Actualisé 08.04.2017 à 07:49

Etats-UnisLe Congrès veut cadrer Trump sur la Syrie

S'il veut faire la guerre à la Syrie, le président américain devra demander au pouvoir législatif.

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Donald Trump s'est attaqué l'une des initiatives les plus emblématiques de son prédécesseur Barack Obama: le rapprochement avec Cuba, entamé fin 2014. Il annonce annuler cet accord «avec effet immédiat» qui consacrait le rapprochement diplomatique des deux pays après plus de 50 ans de gel diplomatique. Il promet «un meilleur accord pour les Cubains». (Vendredi 16 juin 2017)

Donald Trump s'est attaqué l'une des initiatives les plus emblématiques de son prédécesseur Barack Obama: le rapprochement avec Cuba, entamé fin 2014. Il annonce annuler cet accord «avec effet immédiat» qui consacrait le rapprochement diplomatique des deux pays après plus de 50 ans de gel diplomatique. Il promet «un meilleur accord pour les Cubains». (Vendredi 16 juin 2017)

AFP
L'administration Trump a publié sa feuille de route pour diminuer la règlementation bancaire en recommandant notamment un allègement des tests de résistance des grandes banques, selon un rapport publié par le Trésor. (Lundi 12 juin 2017)

L'administration Trump a publié sa feuille de route pour diminuer la règlementation bancaire en recommandant notamment un allègement des tests de résistance des grandes banques, selon un rapport publié par le Trésor. (Lundi 12 juin 2017)

AFP
Donald Trump continue sa guerre contre James Comey, accusant l'ex-chef du FBI  de lâcheté pour avoir fait fuiter à la presse des notes compromettantes sur leurs rencontres privées, (Dimanche 11 juin 2017)

Donald Trump continue sa guerre contre James Comey, accusant l'ex-chef du FBI de lâcheté pour avoir fait fuiter à la presse des notes compromettantes sur leurs rencontres privées, (Dimanche 11 juin 2017)

AFP

Si Donald Trump veut faire la guerre à la Syrie, il doit demander la permission au Congrès, ou en tout cas son avis, disent les parlementaires américains après le bombardement d'une base aérienne syrienne.

Les frappes par missiles de croisière lancées jeudi soir par les Etats-Unis en réponse à l'attaque chimique attribuée à l'armée de l'air du président Bachar el-Assad ont relancé un débat ancien sur les pouvoirs militaires du commandant en chef, censés être encadrés par le pouvoir législatif.

Un front unanime pour le moment

Républicains comme démocrates ont majoritairement apporté leur soutien au président américain pour l'opération limitée de jeudi, satisfaits qu'il ait signifié à Bachar el-Assad qu'il ne pouvait pas user de son arsenal chimique en toute impunité.

Mais 59 missiles Tomahawk ne font pas une stratégie, disent les élus. Ils attendent de Donald Trump qu'il définisse ses objectifs stratégiques dans l'inextricable conflit syrien. Et ils exigent qu'il ne marche pas dans les pas de Barack Obama, qui s'est engagé en Irak et en Syrie en 2014 contre l'organisation Etat islamique sans autorisation expresse du Congrès.

Si les Etats-Unis devaient désormais officiellement combattre l'Etat syrien, ce que Barack Obama n'avait jamais fait, les parlementaires jugent qu'il s'agirait d'une nouvelle étape stratégique nécessitant l'implication du Congrès. Cela signifie consultations, auditions et, pour certains, une autorisation formelle de recours à la force. «C'est indispensable si un engagement de long terme devait être décidé», a déclaré vendredi Bob Corker, président républicain de la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Il y a la théorie... et la pratique

Autrefois, le Congrès déclarait formellement la guerre, comme la section 8 de l'article 1 de la Constitution lui en donne le pouvoir exclusif. Mais la dernière déclaration date de la Seconde guerre mondiale.

