Genève: Le Covid a plongé les jeunes dans les affres du chômage
Publié

GenèveLe Covid a plongé les jeunes dans les affres du chômage

Du fait de la crise sanitaire, le nombre de demandeurs d’emploi a bondi au bout du lac en un an. Les 15-24 ans sont très touchés et affrontent davantage de difficultés que d’autres catégories.

par
Jérôme Faas
Fin janvier 2021 à Genève, 1224 individus de 15 à 24 ans étaient inscrits comme demandeurs d’emploi auprès de l’Office cantonal de l’emploi.

Fin janvier 2021 à Genève, 1224 individus de 15 à 24 ans étaient inscrits comme demandeurs d’emploi auprès de l’Office cantonal de l’emploi.

Getty Images

La crise du Covid a fait exploser le chômage genevois. En janvier 2021, le canton comptait 19’852 demandeurs d’emplois. Douze mois avant, ce chiffre n’atteignait «que» 14’619 unités. Soit une hausse de 35,8% en un an. Ce désastre concerne toutes les catégories d’âge, mais les 15-24 ans (+37,8%) et les 50-64 ans (+37,7%) paient un tribut légèrement plus lourd que les autres. La situation des jeunes est particulièrement préoccupante, pour plusieurs raisons. D’une part, comme l’explique Alexandre Meyer, analyste du marché du travail à l’Office cantonal de l’emploi, «en période de crise, ce sont eux qui perdent le plus rapidement leur travail». D’autre part, les chiffres objectivant leur situation sont très certainement sous-évalués. Enfin, ceux qui s’inscrivent au chômage au sortir de leur formation subissent un accès très restreint aux indemnités.

Premier emploi introuvable

En janvier à Genève, 1224 demandeurs d’emploi émargeaient à la catégorie des 15-24 ans (lire l’encadré). Parmi ceux-ci, 287 entamaient leur première recherche de travail, les autres ayant subi l’arrêt d’un CDD ou d’un CDI. D’expérience, Alexandre Meyer estime que presque tous ces 287 jeunes gens se sont inscrits au chômage directement à la sortie de leur formation. Il note que ce cas de figure est de plus en plus fréquent. «Ce chiffre est en augmentation de 24% depuis janvier 2020.» Il juge par ailleurs qu’il ne s’agit sans doute que de la pointe de l’iceberg, seuls les individus déjà fragiles et en difficulté financière optant pour cette solution. «Les autres ont tendance à prolonger leur séjour chez leurs parents. Autrement dit, cette population pourrait être beaucoup plus nombreuse si elle ne bénéficiait pas du soutien parental.»

La fonte des places vacantes

Les jeunes souffrent d’un autre handicap. D’une part, trouver un travail actuellement est compliqué, du fait qu’à Genève, le nombre de places vacantes a chuté de 47% entre février et décembre 2020 – baisse vertigineuse comparée aux moins 15% observés au niveau national. D’autre part, «en période de crise, ceux qui perdent le plus rapidement leur emploi, ce sont les jeunes», analyse Alexandre Meyer. Le risque existe donc que la salle d’attente dans laquelle patientent les 15-24 ans se remplisse bien plus vite qu’elle ne se vide – et le raisonnement vaut aussi pour les individus les plus jeunes de la catégorie 25-49 ans.

Bref, la durée du chômage dit «frictionnel», soit situé entre la formation et l’emploi, «risque d’être beaucoup plus longue que d’habitude», craint Alexandre Meyer. Cette situation est d’autant plus problématique que les règles s’appliquant aux jeunes n’ayant jamais travaillé sont particulièrement sévères: ils doivent patienter 120 jours avant de pouvoir percevoir leurs premières indemnités; et lorsque celles-ci tombent, elles sont limitées à nonante jours, soit quelque quatre mois. Au-delà (et après la prolongation de trois mois des indemnités accordée temporairement à tous les chômeurs par le Conseil fédéral), c’est l’aide sociale qui prend le relais.

Embouteillage à l’aide sociale

Précisément, l’Hospice général a enregistré une forte hausse des demandes d’aide émanant de jeunes adultes (18-25 ans) en 2020. Le nombre de dossiers traités a grimpé de 14% en un an, s’établissant à 1’732 fin décembre. «Cette augmentation est directement liée à la crise sanitaire, explique Bernard Manguin, porte-parole de l’institution. Bon nombre de jeunes adultes ont perdu leur premier emploi. Dans le même temps, certains parents, fragilisés financièrement, ne parviennent plus à assumer la charge de leur enfant majeur.»

Une note d’espoir

Au milieu de cet océan de mauvaises nouvelles, une note d’espoir émerge cependant. «Tant que cette situation de crise perdure, sans doute jusqu’au milieu de l’année, nous allons rester sur des taux de chômage élevés. Mais, dès que la reprise va s’amorcer et que l’emploi redémarrera, les jeunes seront tout d’un coup avantagés par rapport aux autres catégories d’âge, prédit Alexandre Meyer. Nous avons déjà pu observer ce phénomène à la fin du printemps, à la sortie du premier confinement.»

Beaucoup de détenteurs de CFC

Parmi les 1224 demandeurs d’emploi âgés de 15 à 24 ans, 59% sont au bénéfice d’un diplôme du secondaire II (41% sont titulaires d’un CFC). Les détenteurs d’un diplôme du tertiaire (universités, HES) sont 7,4% – ils sont logiquement plus représentés dans la catégorie des 25-49 ans. Enfin, 30% peuvent seulement faire valoir l’achèvement de l’école obligatoire (le Cycle d’orientation). Le 1% restant n’a pas fini sa scolarité. L’Etat ne connaît pas le niveau de formation de 2,6% de ces demandeurs.

Trois idées de solutions

Directeur de l’OSEO Genève, association spécialisée dans la réinsertion professionnelle des demandeurs d’emploi, Christian Lopez Quirland est aux premières loges pour commenter la thématique du chômage des jeunes. Il réclame de rapides décisions structurelles pour y faire face. «Il faut très vite revenir à une période d’indemnisation d’un an au lieu de 90 jours pour ceux qui sortent de formation, car beaucoup sont en situation de précarité. La mesure pourrait se déployer sur deux ans. Une décision fédérale en la matière serait la bienvenue.» Outre son aspect monétaire, un tel choix permettrait de maintenir les jeunes dans le giron du chômage, et donc «de les coacher plus longtemps. Car une fois un individu désinséré, il est beaucoup plus difficile de le remettre dans le circuit.» Christian Lopez Quirland prêche aussi, au niveau cantonal, pour la création d’emplois de transition. Il imagine ainsi mettre des ex-étudiants à contribution pour aider des écoliers et leurs familles frappées par la fracture numérique. «Cela occuperait les jeunes et répondrait à un besoin urgent.» Il juge aussi, malheureusement, que pour certains jeunes formés dans des filières ravagées par le Covid, «il va falloir penser à organiser un transfert de compétences», autrement dit à les réorienter. «Cela demande une planification dès à présent, car dans cette affaire, le temps est notre ennemi.»

Ton opinion

284 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Jean Raisin

04.03.2021, 14:53

Pourquoi il y a encore plus de permis G alors ?

ca arrive déjà à Genève

04.03.2021, 11:28

Le manque d'argent risque de tenter les étudiantes dans la prostitution et vendre leurs charmes dans des services d'escorte girl-prostitution. Ce serait dommage.

faudra bosser au McDO

04.03.2021, 11:27

Mal barré pour l'avenir financier des étudiants. Les élus à Berne ont tous refusé de laisser les magasins ouverts le dimanche.