Actualisé 12.10.2016 à 08:26

Arc lémanique

Le contingentement des étrangers préoccupe

Le Conseil du Léman a lancé deux études pour évaluer les conséquences qu'aurait une limitation de la présence d'étrangers.

photo: Keystone

Deux études montrent les conséquences sur la région lémanique de l'introduction de contingents pour limiter la population étrangère. Elles ont été présentées mardi à l'issue d'une séance du Conseil du Léman à Champéry (VS).

L'organisme transfrontalier Conseil du Léman souhaite une application en douceur de l'initiative dite «contre l'immigration de masse». Pour la région lémanique, une limitation drastique de l'immigration ou du nombre de travailleurs frontaliers aurait des conséquences importantes.

Le patron des finances vaudoises Pascal Broulis a salué mardi à Champéry l'option plutôt souple pour laquelle s'est prononcé en septembre le Conseil national. Cette solution est compatible avec la libre circulation des personnes.

Pour l'heure l'option des contingents n'est pas à l'ordre du jour. A partir d'un certain quota d'immigration, les employeurs pourraient être contraints de proposer les emplois disponibles en priorité aux offices régionaux de placement.

Cette tendance à une application plutôt souple de l'initiative sur l'immigration de masse n'a pas empêché le Conseil du Léman de présenter mardi deux études sur la question. L'une, sur la démographie, a été réalisée par l'Office vaudois de la statistique. L'autre, sur le volet économique, vient de l'Universié de Genève.

L'analyse démographique met en scène deux scénarios pour la période 2015 à 2040. Le premier se base sur la situation actuelle. Le second suppose une limitation contraignante du nombre d'étrangers, un scénario extrême qui permet de quantifier l'effet maximum, précise l'étude.

Population vieillissante

La population de l'espace lémanique (cantons de Genève, Vaud, Valais et départements de l'Ain et de la Haute-Savoie) a augmenté de 23% entre 2000 et fin 2014, dépassant les 3 millions d'habitants dans le courant de l'année 2015. La croissance démographique durant cette période a été plus forte que celle de la Suisse (15%) et de la France (10%). Les flux migratoires expliquent 70% de la hausse.

Sans contingent, la population de l'espace lémanique augmenterait de 770'000 habitants entre 2014 et 2040, passant de 3 à 3,77 millions d'habitants. Dans le scénario de contingents extrêmes, la population atteindrait 3,34 millions d'habitants en 2040. Dans le scénario de libre circulation, la population active (20 à 64 ans) progresserait de 15%. La population de plus de 65 ans augmenterait de 79%.

Le rapport entre personnes de plus de 65 ans et personnes actives passerait de 27,4% en 2014 à 42,7% en 2040. Ce vieillissement resterait cependant inférieur à celui attendu pour la Suisse (46,1%) ou pour la France (49,6%) en 2040.

Le rythme de vieillissement serait bien supérieur avec un contingentement. Le scénario extrême prévoit une dégradation du rapport de dépendance des personnes âgées. Celles-ci représenteraient 50,4% de la population. Selon l'étude, dès 2035, le nombre d'actifs pourrait même tomber en dessous de celui de 2014.

Indispensables frontaliers

La deuxième étude, réalisée par l'Université de Genève, analyse l'apport économique des frontaliers. Elle montre que le nombre de frontaliers a plus que doublé au cours des quinze dernières années. Le taux de chômage n'a pas augmenté pour autant.

Les trois cantons suisses de la région lémanique dénombrent 1,5 million de résidents permanents. Ils affichent ensemble un produit intérieur brut (PIB) de 115 milliards de francs et représentent un cinquième de la population et de l'activité économique de la Suisse.

Entre les trois cantons et les départements français voisins de l'Ain et de la Haute-Savoie, il existe une frontière politique. Mais les barrières économiques sont pratiquement inexistantes, relèvent les chercheurs de l'Université de Genève.

Le canton de Genève est le premier concerné. Un quart des emplois du canton est occupé par des frontaliers. La proportion est de 2,5% pour le canton de Vaud et de 0,9% en Valais.

A Genève, les actifs transfrontaliers contribuent pour plus de 18% au PIB cantonal. La proportion est de 2% dans le canton de Vaud et de 0,6% en Valais. Sur l'ensemble des trois cantons, les frontaliers de l'Ain et de la Haute-Savoie réalisent plus de 8,5% du PIB.

Apports en milliards

Les frontaliers consomment également en Suisse. Selon l'étude, ils laissent un montant global de 2,4 milliards de francs sur leur lieu de travail et 4,7 milliards sur leur lieu de résidence.

Pour les chercheurs, l'espace lémanique est une région économiquement très active. Un contingentement du nombre de travailleurs transfrontaliers pourrait entamer la croissance économique et créer des goulets d'étranglement sur le marché du travail. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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