Actualisé 22.10.2016 à 14:18

Calais

Le démantèlement de la «Jungle»: mode d'emploi

Le démantèlement de la «Jungle» de Calais doit commencer lundi matin. Près de 7000 migrants seront évacués en trois jours

Extraire en quelques jours, pour les transférer parfois à l'autre bout de la France, de six à huit mille migrants de la «Jungle» ne parlant pas le français et qui ne rêvent souvent que d'Angleterre: l'opération qui débute lundi a demandé des semaines de préparation méticuleuse. Dès 8H00 lundi, les 6400 migrants (chiffre de la préfecture) auront accès à «un sas», un grand hangar sur un terrain de 3000 m2, loué spécialement et situé à 300 m de la «Jungle». Ils viendront à pied. Un «flyer» avec un plan sommaire a été largement diffusé dans le camp. A côté du sas se situe une gare routière, avec hall d'accueil et de départs.

En une semaine

«On s'attend à avoir beaucoup de monde lundi matin, parce que même s'il y a des places pour tout le monde, ce sera premier arrivé, premier servi», affirme la préfecture du Pas-de-Calais. «Il peut y avoir des mouvements de foule», donc il y aura «une présence policière» sur place. L'évacuation devrait prendre «une semaine» d'après les autorités. Le sas sera ouvert tous les jours de 8H00 à 20H00. A l'extérieur, quatre files d'attente bien identifiées, avec des pictogrammes : pour les majeurs, pour les mineurs sans famille, pour les familles et pour les personnes vulnérables (malades, femmes enceintes...).

Des personnels de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) proposeront à chaque migrant deux régions possibles pour leur accueil en Centre d'accueil et d'orientation (CAO, au nombre de 287). Ceux qui veulent partir ensemble le pourront. Un bracelet sera remis aux partants, afin d'éviter les erreurs d'aiguillage. La sécurité civile prendra ensuite leur identité et les migrants monteront dans les autocars garés derrière le hangar, avec deux accompagnateurs.

Soixante bus partiront lundi, 45 mardi et 40 mercredi. Le planning des jours suivants reste à faire. Les cars seront équipés d'une géolocalisation. La préfecture d'accueil connaîtra à tout moment leur position. Lors des pauses sur la route, des gendarmes seront présents pour s'assurer «que tout se passe bien». Les bus desservant les destinations les plus éloignées partiront le soir et rouleront de nuit.

Un bracelet jaune pour les mineurs isolés

Les mineurs isolés seront accueillis par des bénévoles de France Terre d'asile au centre Jules-Ferry et au centre d'accueil provisoire (CAP), deux structures en dur qui jouxtent la «Jungle». Ils porteront un bracelet jaune. En cas de doute sur leur minorité (la majorité de ceux qui se déclarent mineurs ont entre 16 et 18 ans), un binôme franco-britannique avec un fonctionnaire du Home Office s'efforcera de vérifier leur âge. Jusqu'à 600 mineurs devraient être accueillis au CAP dès lundi soir, selon la préfecture.

Les CAO accueillent en moyenne une vingtaine de personnes, afin d'éviter des concentrations trop importantes. Une fois arrivés sur place, les réfugiés seront pris en charge et pourront prendre un rendez-vous à la préfecture, pour faire valoir leurs droits. Le dossier de ceux qui ont déjà demandé l'asile en France sera transféré dans la région d'accueil.

Oui. 1250 policiers et gendarmes sont engagés. «C'est une opération à risques, qui peut dégénérer, avec la nécessité de faire intervenir la force publique», admettent les pouvoirs publics. Selon eux, si des problèmes surgissent, ce ne sera pas avec les migrants, mais avec des militants prêts à en découdre. Le week-end des 15-16 octobre a été signalée l'arrivée de 150 à 200 «No Border» (militants européens prônant l'abolition des frontières). Il y aurait «très peu» de zadistes venant de Notre-Dame-des-Landes. C'est pourquoi, dans le périmètre de l'opération seuls pourront circuler les titulaires d'un badge (officiels, associatifs, journalistes...). Le Défenseur des droits, entre autres, a été convié à suivre le démantèlement. Ils s'exposent à une interpellation (mais seulement au terme de l'évacuation) et à un placement en centre de rétention administrative.

(20 minutes/afp)

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