Suisse: Le Conseil fédéral présente sa Stratégie climatique
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SuisseLe Conseil fédéral présente sa Stratégie climatique

Le plan définit les grandes lignes sur la manière dont la Suisse entend ramener à «zéro net» ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Simonetta Sommaruga est la ministre en charge du dossier puisqu’elle est cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.

Simonetta Sommaruga est la ministre en charge du dossier puisqu’elle est cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.

AFP

La Suisse doit ramener à zéro net ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Un objectif déjà fixé en 2019 par Berne. Mais pour y arriver, le Conseil fédéral a adopté ce mercredi sa stratégie énergétique à long terme. Celles-ci présente les lignes directrices de la politique climatique jusqu’à 2050 et définit les objectifs stratégiques pour les différents secteurs. Elle permet de remplir un engagement de la Suisse découlant de l’Accord de Paris.

«Notre stratégie montre l’étendue de ce qu’il reste à faire et dans quels domaines on doit agir en priorité», a défendu Simonetta Sommaruga, jeudi lors d’une conférence de presse à Berne. «La stratégie montre que l’objectif du «zéro net» est réalisable et financièrement acceptable», a-t-elle précisé. C’est aussi une opportunité pour notre pays, pour ses entreprises et ses emplois».

Elément-clé: la loi révisée sur le CO₂

Pour atteindre son objectif, le Conseil fédéral s’appuie sur un élément-clé, soit la loi révisée sur le CO2, adoptée par le Parlement en septembre dernier. Elle doit entrer en vigueur en 2022, mais elle est combattue en référendum. Cette loi doit permettre à la Suisse de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 et poser les jalons en vue de la réalisation de l’objectif de zéro net pour 2050.

Car en tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement affectée par les changements climatiques. Les températures y augmentent deux fois plus que la moyenne mondiale. Notre pays subit de plus longues périodes de sécheresse et de chaleur et toujours plus de phénomènes extrêmes, souligne Katrin Schneeberger, directrice de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) . La température moyenne y a augmenté de 2,5 degrés par rapport aux débuts de l’ère industrielle. Ce qui engendre des coûts.

«Plus on attend, plus ça coûtera cher»

Concrètement, la nouvelle stratégie présente les évolutions possibles d’ici 2050 dans différents secteurs sans en préciser les détails. Pour Simonetta Sommaruga, c’est normal. «L’économie a surtout besoin de directions claires pour savoir où investir», souligne-t-elle. Et c’est maintenant qu’il faut prendre des décisions car «plus on attend, plus cela coûtera cher». En outre de nombreux pays ont pris le train en marche. «Ce n’est donc pas une question de savoir si on va dans la bonne direction, mais si on y va assez vite.»

La stratégie montre également que la Suisse peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre dans les secteurs des transports, du bâtiment et de l’industrie de près de 90% d’ici 2050. Celles des secteurs du bâtiment et des transports pourront être ramenées à zéro et, dans le secteur de l’industrie, les émissions liées à la consommation d’énergie pourront être presque totalement évitées. Les carburants renouvelables et durables ainsi que les nouvelles technologies de propulsion utilisés dans l’aviation offrent eux aussi un potentiel de réduction des émissions.

Au chapitre des améliorations, l’agriculture et l’alimentation auront beaucoup à faire. Le potentiel de réduction d’émissions ne s’élève qu’à 40% par rapport au niveau de 1990 dans ce secteur.

Technologie de la Suisse à la pointe

En outre, en 2050, environ 12 millions de tonnes d’équivalents-CO2 seront encore émises dans les secteurs de l’industrie, des déchets et de l’agriculture. Mais ces émissions pourront être compensées grâce aux technologies CCS et NET. Les technologies CCS consistent à capter les émissions de CO2 des installations des secteurs de l’industrie et des déchets directement à la source. Les NET sont quant à elles utilisées lorsque les émissions ne peuvent pas être directement captées, notamment dans le secteur de l’agriculture. Elles permettent de retirer le CO2 de l’atmosphère et de le stocker durablement.

Les capacités technologiques de la Suisse sont d’ailleurs mises en avant par le Conseil fédéral dans son plaidoyer en faveur de la stratégie climatique. C’est une énorme chance pour la Suisse et la recherche, estime-t-il. Cela va créer des places de travail et la technologie suisse pourra même s’exporter vu les besoins en la matière à l’étranger.

Des coûts conséquents

Au chapitre des coûts, la stratégie va avoir des conséquences financières. Ainsi si actuellement, les investissements globaux pour moderniser et rénover les bâtiments, installations, transports, voitures, etc. représentent déjà 1400 milliards de francs, il faudra investir encore 109 milliards de plus, soit 8% pour atteindre les objectifs fixés, estime Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie. Il estime toutefois que le potentiel d’économies d’énergie représentera alors 50 milliards.

En outre, ces investissements permettront aussi à la Suisse de s’affranchir davantage de l’étranger. Selon Simonetta Sommaruga, notre pays dépense 80 milliards pour s’approvisionner en pétrole, mazout et gaz naturel. En outre, les changements climatiques coûtent très cher aussi. La conseillère fédérale cite en exemple les hélicoptères qui ont dû être envoyés en montage pour amener de l’eau aux vaches. «Certes, la stratégie n’est pas gratuite, mais elle défnit où il est important d’investir aujourd’hui. Et au final, beaucoup de citoyens en profiteront».

Les 10 principes stratégiques

Voici les dix principes stratégiques qui guideront et détermineront l’action de la Suisse en matière de politique climatique dans les années à venir:

1. La Suisse saisit les possibilités offertes par une transition cohérente vers le zéro net.

2. La Suisse assume sa responsabilité en matière de politique climatique.

3. La réduction des émissions intérieures est privilégiée.

4. Les émissions sont réduites tout au long des chaînes de valeur ajoutée.

5. Tous les agents énergétiques sont utilisés de manière parcimonieuse et en tenant compte des pos- sibilités d’application optimales.

6. Dans tous les domaines liés au climat, la Confédération et les cantons axent leurs activités de pla- nification en vue de l’obtention du zéro net.

7. La transition vers le zéro net s’effectue de manière socialement acceptable.

8. La transition vers le zéro net s’effectue de manière économiquement supportable.

9. La transition vers le zéro net s’accompagne d’une amélioration de la qualité de l’environnement.

10. La stratégie climatique à long terme se fonde sur le principe de l’ouverture à la technologie.

(cht)

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