Avions de combat: Le Conseil fédéral choisit les avions les moins chers
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Avions de combatLe Conseil fédéral choisit les avions les moins chers

La Suisse devrait acheter 22 avions de combat Gripen au groupe suédois Saab. Les premiers engins pourraient arriver dès 2015 à moins que le peuple n'en décide autrement.

Le Conseil fédéral a tranché mercredi en faveur des Gripen du groupe Saab, pour une facture de 3,1 milliards de francs. Il recale ainsi les Rafale du Français Dassault et les Eurofighter du groupe EADS (D,I,GB,E).

Forcé par le Parlement de presser le pas et de ne pas reporter l'achat des avions destinés à remplacer la flotte vieillissante de Tiger, le gouvernement a finalement abandonné les offres du Français Dassault (Rafale) et du consortium européen EADS (Eurofighter). Les trois types d'engins répondent aux exigences militaires fixées par la Suisse.

Mais le Gripen est «de loin le moins cher», a expliqué le ministre de la défense Ueli Maurer devant la presse. L'offre de Saab s'élève à 3,1 milliards de francs. Mais cette facture pourrait être abaissée en dessous de 3 milliards, selon le conseiller fédéral qui a refusé de dévoiler les montants pour les autres appareils.

Pas le meilleur du meilleur

Autre avantage de l'avion retenu, il offre des possibilités de collaboration avec la Suède, un pays qui n'appartient à aucune alliance militaire, a relevé le ministre. Plusieurs milieux ont critiqué les capacités techniques du Gripen.

Ueli Maurer a repoussé ces accusations d'insuffisance, mais n'a pas souhaité donner de détails sur les notes attribuées à l'avion suédois. Il ne voit pas non plus de risque à se tourner vers un engin qui n'est pas encore opérationnel. «Ce n'est pas une pochette surprise».

Le conseiller fédéral a toutefois reconnu qu'avec l'offre retenue, on renonçait à des records du monde. Le meilleur du meilleur n'est pas toujours à portée de main, surtout avec les difficultés budgétaires qui se dessinent, a-t-il commenté.

Economies à trouver

Formellement, le Gripen devrait être proposé au Parlement dans le cadre du programme d'armement 2012. Ueli Maurer doit encore présenter plusieurs variantes d'acquisition au Conseil fédéral d'ici février. Aucune commande juridiquement contraignante ne sera passée avant que les Chambres, voire le peuple ne se prononcent. Car l'affaire est loin d'être close.

En même temps qu'il a exigé du Conseil fédéral de presser le pas, le Parlement lui a donné mandat d'augmenter dès 2014 le plafond de dépenses pour l'armée à 5 milliards de francs par an, soit 600 millions annuels de plus que prévu par le plan financier pour 2013 à 2015. Ce futur budget doit couvrir aussi bien le fonctionnement d'une armée à 100'000 militaires que l'achat des 22 avions et les mesures à prendre pour combler les lacunes en équipement.

Plusieurs ministres ont fait part publiquement de leurs critiques. Des coupes seront inévitables dans d'autres domaines, comme la formation, la recherche, l'agriculture, l'aide au développement et les infrastructures, ont-ils prévenu. On en saura plus au début de l'année prochaine sur les contours de ce programme d'économies dont Ueli Maurer n'a pas contesté la nécessité.

Référendum voire initiative en vue

Le Conseil fédéral a chargé Eveline Widmer-Schlumpf de creuser le dossier. Il mettra un projet en consultation en même temps qu'il adoptera le message sur l'achat d'avions. Les Chambres pourraient se prononcer dès la fin 2012 sur ce programme d'économies, qui serait conçu sous la forme d'un acte soumis au référendum facultatif et serait lié juridiquement à l'arrêté concernant les Gripen.

Battue au Parlement, la gauche envisage de mener la bataille référendaire mais aussi de lancer une initiative populaire pour empêcher l'achat de nouveaux avions de combat. Ni la décision des Chambres appelant à relever le plafond des dépenses, ni les programmes d'armement ne sont en effet soumis au référendum.

D'autres pistes ont été envisagées pour remplacer les Tiger mais ont été abandonnées: nouvelle flotte de FA-18, avions russes, mise à jour des Tigers, FA-18 d'occasion. Pour ce qui du remplacement des FA-18 à l'horizon 2030, Ueli Maurer a laissé toutes les options ouvertes.

Réactions contrastées

Le choix du Conseil fédéral d'acheter 22 Gripen suédois est vivement rejeté par la gauche. Les Verts, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et le PS parlent de faire voter le peuple. A droite, l'UDC et le PLR sont satisfaits alors que la question du financement divise le PDC.

Celle-ci inquiète également au plus haut point le PS, les Verts et le GSsA. Le relèvement du plafond des dépenses de l'armée visant à permettre l'achat des appareils se fera au détriment d'autres départements, soulignent-ils en coeur.

Or, la Suisse a besoin de plus de moyens financiers pour le tournant énergétique, les transports publics, les assurances sociales et la formation, soulignent les Verts. «Des efforts d'économies dans ces domaines au profit d'avions de combat seraient tout à fait inappropriés».

Par ailleurs, il n'est pas indiqué de choisir un nouveau modèle d'avion sans prévoir le financement des acquisitions, fustige le PS. Grief identique de la part du GSsA: «la manière dont on financera ce réarmement absurde n'est toujours pas claire».

