Actualisé 18.06.2019 à 15:07

Neuchâtel

«Le Creux-du-Van est une décharge à ciel ouvert!»

Restaurateur dans la réserve naturelle, Stéphane Montag ramasse les déchets à la pelle. Selon lui, l'État est hypocrite.

de
Francesco Brienza
Prisée des randonneurs, la paroi rocheuse se mue parfois en cimetière de déchets.

Prisée des randonneurs, la paroi rocheuse se mue parfois en cimetière de déchets.

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Avec 100'000 visiteurs par an, le fameux cirque rocheux du Creux-du-Van est-il encore une zone naturelle? Pour Stéphane Montag, qui tient un restaurant au bord de la réserve, la réponse est claire. «Certains week-ends, elle a plutôt des airs de Paléo», soupire-t-il. En onze ans, le cuisinier a vu la situation se dégrader. «Chaque jour, on ramasse des Pampers, des restes de grillades ou de fast food un peu partout. C'est devenu une décharge à ciel ouvert!»

Le restaurateur est fâché contre les randonneurs indélicats, mais aussi contre l'État. «Il y a de la pub à gogo pour promouvoir la région, fustige-t-il. C'est bien, mais il faut que les infrastructures suivent. Il n'y a pas une seule poubelle dans la réserve. Et après, c'est nous qui nettoyons derrière.»

Contacté, le Service de la faune, des forêts et de la nature neuchâtelois assume ses choix. «Dans ce site protégé, il n'est pas envisagé d'installer de poubelles, indique son chef Jean-Laurent Pfund. Nous préconisons une responsabilisation des visiteurs à travers l'information et la prévention. Le principe est que le randonneur vient et repart avec ses déchets. En plus de ses tâches de sensibilisation, un ranger veille en outre à ce que les abus soient sanctionnés.» De toute façon, le service n'a pas les ressources pour évacuer régulièrement un réseau de poubelles. Las, Stéphane Montag prévient. «Un jour, j'arrêterai de faire le ménage et là, seulement, ils comprendront.»

Certains randonneurs préconisent le zéro déchet. C'est le cas des auteurs du blog Prenez Place:

Les poubelles dénaturent et compliquent trop la vie des sites

A titre de comparaison, la Grande Cariçaie, au bord du lac de Neuchâtel, propose une dizaine de poubelles sur son site. «Mais elles sont gérées par les communes, précise Christophe Le Nédic, biologiste de la réserve. Il y a vingt ans, nous avons tenté de poser des poubelles nous-mêmes, mais ce fut un enfer à gérer. Nous avons renoncé.» Présidente du comité directeur de l'association de la Grande Cariçaie, Catherine Strehler Perrin ajoute: «Dans un milieu naturel, il est logique de ne pas installer de poubelles. On évite les aménagements.»

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