18.12.2016 à 11:04

Proche-Orient

Le désastre du conflit en Irak

Pollution, incendies, destructions: le combat contre Daech met en danger la santé de la population sur le long terme.

1 / 112
Keystone
Mossoul fête ce jeudi 14 décembre la victoire sur l'EI. Des milliers de policiers, militaires et une centaine de véhicules blindés ont défilé pour la délivrance et le retour à la vie normale. (14 décembre 2017)

Mossoul fête ce jeudi 14 décembre la victoire sur l'EI. Des milliers de policiers, militaires et une centaine de véhicules blindés ont défilé pour la délivrance et le retour à la vie normale. (14 décembre 2017)

Keystone
Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé samedi «la fin de la guerre contre l'EI» en Irak. Les forces gouvernementales se battent depuis trois ans pour éliminer le groupe djihadiste Etat islamique (EI) du pays. (Samedi 9 décembre 2017)

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé samedi «la fin de la guerre contre l'EI» en Irak. Les forces gouvernementales se battent depuis trois ans pour éliminer le groupe djihadiste Etat islamique (EI) du pays. (Samedi 9 décembre 2017)

AFP

Les combats et les bombes laissées derrière eux par les djihadistes provoquent d'importants dégâts sanitaires et environnementaux en Irak, s'alarment les organisations internationales. Elles plaident pour une réponse rapide avant que la situation ne devienne incontrôlable.

Dans l'immédiat, les Irakiens font les frais de l'épaisse fumée noire qui plane au-dessus des puits de pétrole qui continuent, pour certains depuis plus de quatre mois, de brûler et de laisser s'échapper pétrole et gaz toxiques non loin de zones d'habitation et d'élevage.

Mais sur le plus long terme, ces incendies, de même que les eaux polluées, les équipements militaires éparpillés et les infrastructures détruites, risquent de mettre en danger le retour à une vie normale pour les plus de trois millions de déplacés du pays.

Au sud de Mossoul, autour des puits de pétrole et de l'usine de soufre incendiée par les djihadistes de l'Etat islamique (EI), chassés par les troupes irakiennes, «des centaines de personnes ont été traitées après avoir été exposées à des produits chimiques et des millions sont exposées aux particules et aux gaz qui s'échappent des puits de pétrole», selon un rapport du programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP).

Brûlures

Sur le terrain, les hommes de la défense civile irakienne surveillent anxieusement leurs appareils électroniques. «Nous évaluons le taux de sulfure d'hydrogène», un gaz inflammable qui peut provoquer des brûlures, explique l'un d'eux à l'AFP devant un puits de pétrole d'où s'échappent encore des flammèches. «Nous recouvrons la zone de terre pour éviter que les fumées ne continuent de s'échapper et que l'air et l'environnement ne soient pollués», poursuit l'officier Ijar Fadhel.

L'inquiétude grandit aussi, renchérit Jenny Sparks, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), quant à «l'impact négatif de cette pollution sur la capacité à reconstruire un environnement durable et de qualité» pour faire revenir les déplacés chez eux. Il va falloir, plaide-t-elle, «passer des réponses d'urgence à des programmes sur la résilience dans les semaines et mois à venir».

Précédents conflits

En effet, cette reconstruction se fait dans «une région où l'environnement a déjà été dégradé par les précédents conflits et fait les frais d'une agriculture non durable, qui a mené à une grave désertification et à une dégradation des sols», note l'UNEP.

Dans la zone, la majorité de la population vit d'élevage et d'agriculture, ou de l'industrie pétrolière, deux secteurs que l'EI laisse en ruine derrière lui. Dans la plaine désertique, ici ou là, des troupeaux de moutons à la toison noircie par les fumées sont encore visibles.

Jaber, 16 ans, surveille le sien près du bourg agricole d'Al-Qayyarah, sans grand espoir de vendre ses bêtes. «Certaines sont mortes et les autres, je n'arrive pas à les vendre, car elles sont noires» à cause des particules de fumée, explique ce jeune Irakien à l'AFP.

Et plus de dégâts sont à attendre alors que le conflit fait toujours rage dans la région, préviennent les organisations internationales.

Les débris et la poussière des bâtiments détruits, pour certains des stocks d'armes et de produits chimiques, «contiennent des substances toxiques», selon l'UNEP, et «laisseront une empreinte toxique» qui aura un impact négatif «sur le long terme pour l'environnement si rien n'est fait».

Cadavres dans l'eau

Quant aux engins militaires détruits et abandonnés, ils présentent un risque «pour les enfants qui y jouent et les hommes qui les désossent pour revendre le métal».

L'eau, aussi, affirme Erik Solheim, qui dirige l'UNEP, pourrait devenir source de danger. «Des cadavres y ont été jetés, des matériaux dangereux et du pétrole s'y sont déversés», note-t-il.

Il existe toutefois des raisons d'espérer, veulent croire certains. En 2003 déjà, l'usine de soufre d'Al-Michraq, près d'Al-Qayyarah, avait brûlé pendant tout un mois. «La végétation et les cultures avaient été sérieusement endommagées, mais deux ans plus tard, l'environnement s'en remettait déjà», relève l'UNEP.

Quant au pétrole qui s'est échappé, «c'est une matière organique, donc à un moment, elle se dissout et n'impacte plus l'environnement», affirme Wim Zwijnenburg, de l'organisation pacifiste PAX.

Mais une fois les combats terminés, «l'effondrement de la gouvernance en termes d'environnement peut mener à l'accumulation de déchets domestiques, médicaux et industriels et causer des risques environnementaux et sanitaires», prévient l'UNEP.

Car les pillages, déjà survenus au moment de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, pourraient recommencer, notamment dans les usines. «En 2003, des civils ont emporté des produits toxiques ou intoxiqués. Par exemple, certains avaient pris des réservoirs de réacteurs nucléaires pour stocker leur eau de consommation», rappelle M. Zwijnenburg. (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!