Italie: Le couple gouvernemental en pleine scène de ménage

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ItalieLe couple gouvernemental en pleine scène de ménage

La tension monte entre la Ligue et le M5S, à un mois des élections européennes, en raison d'une affaire de corruption.

Luigi Di Maio, chef du M5S, et Matteo Salvini, patron de la Ligue.

Luigi Di Maio, chef du M5S, et Matteo Salvini, patron de la Ligue.

AFP/Alberto Pizzoli

Le couple gouvernemental italien, formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), est en proie depuis des jours à de violentes scènes de ménage, à un mois des élections européennes. La tension latente entre ces deux forces politiques très différentes entre elles, et qui ne sont liées que par un «contrat de gouvernement», a explosé au grand jour lorsqu'un secrétaire d'Etat, Armando Siri, proche de Matteo Salvini, le patron de la Ligue, a été accusé de corruption.

La justice italienne soupçonne M. Siri d'avoir empoché 30'000 euros, ou la promesse qu'il les obtiendrait, de la part d'un entrepreneur, Paolo Franco Arata, pour faire passer des amendements législatifs favorables aux affaires de ce dernier dans le secteur de l'énergie éolienne. Pire encore, la justice soupçonne M. Arata d'être en affaires avec un Sicilien, Vito Nicastri, dont le parquet de Palerme demande l'emprisonnement pour complicité mafieuse.

Pour le M5S qui a fait de «l'honnêteté» son principal slogan et l'image de marque de ses élus, c'en est trop: les demandes de démission de M. Siri se sont multipliées, y compris de la part du chef du Mouvement, Luigi Di Maio, également vice-Premier ministre.

Mais M. Salvini, lui aussi vice-Premier ministre, n'en démord pas: jusqu'à preuve du contraire par la justice italienne, M. Siri est innocent, explique-t-il à longueurs d'interviews ou sur les réseaux sociaux. «Irresponsable», «incroyable légèreté», les accusations depuis volent bas. La non participation jeudi de Matteo Salvini à la fête de la Libération, qui commémore la victoire sur le nazisme, a ainsi donné lieu à des attaques en règles de la part du M5S. «Nous divise celui qui ne veut pas la fêter (...) le 25 avril doit être une journée d'union», a ainsi lancé M. Di Maio jeudi.

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«Entre la farce et le drame»

«Y a-t-il encore un gouvernement ?» s'interrogeait récemment le quotidien «La Stampa». «On ne peut plus aller de l'avant comme ça. On ne peut pas travailler dans un climat pareil, attaqué quotidiennement», aurait déclaré M. Salvini au chef du gouvernement Giuseppe Conte, selon le quotidien. Le gouvernement pourra vivoter jusqu'au 26 mai, date des élections européennes en Italie, mais «après, nous devrons prendre des décisions, la situation n'est plus tenable», a encore affirmé M. Salvini à son entourage, selon la même source.

Salvini et Asselborn se prennent le bec

Le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini et le ministre des Affaire étrangères luxembourgeois Jean Asselborn se sont répondus de manière virulente lors d'une conférence à Vienne.

«Dans des conditions normales, le gouvernement M5S-Ligue se serait désintégré déjà depuis longtemps», estime pour sa part le quotidien «La Repubblica». «L'exécutif Conte est déjà mort, mais il reste debout, un peu comme un zombie, dans l'attente des élections européennes», ajoute l'éditorialiste Stefano Folli, estimant l'Italie suspendue «entre la farce et le drame».

MM Salvini et Di Maio «ne pouvant pas gagner la guerre cherchent à remporter quelques batailles à utiliser comme tremplin dans la campagne électorale», affirme encore cet éditorialiste.

Dans ce climat, chaque sujet devient prétexte pour un échange de remarques acerbes dans un contexte électoral où la Ligue cherche à confirmer son avance pour, éventuellement, s'imposer après les élections, tandis que le M5S se bat pour enrayer son déclin dans les sondages. Ce dernier, parti de plus de 32% des voix obtenues aux législatives de mars 2018, peine désormais à dépasser les 20% dans les sondages, tandis que la Ligue, qui avait obtenu 17% des voix aux législatives, caracole dans les sondages avec environ 32% des intentions de vote. (afp)

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