Ce manque de transparence doit être rectifié, demande l'organisation anti-militariste. Et celui-ci d'appeler le Conseil fédéral à communiquer de manière claire combien il faudra économiser dans les transports publics, la formation, la coopération au développement et l'agriculture pour pouvoir augmenter les dépenses de l'armée.

Faire voter le peuple

La gauche souhaite donner la possibilité au peuple de s'exprimer sur l'achat des nouveaux avions. Le GSsA et les Verts réclament un référendum. Si le lancement d'un référendum n'est pas possible, les écologistes prévoient une initiative moratoire.

Devant cette inconnue, le GSsA appelle le Conseil fédéral à présenter un projet d'achat qui soit soumis au référendum populaire. Toute autre démarche serait antidémocratique, assure l'organisation.

Le PS débattra samedi de l'opportunité de lancer une initiative garantissant aux citoyens la possibilité de se prononcer sur l'achat d'avions de combat. En outre, le groupe socialiste au Parlement va inviter les Chambres à reprendre la question dans un cadre postélectoral désormais plus propice à la réflexion.

Satisfaction à droite - PDC divisé

Au PDC, divisé sur la question de l'achat des avions de combat, le parti déclare que la question centrale du financement reste ouverte.

L'UDC est elle satisfaite du choix du Conseil fédéral, soulignant l'importance d'»une protection efficace» de l'espace aérien, que les nouveaux avions aideraient à assurer. Cependant, le parti tient à ce que le financement soit garanti «sans que d'autres secteurs de l'armée soient négligés».

Sur le plan technique, Peter Malama (PLR/BS), spécialiste en politique de la sécurité, se réjouit du choix des Gripen. L'armée obtient un avion de combat au point et qui remplit aussi bien les exigences dans la défense aérienne que dans les opérations offensives.

Le rapport utilité-prix d'achat est nettement plus attractif pour le Gripen que pour l'Eurofighter, qui pourrait toutefois être techniquement encore plus au point, estime le conseiller national. «L'armée suisse n'a pas besoin du meilleur type d'avion, mais celui qui correspond le mieux aux exigences de vol demandées».

Commandant des forces aériennes déçu

Fernand Carrel, le commandant en chef des Forces aériennes suisses ne partage pas l'analyse de Peter Malama et dit regretter le choix du Conseil fédéral. «Tous les spécialistes savent que le Rafale de Dassault est le meilleur», a-t-il indiqué sur les ondes de la RSR.

La Société Suisse des Officiers (SSO) salue elle la décision du Conseil fédéral, «qui fait avancer de manière significative l'acquisition d'un nouvel avion de combat». La SSO ne se prononce toutefois pas sur les Gripen.

Elle suppose que le modèle choisi dispose des qualités techniques et opératives dont ont besoin des forces aériennes modernes. La SSO ajoute que le financement des avions ne doit pas prétériter le fonctionnement de l'armée dans son ensemble.

Dépenses soumises au peuple

Les Verts s'opposent à l'achat de nouveaux avions de combat. Ils combattront donc au parlement l'achat du Gripen, si nécessaire également par voie d'initiative et de référendum, ont-ils immédiatement fait savoir.

Un sujet politique chaud

Les programmes d'acquisition d'avions de combat ont toujours provoqué en Suisse un intense débat politique.

1938: pour faire face à la menace de guerre, la Suisse fait l'acquisition d'appareils Messerschmitt ME 109 de fabrication allemande.

1948: acquisition de 130 Mustang P-51 de fabrication américaine, un des meilleurs chasseurs à moteur à explosion en service durant la Deuxième guerre mondiale.

1950: sur fond de guerre froide naissante, achat des premiers avions à réaction destinés à l'armée suisse. Une partie des 178 appareils britanniques de type Vampire, dont certains composants sont en bois, restera en service jusqu'en 1990.

1954: acquisition par la Confédération de la licence de construction de 226 appareils Venom conçus dans les ateliers de la société britannique De Havilland. Il s'agit du premier avion à réaction pourvu d'un siège éjectable.

1958: achat de 130 chasseurs-bombardiers supersoniques britanniques de type Hunter, qui resteront en service jusqu'en 1994. Cette acquisition intervient après l'échec essuyé dans le développement des avions militaires suisses N-20 et P-16.

1964-66: scandale des appareils Mirage commandés à la France dans un contexte d'adaptation aux armements nucléaires. En raison de dépassements de coûts exorbitants, seuls 59 appareils sur les 100 prévus seront finalement construits sous licence.

1972: le scandale des Mirages n'est pas encore digéré: le Conseil fédéral renonce à l'acquisition de nouveaux avions de combat

1976: achat de 110 chasseurs légers américains de type F-5 E Tiger, destinés à la protection de l'espace aérien. Montant de la facture: 1,2 milliard de francs.

1993: la fin de la guerre froide incite le Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) à lancer une initiative interdisant l'achat d'avions de guerre. Le rejet du texte en votation populaire ouvre la voie à l'acquisition de 34 chasseurs-bombardiers américains F/A 18 Hornet, pour un montant de 3,5 milliards de francs.

Juin 2007: le Conseil fédéral décide d'acquérir une nouvelle flotte d'avions de combat pour remplacer les escadres de Tigers vieillissantes. Le GSSA lance une nouvelle initiative destinée à empêcher la transaction.

Août 2010: le GSSA retire son initiative après la décision du Conseil fédéral de reporter à 2015 l'acquisition de nouveaux appareils.

30 novembre 2011: le Conseil fédéral porte son choix sur le constructeur suédois Saab Gripen pour honorer la commande de la future flotte d'avions de guerre.

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