En pratique, les présidents américains ont lancé unilatéralement des opérations militaires ou des invasions terrestres des dizaines de fois, au nom de leur autorité constitutionnelle de commandant en chef.

Le précédent Obama en Syrie

Après la guerre du Vietnam, les parlementaires ont adopté la War Powers Resolution pour obliger le président à obtenir une autorisation parlementaire pour toute intervention dans des «hostilités» qui dureraient plus de 60 jours. Nombre de présidents ont ignoré cette loi, dont Bill Clinton (Bosnie-Herzégovine en 1995, Kosovo en 1999) et Barack Obama (Libye en 2011). George W. Bush a obtenu une très large résolution après les attentats du 11 septembre 2001 et une autre contre l'Irak en 2002. Ce sont ces deux résolutions qui constituent, de façon controversée, la base juridique des opérations américaines en Irak en Syrie contre l'EI.

En 2015, Barack Obama avait soumis un projet de nouvelle résolution pour formaliser la guerre contre les djihadistes mais le Congrès, à majorité républicaine, n'a jamais donné suite.

Après les frappes de jeudi, des démocrates anti-guerre et des républicains adeptes d'une lecture stricte de la Constitution ont immédiatement appelé le dirigeant républicain à se conformer à la loi. «Son refus de demander l'accord du Congrès est illégal», a déclaré le sénateur démocrate Tim Kaine, ancien colistier d'Hillary Clinton à l'élection présidentielle.

Les élus républicains ont d'autres chats à fouetter

«Quand on s'attaque à un Etat comme la Syrie, il faut avoir une autorisation du Congrès et le soutien des Américains», a dit, de l'autre côté de l'échiquier politique, le républicain libertaire Justin Amash.

Avant d'entrer en politique, Donald Trump avait taclé Barack Obama en 2013 pour avoir lancé des opérations sans autorisation. Mais il n'a pas précisé sa pensée actuelle. Demander son avis au Congrès pourrait du reste ouvrir une boîte de Pandore tant les avis divergent au sein de chaque parti sur le renversement ou non d'Assad ou l'envoi de troupes au sol.

D'autant que les chefs républicains préfèreraient se concentrer sur leur ambitieux programme de réformes en 2017. Pour Bob Corker, président du comité sénatorial des affaires étrangères, aucun débat n'est imminent sur une nouvelle résolution. Et l'homme fort du Sénat, Mitch McConnell, a clairement indiqué vendredi qu'il n'y avait pas urgence. Il s'en est remis au président, déclarant seulement: «Si le président pense qu'une autorisation renforcerait sa main, je jetterai un oeil». (nxp/afp)

Experts dubitatifs

Si pour les Occidentaux la responsabilité du président syrien dans «l'attaque chimique» ne fait aucun doute, les experts sont dubitatifs. Ils ne comprennent pas les raisons qui l'auraient poussé à commettre un tel impair au moment où tout lui souriait.

Une autre hypothèse pourrait être une opération menée par l'appareil militaire syrien sans l'aval de Bachar al-Assad.

Autres suspects, les Iraniens qui «voient d'un mauvais oeil les Russes prendre toute la place en Syrie», ajoute l'expert. «Il ne faut pas exclure l'Iran, car ce pays ne veut pas voir de rapprochement entre les Etats-Unis et la Syrie», estime lui aussi un chercheur libanais qui souhaite garder l'anonymat car il travaille en Syrie.

Pour Waddah Abded Rabbo, directeur du quotidien al-Watan proche du pouvoir à Damas, «le régime n'avait aucun intérêt à provoquer une attaque chimique surtout après que M. Assad a obtenu ce qu'il attendait depuis six ans: la reconnaissance et la légitimité par les États-Unis. Pour lui, ce sont «vraisemblablement les Turcs qui ont mené cette opération, car le rapprochement entre le gouvernement syrien et Washington leur est inacceptable».

(NewsXpress)

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