Coronavirus: Le Conseil fédéral sacrifie les terrasses pour sauver Pâques
Publié

CoronavirusLe Conseil fédéral sacrifie les terrasses pour sauver Pâques

On pourra se réunir à dix en intérieur entre amis ou en famille dès lundi. En revanche l’ouverture des terrasses est reportée. Prochaines décisions attendues le 14 avril.

par
Gilles Martin
Alain Berset s’est présenté seul devant la presse pour annoncer le report de l’ouverture des terrasses.

Alain Berset s’est présenté seul devant la presse pour annoncer le report de l’ouverture des terrasses.

REUTERS

En vue du week-end de Pâques, le Conseil fédéral fixe à 10 le nombre de personnes (enfants compris) pouvant se réunir en famille et entre amis à l’intérieur, au lieu de 5 actuellement. C’est le seul assouplissement annoncé vendredi sous le coup des 15 heures par Alain Berset. Il entre en vigueur lundi. Mais avant de se réunir, il faut se faire tester a martelé le conseiller fédéral: «Cela doit devenir un réflexe».

«Il faut tout faire pour éviter que Pâques ne devienne pour la Suisse ce que Noël a été pour le Portugal et l'Irlande»

Alain Berset, chef du Département fédéral de l’intérieur

Toutes les autres mesures mises en consultation la semaine dernière sont reportées, malgré le soutien de nombreux cantons et la déclaration du Conseil national, qui demandaient davantage d’assouplissements. Les terrasses n’ouvriront donc pas et les rassemblements à l’extérieur restent limités à 15 personnes. «Il faut tout faire pour éviter que Pâques ne devienne pour la Suisse ce que Noël a été pour le Portugal et l'Irlande», a déclaré le ministre de la Santé. Quant au télétravail, pas question de l’assouplir comme le demandaient plusieurs cantons. Il ne faut pas s’attendre à un retournement de situation ces prochaines semaines: la prochaine décision du Gouvernement est planifiée pour le… 14 avril.

«Nous regrettons que le Conseil fédéral assouplisse bien plus prudemment que demandé par de nombreux cantons. Mais en fin de compte, c’est le gouvernement national qui assume la responsabilité dans la situation actuelle en appliquant des mesures uniformes dans toute la Suisse », a réagi Lukas Engelberger, président de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé, dans un communiqué.

La réaction du président de GastroVaud à l’annonce du Conseil fédéral:

Trois des quatre indicateurs qu’avait définis le Conseil fédéral pour la deuxième étape d’assouplissement ne sont plus respectés depuis plusieurs jours: l’incidence sur quatorze jours est supérieure à 200 pour 100’000 habitants, le taux de positivité dépasse 5% et le taux de reproduction est nettement au-delà de 1 (1,14). Seule l’occupation des lits en soins intensifs par des patients Covid-19 est inférieure à la limite fixée.

Stratégie fondée sur les risques

Le risque d’augmentation incontrôlée du nombre de cas est trop grand actuellement pour permettre d’autres assouplissements a justifié Alain Berset. Le nombre d’infections augmente en effet à nouveau depuis fin février et il y a encore trop peu de gens vaccinés pour exclure une forte augmentation des hospitalisations. De plus, différents indices laissent à penser que les nouvelles souches du virus ne sont pas seulement beaucoup plus contagieuses mais plus mortelles. Ces nouvelles souches sont désormais responsables de plus de 80% des contaminations.

«On a choisi un chemin médian, différent des pays qui nous entourent. Le pas que nous prévoyons est très petit, mais tous les pays qui nous entourent sont en train de refermer leurs activités», a souligné le Fribourgois. «Nous n’avons jamais visé une politique de zéro cas dont les coûts auraient été énormes et nous n’avons jamais fait comme si le virus n’existait pas», a expliqué le conseiller fédéral pour expliquer cette stratégie «fondée sur les risques». Ce qui explique que l’on peut assouplir malgré les indicateurs négatifs, en accompagnant ces mesures avec le déploiement de la vaccination et le développement des tests.

«Nous ne voulons pas perdre le contrôle une troisième fois»

Alain Berset, chef du Département fédéral de l’intérieur

«Mais nous n’avons pas encore assez vacciné pour éviter le risque d’une surcharge du système hospitalier», a ajouté le conseiller fédéral pour justifier ces mesures. «Nous ne voulons pas perdre le contrôle une troisième fois» a relevé le ministre de la Santé, rappelant qu’au printemps et en automne dernier le système a été saturé.

En ce qui concerne le calendrier, «nous faisons tout pour que le peuple ait accès d'ici juin à la première dose de vaccin», a relevé Alain Berset, qui a relevé que la Suisse a réussi à bien se positionner sur les trois meilleurs et les plus rapides (soit Pzizer, Moderna et bientôt AstraZeneca don l’homologation dépend de Swissmedic). C’est un pari réussi sachant que l’an dernier, il y avait 120 vaccins en développement. «Si on avait eu notre propre ligne de production, rien n'aurait garanti qu'on en ait en suffisance», a-t-il répondu en réponse à la polémique sur une ligne chez Lonza.

A terme, le Conseil fédéral veut tester 40% de la population mobile. On est encore loin de l’objectif, a reconnu Alain Berset. «Cela ira mieux une fois qu'on aura des autotests. Nous partons du principe qu'ils seront disponibles dès début avril», a ajouté Patrick Mathys, responsable de la section de gestion de crise de l’Office. Mais en attendant, «allez vous faire tester en pharmacie avant de passer une soirée entre amis», a répété le ministre de la Santé à plusieurs reprises.

Nouvelles restrictions possibles

Le Conseil fédéral a aussi discuté du seuil à partir duquel il faudra envisager un nouveau durcissement des mesures si la situation devait se dégrader drastiquement, étant entendu qu’il s’agira alors de tenir compte du nombre de personnes vaccinées. Le Conseil fédéral propose un modèle en trois phases. Tant que toutes les personnes vulnérables ne sont pas vaccinées (première phase), des indicateurs stricts sont indispensables. L’incidence sur quatorze jours sera limitée à 350. Le nombre de lits aux soins intensifs occupés par des patients Covid-19, les hospitalisations et le taux de reproduction seront aussi pris en compte.

Lorsque toutes les personnes vulnérables seront vaccinées (deuxième phase), il sera possible de revoir les exigences à la baisse. Lorsque toutes les personnes qui le souhaitent seront vaccinées (troisième phase), la Suisse pourra, selon les estimations actuelles, renoncer aux restrictions et aux indicateurs, sauf s’il faut réagir à l’apparition de nouvelles souches de virus.

Retrouvez le compte-rendu intégral de la conférence de presse d’Alain Berset dans notre live ticker.

Les autres décisions

  • RHT. Le Conseil fédéral a aussi décidé de prolonger de trois mois, jusqu’au 30 juin 2021, la procédure simplifiée pour l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail et la suppression du délai d’attente. Les modifications correspondantes de l’ordonnance COVID-19 assurance-chômage entrent en vigueur le 1er avril 2021.

  • Vaccination. Un forfait vaccination séparé pour les cabinets médicaux a été défini; il est de 24.50 fr, jusqu’à fin juin, et de 16.50 fr. à partir de juillet. Le Conseil fédéral a également décidé que le montant pris en charge par la Confédération pour cette même vaccination en pharmacie serait aussi de 24.50 fr. Dans les centres de vaccination en revanche, le montant forfaitaire reste de 14,50 fr. Le patient ne doit assumer ni franchise ni quotepart.

Ton opinion

1062 commentaires