Actualisé 03.03.2020 à 12:05

Genève

Le coronavirus clôt le cas d'une marche féministe

Un Collectif féministe accuse la police de censurer sa marche pour cause de métaphore douteuse. L'Etat s'en défend. COVID-19 rend toute discussion superflue.

de
Lucie Fehlbaum
"Mettre le feu= mettre l'ambiance, nous utilisons cette métaphore pour imaginer un monde qui ne reproduit aucune oppression", écrit le Collectif.

"Mettre le feu= mettre l'ambiance, nous utilisons cette métaphore pour imaginer un monde qui ne reproduit aucune oppression", écrit le Collectif.

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«Nous rappelons qu'il est impossible de littéralement brûler le patriarcat puisqu'il s'agit d'un concept», s'agace le Collectif 8 mars pour un féminisme révolutionnaire. Ce groupement organise une semaine d'événements débutée hier et qui doit se conclure par une marche nocturne samedi, veille de Journée de la femme. Or, selon le collectif, la police menace d'annuler l'événement si son discours ne change pas. «Nous utilisons la métaphore du feu pour dénoncer les institutions racistes et sexistes qui n'ont plus lieu d'être.»

Mais sur la page Instagram du groupe, des abonnées ont partagé des montages montrant «des institutions en lien avec la police en flammes. C'est une image utilisée par certaines pour désigner le patriarcat». Sur un flyer, on retrouve également en réponse à la question «Keski brûle?», la mention «une voiture de keuf».

Garantir le nombre

«Notre mission est d'assurer la sécurité du public, des manifestants et des lieux lorsque nous autorisons une manifestation, indique Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la Sécurité. Lorsque nous posons des conditions, nous nous basons sur des éléments concrets, comme des messages qui pourraient inciter à la violence.» Ici, une modification de parcours a été demandée. Les organisatrices devaient aussi préciser que la marche serait pacifiste. «Mais cela n'a plus lieu d'être, affirme Laurent Paoliello. Le Conseil fédéral a annulé les manifestations dès 1 000 personnes.»

 Avec 800 participantes estimées, la marche ne sera pas autorisée. «Nous n'avions pas encore communiqué le parcours définitif aux organisatrices, mais cela est caduc, indique le porte-parole. Le Collectif doit pouvoir garantir un nombre de participants en-dessous de 1 000 et pour une marche en extérieur, il y a trop de facteurs, c'est ingérable.»

"Pas de répression policière"

"Au moment du dépôt de la demande de manifester, les échanges entre les organisateurs et les autorités sont obligatoires. Poser des conditions fait partie de la procédure", assure Laurent Paoliello. Pour le Collectif, ces demandes, notamment un changement de parcours, qui devait passer par la Corraterie, sont la preuve que la police n'aime pas leur discours. "Ils nous ont demandé de faire désescalader la violence", sourient-elle. Et c'est là tout le noeud du problème: autorités et collectif ne peuvent voir du même oeil la métaphore "brûler des voitures de police= mettre fin à un système patriarcal oppressant".

Quoi qu'il en soit, le virus signe la fin des débats, à tout le moins officiellement. Si la marche se déroule sans autorisation, elle pourrait être dispersée. «Il ne s'agit pas de répression policière castratrice. Ce n'est pas en faisant fi de la santé des militants qu'on défend une cause, affirme le porte-parole. Tenir cette marche malgré une annulation serait irresponsable. »

Plusieurs petits au lieu d'un grand

Les collectifs cantonaux pour la grève féministe 2019 ont communiqué hier sur le déroulement de la journée du 8 mars. «Le combat féministe ne sera pas arrêté par un virus, a écrit la branche genevoise. Nous avons réorganisé nos programmes afin de les rendre compatibles avec l'interdiction d'organiser des rassemblements de plus de 1000 personnes.» Diverses actions ciblées auront lieu dans les quartiers. Un appel à «sortir en violet» a été lancé.

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