Actualisé 30.11.2009 à 19:17

Minarets

Le Conseil de l'Europe s'interroge sur les limites des votations

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjorn Jagland a estimé lundi que le vote suisse contre la construction de minarets suscite des interrogations sur la pratique de référendums populaires lorsque le sujet relève des droits fondamentaux.

Se prononcer sur des problèmes de société est un droit en démocratie, mais le vote suisse «soulève néanmoins la question de savoir si les droits fondamentaux individuels, protégés par des traités internationaux, devraient être soumis à des référendums populaires», a-t-il indiqué.

L'interdiction touche, selon M. Jagland, à la liberté de religion et à l'interdiction de toute discrimination, garanties par la Convention européenne des droits de l'homme. «Si la Cour européenne des droits de l'homme était saisie d'une requête, ce serait à elle de décider si l'interdiction de construire de nouveaux minarets est compatible avec la Convention» a-t-il affirmé.

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe s'est pour sa part déclaré «très préoccupée» par le résultat du référendum qui risque, selon elle, «d'encourager des sentiments d'exclusion et d'approfondir les clivages» dans nos sociétés.

«La décision, bien qu'elle soit l'expression de la volonté populaire, est une source de profonde préoccupation», a déclaré son président Lluís Maria de Puig, dans un communiqué publié à Strasbourg.

La Suisse a pris le 18 novembre la présidence tournante semestrielle de l'organisation qui réunit 47 Etats.

Ambassadeurs à Berne

La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, a déclaré lundi soir avoir reçu à Berne les ambassadeurs de pays musulmans pour leur «expliquer» les résultats du référendum de dimanche interdisant les minarets en Suisse. «Nous essayons d'expliquer et d'informer sur les résultats du vote, en particulier dans les pays arabes et islamiques. J'ai rencontré les ambassadeurs des pays concernés (...) en poste à Berne cet après-midi», a déclaré la ministre au micro de la radio française RTL.

«Nous avons des intérêts communs», a-t-elle poursuivi, appelant à «renforcer le dialogue entre les différentes communautés religieuses» en Suisse, un «pays multiculturel».

Les Suisses ont voté lors d'un référendum dimanche à une large majorité de 57,5% l'interdiction des minarets à l'appel de la droite populiste, qui dénonce un «symbole politico-religieux».

Ce vote a suscité l'indignation à travers le monde, notamment en Europe et dans certains pays musulmans. En Indonésie, le plus grand pays musulman au monde, la principale organisation musulmane a ainsi dénoncé un signe de «haine» et d«'intolérance» mais appelé à «ne pas réagir avec excès».

La Suisse compte 7,5 millions d'habitants, dont 400 000 musulmans. Le pays ne compte que quatre minarets pour quelque 400 lieux de culte musulmans.

Le pays redoute autant des réactions violentes contre ses représentations à travers le monde que des mesures de rétorsion économique de pays musulmans. Inquiète, l'organisation Economie Suisse a appelé à «circonscrire les dégâts potentiels (du vote, ndlr) à l'intérieur» des frontières suisses.

Lundi soir, Micheline Calmy-Rey a affirmé que le vote de dimanche était le «résultat de peurs» et de «difficultés diverses», «liées à un contexte de globalisation et de crise économique» et devait être compris avant tout comme une «mise en garde adressée au gouvernement» suisse.

«Cette initiative a été instrumentalisée. Je le regrette profondément. Je suis choquée, d'autant plus que cette initiative n'avait pas le soutien du gouvernement», a-t-elle souligné, tout en précisant que «la décision du peuple suisse» serait «respectée» et les minarets interdits dans le pays.

(afp)

Violation de la liberté

Le ministre turc de la Culture, Ertugrul Günay, a dénoncé lundi une «violation de la liberté de culte» en Suisse, où les électeurs se sont massivement prononcés dimanche en faveur d'une interdiction de la construction de minarets dans leur pays. «Un tel référendum anachronique n'aurait pas dû avoir lieu dans l'époque que nous vivons. C'est une violation de la liberté de culte», a indiqué M. Günay, membre d'un gouvernement issu de la mouvance islamiste, cité par l'agence de presse Anatolie.

«La Suisse est située au coeur de l'Europe mais n'a apparemment pas intériorisé les valeurs européennes,» a continué le ministre, estimant que des mesures de rétorsion «politiques et commerciales» pourraient intervenir contre ce pays dans le monde après cette décision «qui n'est pas digne de nos temps».

Le ministre a cependant espéré que les musulmans n'optent pas pour la violence pour dénoncer cette décision.

La Suisse compte environ 400 000 musulmans, dont beaucoup de Turcs, sur une population de 7,5 millions d'habitants, faisant de l'islam la deuxième religion du pays après le christianisme, selon les statistiques officielles.

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