Genève: Le Conseil d’Etat prive Pierre Maudet de son département
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GenèveLe Conseil d’Etat prive Pierre Maudet de son département

Un audit des ressources humaines met en lumière une «situation grave» au Département du développement économique. Celui-ci est provisoirement retiré à Pierre Maudet.

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Le conseiller d’Etat Pierre Maudet. (KEYSTONE/Martial Trezzini)

Le conseiller d’Etat Pierre Maudet. (KEYSTONE/Martial Trezzini)

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Le Conseil d’Etat genevois a annoncé ce mercredi sa décision de retirer provisoirement la gestion du Département du développement économique (DDE) à Pierre Maudet. L’élu se trouve ainsi privé de ses dernières prérogatives, alors qu’une grande partie de ses responsabilités lui avaient déjà été enlevées en raison notamment de l’affaire de son voyage controversé à Abu Dhabi.

Le gouvernement a agi à la suite d’une expertise externe en matière de ressources humaines mandatée par l’Office du personnel de l’Etat. Ce dernier a été alarmé par l’augmentation «constante et significative» du taux d’absence au sein de la direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation (DG-DERI). Après avoir d’ores et déjà entendu la très grande majorité des collaborateurs, les auditeurs ont relevé «des problèmes à la fois organisationnels, managériaux et relationnels mettant en cause Monsieur Pierre Maudet».

Souffrance au travail

L’audit souligne que la protection de la santé physique et psychique des collaborateurs de la DG-DERI ainsi que de certaines personnes du secrétariat général n’est pas assurée. Dans son rapport intermédiaire, l’experte externe – «reconnue et au bénéfice d’une importante expérience», a précisé l’Exécutif – a appelé le Conseil d’Etat à prendre «de toute urgence» des mesures afin de respecter les directives relatives à la santé et à la sécurité au travail. Pour des raisons de confidentialité vis-à-vis du personnel, les griefs n’ont pas été détaillés. Mais la situation a été qualifiée de «grave».

La problématique détectée par l’experte va au-delà du taux d’absentéisme (plus de 13% entre mai 2019 et avril 2020) qu’affichait la DG-DERI, qui regroupe 22 des 35 collaborateurs du département. Il existe en effet d’autres services où ce taux a excédé 7%, le seuil d’alerte à partir duquel un audit est demandé. Nathalie Fontanet s’est ainsi félicitée d’un dispositif qui permet, «avec l’organisation d’un diagnostic, de soulever d’autres problèmes plus importants». La présidente du Conseil d’Etat Anne Emery-Torracinta a précisé: «Les taux, ça peut arriver. Mais ici, la particularité, c’est qu’en cours de travail a été mis en lumière une souffrance telle qu’on a dû prendre des mesures.» Pierre Maudet n’a pas encore été auditionné dans le cadre de l’audit; il le sera prochainement.

La responsabilité du Département du développement économique est provisoirement transférée à Nathalie Fontanet, la conseillère d’Etat chargée du Département des finances et des ressources humaines, le temps que le rapport définitif soit rendu. «Cela devrait être fait d’ici trois semaines au plus, a informé la magistrate. L’objectif est d’achever le diagnostic dans la sérénité.» La grande argentière a assuré par ailleurs que le monde économique, mis à mal par la crise du Covid, ne souffrirait pas de cette situation.

Suspension impossible

Généralement, c’est un directeur ou un chef de service, c’est-à-dire un employé de l’Etat, qui est visé par les ressentis des collaborateurs, a poursuivi Nathalie Fontanet. «Là, Monsieur Maudet est directement visé.» Or, il n’est pas employé, il est élu. «Dans un contexte employeur-employé, nous suspendrions le chef incriminé.» Un conseiller d’Etat ne pouvant pas être suspendu, «nous éloignons les collaborateurs».

A défaut de suspension, un départ du magistrat est-il envisageable? Particulièrement si l’audit final devait confirmer les éléments déjà portés à la connaissance de l‘Etat? «C’est là qu’il y aura un problème institutionnel», a prédit l’intéressé. La loi reste en tous cas la loi, comme dans les affaires précédentes qui l’ont mis à mal: élu du peuple, Pierre Maudet est seul à pouvoir décider de quitter ses fonctions.

Maudet dénonce «une cabale»

Mis au courant mardi soir du contenu du rapport intermédiaire de l’audit, Pierre Maudet n’a pas souhaité s’exprimer en détail sur son éviction provisoire du DDE. Il devrait le faire jeudi. Le conseiller d’Etat a néanmoins précisé qu’il s’était opposé à cette mesure, adoptée par l’ensemble de ses collègues du gouvernement. Selon lui, il s’agit d’une décision «grave, unilatérale, subite et injustifiée». Le magistrat, qui a évoqué «une cabale», s’est aussi dit attaché au bien-être de ses collaborateurs. Concernant la marche des affaires au DDE, il a tenu à rassurer: «Le Département reste en ordre de marche et les projets suivent leur cours». Dans l’attente des conclusions de l’enquête, Pierre Maudet a indiqué qu’il ne reviendrait pas dans les locaux de ses services.

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