30.08.2020 à 09:48

BrésilLe crowdfunding comme bouée de sauvetage face au virus

Alors que le pays est très durement touché par la pandémie de coronavirus et que l’aide d’urgence du gouvernement ne suffit souvent pas, beaucoup de Brésiliens se tournent vers le crowdfunding.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est très critiqué pour sa gestion de la pandémie. Le Brésil est le pays qui compte le plus de morts après les États-Unis et beaucoup d’habitants sont en grande difficulté financière.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est très critiqué pour sa gestion de la pandémie. Le Brésil est le pays qui compte le plus de morts après les États-Unis et beaucoup d’habitants sont en grande difficulté financière.

Keystone

Dès les premières semaines de la pandémie de coronavirus au Brésil, le nombre de cagnottes en ligne – ou «crowdfunding» – a explosé, un élan de générosité qui a permis à beaucoup de financer des projets. Ou, tout simplement, de survivre.

Avec les mesures de confinement instaurées en mars, des millions de Brésiliens ont vu leurs revenus disparaître ou fondre. L’aide d’urgence du gouvernement de 600 réais (un peu moins de 100 francs au cours du jour) n’a pas toujours compensé l’absence de salaire et n’a pas été distribuée systématiquement.

À 52 ans, Carlos Dos Reis récupère des matériaux recyclables pour les revendre depuis plus de 20 ans. Mais il a été stoppé net par les restrictions imposées par la mairie de Sao Paulo.

«Pendant plus de deux mois, on ne pouvait plus travailler car le matériel qu’on ramasse aurait pu être contaminé», explique-t-il. «J’étais désespéré car, comme d’autres, je n’ai pas reçu l’aide d’urgence du gouvernement. Nous, les travailleurs indépendants, avons été abandonnés».

Il met alors en ligne un projet de financement participatif pour que ses collaborateurs et lui puissent payer quelques factures et faire coudre des masques. L’initiative est un succès. «Je n’ai jamais vu autant de solidarité de la part de la société que cette année. Je ne parle pas de grandes entreprises, je parle de gens, salariés ou même chômeurs, qui ont aidé».

«Depuis, deux autres projets du même type ont vu le jour pour venir en aide aux ramasseurs de matériaux recyclables. L’un d’eux a permis d’attribuer à 2’200 de ces travailleurs la somme de 650 réais chacun.

«Comment est-ce possible qu’on ait réussi à récolter cet argent en ligne mais que le gouvernement n’ait pas pu faire ça pour nous?» se demande Carlos Dos Reis.

De nouveaux donateurs

Rodrigo Machado, le cofondateur de la plateforme brésilienne de crowdfunding «Catarse», confirme que le phénomène des cagnottes en ligne a décollé après les premières mesures d’isolement.

«Sur notre plateforme, plus de 2’000 projets liés au Covid-19 ont été créés. Certains n’attirent pas de fonds, mais au total, 35’000 personnes ont fait des dons jusqu’à maintenant», explique-t-il.

La valeur moyenne d’un don est de 50 réais, avec généralement des récompenses ou petits cadeaux pour les donateurs. «On a observé l’apparition d’un nouveau public, de nouveaux donateurs. Beaucoup vivent dans le Sud-Est du Brésil et ont une situation à peu près stable. Alors ils se sont dit: ‹si je peux partager ça avec des gens en situation d’urgence, je le fais», explique Rodrigo Machado.

Dans des favelas ou même dans des villages indigènes, les cagnottes en ligne ont aussi été largement utilisées ces derniers mois, permettant, entre autres, la distribution de paniers de produits de base aux familles.

«Être solidaire»

Au Brésil comme ailleurs, la culture a été l’un des secteurs les plus durement touchés par le confinement imposé par l’épidémie.

Esmeralda Gazal, professeure de danse classique de 67 ans, a cherché ce qu’elle pouvait faire pour aider les danseurs de Sao Paulo. «J’ai proposé de donner des cours de danse en ligne pour pouvoir récolter de l’argent et aider les artistes en situation de vulnérabilité», raconte-t-elle.

«J’ai le privilège de faire partie d’une institution qui me verse un salaire, donc je peux être solidaire envers les collègues qui ne sont pas dans cette situation», dit-elle. Estela Lapponi, danseuse, fait partie de ceux qui ont bénéficié de ce projet de crowdfunding, appelé SOS Danse Sao Paulo.

«C’est une oasis au milieu de tant de difficultés. Ça a été un soulagement de recevoir les 450 réais», confie-t-elle. «Ça ne m’a pas permis de payer tout ce que je devais, mais au moins quelques factures» explique Estela, qui n’a pas eu droit non plus à l’aide d’urgence et dont les projets de spectacles sont suspendus, pour une durée indéterminée.

Le président Jair Bolsonaro, qui a gagné des points dans les sondages grâce à l’aide d’urgence allouée pendant la pandémie, a annoncé un nouveau programme d’allocations, le «Revenu Brésil», qui pourrait s’élever à 300 réais par mois.

(ATS/NXP)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!