle, le jugement ne correspondant pas à la pratique habituelle. Il ne sait toutefois pas encore s'il s'y opposera.

Remords exprimés

Au cours des deux jours d'audience, le commandant de compagnie a exprimé à plusieurs reprises ses remords. Il aurait donné sa vie pour chacune des victimes, a-t-il affirmé, ajoutant que le fait d'avoir survécu est pour lui une peine à vie.

Pourtant, il n'a cherché à contacter qu'une seule famille de victime, lui a reproché le président de la cour. Le capitaine a rétorqué qu'il avait essayé d'écrire des lettres aux autres familles, mais n'était pas allé au bout de sa démarche: «Qu'est-ce que j'aurais pu leur dire?».

Situation mal évaluée

Quant à ses déclarations sur l'accident, elles sont restées vagues. Apparemment, il a mal évalué la situation et est parti du principe que les participants étaient formés pour ce genre d'exercices.

Son avocat a pour sa part minimisé sa culpabilité dans l'accident: la descente en rafting s'est faite sur une base volontaire, si bien que les autres participants ont au moins une responsabilité partagée.

Un argument réfuté par l'accusation, en raison du grade et des meilleures connaissances de l'inculpé. L'auditeur a justifié son exclusion de l'armée par le fait que les soldats auraient de la peine à comprendre que leur supérieur est considéré comme coupable de la mort de cinq de leurs camarades. Ils n'auraient pas confiance en lui, a-t-il argumenté.

Un corps toujours manquant

Le drame est survenu le 12 juin 2008: dix soldats d'une compagnie de sûreté du transport aérien ont descendu dans deux canots pneumatiques la rivière Kander qui se jette dans le lac de Thoune. En franchissant des paliers sur la rivière, les embarcations ont chaviré, éjectant leurs occupants.

Si cinq militaires ont réussi à gagner la rive, les autres ont péri dans les tourbillons. Seuls quatre corps ont été récupérés, le 5e n'ayant jamais pu être localisé. La justice militaire a établi qu'aucune reconnaissance du parcours n'avait eu lieu et qu'aucun service de sauvetage n'avait été organisé. (phf/ats)

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