Actualisé 03.07.2012 à 16:49

Assurance maladieLe deal secret entre l'OFSP et Comparis

L'OFSP a passé un accord avec Comparis afin de clore le volet judiciaire qui les opposait. Il perd du même coup sa liberté de parole pour promouvoir un système plus économique.

von
Laurent Güdel

Retournement de veste en bonne et due forme du côté de l'Office fédéral de la Santé Publique (OFSP). Rappel: jusqu'en 2009 un assuré devait passer par le registre officiel de l'OFSP ou par un comparateur privé, plus facile d'accès, si il voulait changer de caisse maladie. Mais les comparateurs privés, à l'instar de Comparis, ont toujours facturé des frais de commissions substantiels aux caisses maladies, rapporte l'émission «On en parle» sur la RTS.

Les associations de consommateurs ont alors instauré leur propre outil indépendant relayé ensuite par le site officiel de l'OFSP, priminfo.ch. Ce site offrait l'avantage de pouvoir changer d'assureur en ligne sans générer de frais de commission. Mais Comparis ne l'entendait pas de cette oreille et a traîné l'OFSP devant la justice pour concurrence déloyale.

Comparis grand vainqueur des négociations

Afin d'esquiver l'attaque de Comparis, l'OFSP a accepté de signer un accord et de revoir à la baisse sa mission. Priminfo.ch ne permettra donc plus de changer d'assureur en ligne mais uniquement de comparer les primes. Il s'engage aussi à reconnaître l'utilité des comparateurs privés et plus étonnant encore, l'OFSP et le Département fédéral de l'Intérieur renoncent à communiquer sur les économies potentielles de 60 à 100 millions pour les assureurs si on leur interdisait de verser des commissions à des tiers.

Cerise sur le gâteau, l'OFSP promet de «s'abstenir de mentionner que priminfo.ch est gratuit pour les assureurs et pour les assurés». (Lire l'intégralité du rapport traduit par la RTS ici). En d'autres termes, pour éviter de faire de la concurrence déloyale à une entreprise privée, la Confédération ne peut plus dire que la pratique actuelle génère des coûts supplémentaires (des dizaines de millions de francs) par rapport au système gratuit qu'elle proposait.

Sur les ondes de La Première, Felix Schneuwly, responsable des relations publiques chez Comparis, considère que l'OFSP est là pour assurer la transparence des prix mais n'a pas à se «mêler de la recherche de clients». Le fait que les assureurs paient jusqu'à 100 millions de francs par an afin d'attirer de nouveaux clients ne choque pas Felix Schneuwly qui ne veut par ailleurs pas chiffrer le montant des accords entre Comparis et les assureurs.

Le texte fait bondir du côté des consommateurs

Comparis se défend d'impacter les coûts de la santé, arguant que le site priminfo.ch a été payé par les impôts des contribuables. Seulement, le site n'a coûté que 200'000 francs. Soit nettement moins que les sommes déboursées en frais de commissions par les assureurs qui sont donc répercutés sur les primes.

Zeynep Ersan Berdoz, rédactrice en chef du magazine «Bon à Savoir» s'est dit consternée mardi matin à la radio. «L'impact sur les assurés est une absence de transparence d'une part, mais l'impact le plus concret, le plus direct, c'est celui sur le porte-monnaie des assurés puisqu'on sait que chaque année, en transitant par les comparateurs commerciaux, (ndlr. les frais de commissions) font augmenter les coûts de la santé.» Le retour d'un comparateur indépendant et gratuit exploité par les médias et autres associations est à l'ordre du jour du côté des consommateurs. Affaire à suivre au moment des annonces des nouvelles primes en septembre prochain.

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