ClimatLe Conseil national s’attaque au gaz de Poutine
Le Conseil national commence ce mercredi un débat fleuve sur l’initiative des Glaciers, qui veut que la Suisse se débarrasse des énergies fossiles d’ici 2050. Première victime: le gaz russe dont dépend pour moitié la Suisse.
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Le spécialiste en énergie du Parti socialiste propose de remplacer rapidement les chauffages à énergie fossile, avec une attention pour les chauffages à gaz.
«Pour chaque chauffage au gaz qui serait changé dans une maison, ce serait 1000 à 2000 francs de moins pour Poutine». Roger Nordmann (PS/VD), le spécialiste socialiste de l’énergie, a défendu mercredi une proposition individuelle qui découle de la situation actuelle en Ukraine. La guerre lancée par la Russie s’est invitée mercredi dans le débat sur l’initiative pour les Glaciers, en mettant en évidence le fait que la Suisse est dépendante pour moitié du gaz russe.
12 000 francs pour chaque installation
Roger Nordmann a expliqué que ce gaz est utilisé dans l’industrie, où il est difficile de le remplacer rapidement, et pour les logements individuels, où il serait plus facile d’intervenir. Le Vaudois propose d’établir un plan de 7 ans pour changer les chauffages à gaz ou au mazout ou à l’électricité directe (qui vient de centrale à charbon durant l’hiver). Il propose une véritable incitation, environ 12 000 francs par remplacement. Ce qui permettrait de remplacer un cinquième des installations de chauffage de ce pays.
«Nous avons déjà du retard»
Après le refus de la loi sur le CO₂ devant le peuple en juin 2021, les parlementaires ont retrouvé ce mercredi un sujet qu’ils ont déjà traité en long et en large depuis 2018, sans parvenir à des solutions concrètes. Le temps passe, ainsi que les rapports alarmants du GIEC. «Chaque minute compte» a répété Delphine Klopfenstein Broggini (Vert.e.s/GE), qui a cité le rapport des scientifiques paru lundi: «Il faut accélérer, se réveiller… Je vous invite à gagner dix ans en fixant un objectif de zéro émission à 2040. Vous avez l’impression d‘avoir le temps, mais nous avons déjà du retard. Arrêtons de nous conforter dans la paresse du fossile.»
Son collègue Christophe Clivaz (Verts/VS) lui a emboîté le pas: «Il faut certes sauver nos glaciers d’une disparition complète. Mais au-delà des glaciers, il faut assurer que nous et nos successeurs puissions avoir des conditions de vie acceptables. Sinon sécheresse, lave torrentielle et autres inondations nous submergeront. La guerre en Ukraine nous incite à réduire notre dépendance au pétrole et au gaz russe, car en achetant du gaz russe nous permettons à Poutine de faire cette guerre».
78 orateurs sur deux jours
Le sujet délie les langues. Pas moins de 78 conseillères et conseillers nationaux (sur 200) vont se succéder à la tribune du Conseil national entre mercredi et jeudi pour aborder l’initiative des glaciers, et plus largement la question des réponses à donner aux changements climatiques. L’initiative veut interdire les carburants ou combustibles fossiles (huile, gaz, essence ou diesel) d’ici 2050, avec de rares exceptions s’il n’existe pas d’alternatives pour des raisons techniques.
Pour le Conseil fédéral, le texte est trop contraignant. Il propose un contre-projet direct, qui veut remplacer l’interdiction générale par une obligation de réduire progressivement la consommation des énergies fossiles. Le contre-projet étend aussi les exceptions possibles pour des raisons économiques ou de sécurité et de protection de la population. Le contre-projet reprend toutefois deux points importants de l’initiative: un lien avec les Accords de Paris qui visent une décarbonisation pour 2050 et la création d’un article «politique climatique» qui doit figurer dans la Constitution helvétique.
Initiative et contre-projet «pas sérieux» pour l’UDC
Mais pour l’UDC, par la voix de Pierre-André Page (UDC/FR), l’initiative et le contre-projet direct du Conseil fédéral ne sont «pas sérieux et utopiques». Il rappelle qu’actuellement «La Suisse importe pour un milliard de francs chaque mois d’énergie fossile. Vous ne pouvez pas décider de supprimer d’un coup des sources d’énergie. La stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral est une lourde erreur. Prévoir d’interdire des combustibles sans savoir comment, par quoi et dans quel délai nous allons pouvoir les remplacer est irresponsable».
Le débat se poursuit jeudi.
