Affaire Kadhafi: Le Conseil fédéral renonce à un ultimatum
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Affaire KadhafiLe Conseil fédéral renonce à un ultimatum

En attendant la libération des deux Suisses retenus à Tripoli, le Conseil fédéral et les partis politiques tirent à la même corde en soulignant que la Suisse doit tenir ses engagements et la Libye les siens.

Aucune nouvelle initiative ou ultimatum n'a été annoncé mercredi.

Le Conseil fédéral réitère sa volonté de mettre en oeuvre l'accord passé le 20 août et attend de la Libye qu'elle fasse de même, ont dit le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey. La cheffe des affaires étrangères est venue témoigner son soutien à son collègue, sous les feux de la critique depuis sa visite à Tripoli.

Flanqués de gardes du corps, les deux conseillers fédéraux se sont présentés devant la presse pour faire une déclaration en allemand et en français. Mais interdiction a été signifiée aux journalistes de poser la moindre question.

Si les partis ont tous salué la stratégie du Conseil fédéral, la gauche s'est en revanche indignée du manque de communication. En ne disant quasiment rien de nouveau et en refusant toute question, le gouvernement a failli à son devoir d'information, estime notamment le PS dans un communiqué.

Arbitre nommé côté libyen

A l'instar du Conseil fédéral, les partis mettent la priorité sur le retour des otages dont la situation a été qualifiée d'usante et d'insupportable par M. Merz. L'heure des explications viendra plus tard, surtout si la Libye ne respecte pas ses engagements, ont averti plusieurs partis.

Côté libyen, les choses ont avancé avec la nomination du représentant de Tripoli au sein du tribunal arbitral chargé de statuer sur l'arrestation de Hannibal Kadhafi en juillet 2008 à Genève. Il s'agit de l'avocat d'origine algérienne Saad Jabbar, selon le site internet du Ministère libyen des affaires étrangères. M. Jabbar - qui détient la nationalité britannique - a conseillé la Libye dans l'affaire Lockerbie.

Non-dits

Côté suisse, l'irritation des autorités était perceptible à travers certains non-dits. «La Suisse n'a aucun intérêt à ne pas mettre en oeuvre ce qu'elle a signé et qui la lie sur le plan international», a relevé par exemple Micheline Calmy-Rey. Et d'insister sur le fait qu'en tant qu'Etat de droit, la Suisse respecte ses engagements internationaux.

Plus direct, le président du Parti bourgeois démocratique (PBD) Hans Grunder a expliqué que «nous ne sommes pas un Etat comme la Libye, nous nous en tenons à notre parole». Une attitude qui rejoint assez largement celle des autres partis qui ne veulent pas entendre parler de rupture de contrat, qui serait jugée comme une «provocation inutile».

Hans-Rudolf Merz a lui simplement rappelé que les autorités libyennes avaient promis, par écrit, la libération des deux Suisses avant fin août. Il n'est en revanche pas revenu sur sa propre déclaration, selon laquelle il perdrait la face si les otages n'étaient pas de retour le 1er septembre.

Application par le DFAE

Les deux ministres ont aussi annoncé que le DFAE était chargé de mettre en oeuvre l'accord «signé le 20 août par le Conseil fédéral», selon M.Merz - «signé par M.Merz», selon Mme Calmy-Rey. Le PS, les Verts, l'UDC et le PLR se montrent satisfaits de cette décision.

Le PBD et le PDC auraient par contre préféré que Hans-Rudolf Merz garde la haute main sur le dossier. «C'était devenu l'affaire du chef et un homme comme Kadhafi ne parle qu'aux chefs d'Etat», souligne Christophe Darbellay, le président du PDC. (ats)

Le PLR un peu rassuré

Les libéraux-radicaux avaient demandé hier la suspension de l’accord signé entre la Suisse et la Libye. L’allocution du jour des deux Conseillers fédéraux a quelque peu tempéré leur ardeur. «On a obtenu quelque chose quand même, commente Martine Brunschwig Graf. Ça ne nous apaise pas, mais ça va dans la direction de ce que l’on demandait. Le Conseil fédéral a affirmé sa volonté que les deux parties contractantes s’en tiennent aux termes de l’accord. On ne peut pas tolérer une application unilatérale». Les propos du gouvernement iraient donc dans le sens des préoccupation du PLR. Mais la vice-présidente du groupe parlementaire reste prudente.

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