Actualisé 31.03.2017 à 11:32

Meurtre de Kim Jong-Nam

«Le corps sera incinéré pour éliminer les preuves»

Les analystes estiment que la Corée du Nord va rapidement se débarrasser de la dépouille du demi-frère du leader. Pyongyang est parvenu à récupérer le corps via un accord avec la Malaisie.

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Doan Thi Huong a quitté vendredi matin sa prison près de Kuala Lumpur, après l'abandon des poursuites pour meurtre dans l'enquête sur l'assassinat spectaculaire de Kim Jong Nam. (Vendredi 3 mai 2019)

Doan Thi Huong a quitté vendredi matin sa prison près de Kuala Lumpur, après l'abandon des poursuites pour meurtre dans l'enquête sur l'assassinat spectaculaire de Kim Jong Nam. (Vendredi 3 mai 2019)

AFP
Doan Thi Huong sera libérée en mai après avoir accepté un nouveau chef d'accusation remplaçant celui de meurtre, a indiqué l'un de ses avocats lundi. (1er avril 2019)

Doan Thi Huong sera libérée en mai après avoir accepté un nouveau chef d'accusation remplaçant celui de meurtre, a indiqué l'un de ses avocats lundi. (1er avril 2019)

AFP
Un tribunal malaisien a rejeté jeudi la demande de libération de Doan Thi Huong, après la libération surprise de sa co-accusée indonésienne lundi. (14 mars 2019)

Un tribunal malaisien a rejeté jeudi la demande de libération de Doan Thi Huong, après la libération surprise de sa co-accusée indonésienne lundi. (14 mars 2019)

AFP

En récupérant la dépouille du demi-frère assassiné du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, la Corée du Nord cherche à éliminer toute trace de son implication dans ce meurtre aux relents de guerre froide, jugent les analystes.

Kim Jong-Nam a été empoisonné au VX, un agent neurotoxique si puissant qu'il est classé comme une arme de destruction massive, le 13 février à l'aéroport de Kuala Lumpur. Avec lui disparaissait un héritier potentiel au trône de Kim Jong-Un, ainsi que le fils aîné du dirigeant nord-coréen défunt Kim Jong-Il. Il vivait en exil depuis des années et représentait une gêne pour Pyongyang.

Cet assassinat, immédiatement imputé par Séoul à Pyongyang, a provoqué une grave crise diplomatique entre la Corée du Nord et la Malaisie. Les deux ambassadeurs ont été expulsés et les deux pays ont empêché les ressortissants de l'autre de partir.

Mais vendredi, Kuala Lumpur et Pyongyang ont annoncé un accord permettant à leurs citoyens respectifs de rentrer chez eux, et le rapatriement en Corée du Nord de la dépouille de la victime.

Les analystes estiment que Pyongyang va immédiatement s'en débarrasser. «Ils vont incinérer la dépouille», dit Kim Kwang-Jin, un Coréen du Nord ayant fait défection, devenu chercheur à l'Institut pour la stratégie de sécurité nationale de Séoul. Pyongyang va déclarer que la mort était naturelle et blâmer ses adversaires pour la controverse, poursuit-il.

Famille?

«La Corée du Nord va dire qu'un de ses ressortissants appelé Kim Chol est mort de crise cardiaque et affirmer que ses ennemis en Corée du Sud et aux Etats-Unis ont fomenté un drame». Pyongyang a refusé de confirmer l'identité de la victime, qui était porteur d'un passeport nord-coréen au nom de Kim Chol lorsqu'il a été assassiné.

La Malaisie a cependant confirmé officiellement qu'il s'agissait de Kim Jong-Nam sur la foi de tests ADN. Kuala Lumpur disait attendre qu'un membre de la famille réclame le corps. Le Premier ministre malaisien Najib Razak a expliqué jeudi avoir reçu «une lettre de (la) famille» de Kim Jong-Nam, sans préciser de qui il s'agissait. Ce pourrait être Kim Jong-Un lui-même ou n'importe lequel de ses proches, plutôt que son épouse ou ses enfants.

Avec ce rapatriement, le Nord empêche qu'un lieu d'inhumation à l'étranger n'attire les opposants au régime, poursuit M. Kim, qui travaillait pour la compagnie d'assurances nord-coréenne avant de fuir le pays. «Il est naturel qu'ils veuillent le corps car il continuerait à attirer l'attention s'il se trouvait ailleurs», dit-il à l'AFP.

La Corée du Sud a accusé son voisin du Nord d'avoir mis en place un «ordre permanent» pour éliminer le demi-frère de Kim Jong-Un, qui s'était montré critique envers le régime.

Tout le monde sait

Certains analystes jugent que la Corée du Nord fera montre d'une grande discrétion envers la dépouille afin que ses propres citoyens ne sachent pas la vérité. «L'existence de Kim Jong-Nam et son assassinat, c'est comme une boîte de Pandore qui ne peut être connue du peuple», juge Kim Yong-Hyun, professeur d'études nord-coréennes à l'Université Dongguk. «Tout sera fait en secret avec le minimum de procédures».

Malgré tout, Pyongyang n'évitera pas les répercussions de l'assassinat, disent les analystes. «Cette affaire est close pour l'instant et l'histoire du corps est une petite victoire pour Pyongyang», déclare Chang Yong-Seok, chercheur à l'Institut des études pour la paix de l'Université nationale de Séoul.

Mais la Corée du Nord a subi «des dégâts irréparables» avec ce meurtre qui cimente son image d'inhumanité et l'a brouillé avec l'un de ses rares alliés diplomatiques, ajoute-t-il. La Corée du Sud a répété à maintes reprises que cette affaire illustrait clairement la brutalité du régime nord-coréen. «Que la Corée du Nord le reconnaisse ou non», poursuit M. Chang, «tout le monde sait qui est responsable».

Seules deux suspectes, une Indonésienne et une Vietnamienne ont été inculpées pour l'assassinat. Des images de vidéo-surveillance du 13 février montrent la victime approchée par derrière par deux femmes, dont l'une lui projette quelque chose au visage.

(nxp/afp)

(NewsXpress)

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