«Le devoir de mémoire est très important»
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«Le devoir de mémoire est très important»

Interview de Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan.

– Comment avez-vous découvert ces pages cachées de l'histoire?

B. Blancan. – Essentiellement par le scénario. On parle souvent des tirailleurs de la Première Guerre mondiale, mais jamais de ceux de la seconde. Pendant le tournage, j'ai appris énormément auprès des historiens, des vétérans. Et j'ai eu un peu honte. Pas tant la honte de l'injustice et de ce qui s'est passé. Surtout la honte du déni. Comment a-t-on pu effacer cette image? Le devoir de mémoire est tellement important qu'on ne peut pas gommer une image comme ça. C'est nécessaire pour notre avenir et celui de nos enfants.

– Etes-vous optimiste sur ce devoir de mémoire de la part de la France?

S. Bouajila. – Bien sûr. Ce travail, bon gré mal gré, se fera de toute manière. Car, depuis le temps qu'on répète les mêmes choses, ça avance doucement. On sait tout ça, on sait que la France est métissée, et, à un moment, qu'il va falloir qu'elle se reconnaisse. Ou qu'elle arrête cette attitude un peu hypocrite. Tout ce qui se passe en ce moment est le symptôme de cette mémoire qui demande à sortir. Donc oui, on va faire ce travail de décolonialisation des esprits, des mémoires...

R. Zem. – Il faut noter que ce sont des institutions publiques qui ont aidé au financement de ce film, comme les régions et les partis politiques de gauche et de droite. L'Etat est directement intervenu. Donc ça veut dire qu'il y a un désir de reconnaissance. Enfin je pense, sinon j'ai rien compris...

– Comment avez-vous composé vos rôles?

S. B. – Si je vous dis comment je travaille, il va tout me piquer, Bernard...

R. Z. – On a composé tous les cinq ensemble. Car il y a aussi Jamel et Samy, mais ils ne sont pas là ce matin, ils dorment, ils ont trop fait la fête hier... (Rires.)

– Avez-vous rencontré les vrais tirailleurs?

R. Z. – Ils ont beaucoup d'humilité, pas de rancoeur et une énorme fierté d'avoir participer à cette épopée. Et ils ne veulent surtout pas qu'on les considère comme des victimes.

– En connaissez-vous personnellement?

R. Z. – Ces gens-là ne parlent pas. ça ne se transmet pas. De même que ce n'est pas transmis dans les manuels, ce n'est pas transmis oralement. Moi, j'en avais plus ou moins entendu parlé, mais sans plus.

– Qu'est-ce que la notion de patrie représente pour vous?

R. Z. – Moi, ma patrie, c'est la France. Pour moi, j'ai fait un film sur la France. On a permis aux gens de découvrir cette partie de l'histoire. C'est toujours agréable de participer à une belle histoire qui, en plus, véhicule des choses aussi importantes.

B. B. – Pour moi aussi, c'est la France. J'habite dans le XIXe arrondissement de Paris, où c'est ultramétissé, et c'est ça, pour moi, la France. Et je ne retrouve pas cette France-là dans les médias, par exemple.

– Les événements de 2005 peuvent-ils être compris comme une suite à ce sentiment d'exclusion?

R. Z. – Non, ça va beaucoup plus loin. Le problème, ce n'est pas la «banlieue». C'est très difficile aussi dans les campagnes. Combien de gens sont au rmi?(n.d.l.r.: revenu minimum d'insertion). Mais cette France est silencieuse. En banlieue, ça s'entend plus, c'est tout.

S. B. – ça n'a rien changé. Et ça n'a pas changé depuis vingt ans. Est-ce qu'il y a une vraie politique sociale pour faire en sorte de? Non. D'abord, essayer de comprendre pourquoi ces jeunes se sentent stigmatisés ou exclus. Ensuite, se donner les moyens de changer...

R. Z. – On ne peut pas faire comme nos aînés. Les vétérans vivent dans des Algeco, mais ils ne se plaignent pas du tout. Mais on ne peut pas avoir la même grâce aujourd'hui. Quand des cheminots veulent se faire entendre, ils bloquent des trains; quand les jeunes veulent se faire entendre, ils brûlent des voitures.

S. B. – Il y a aussi une sorte de déni dans tout ça.

– Le fait d'avoir Jamel Debbouze aussi en producteur?

R. Z. – Ben, on n'a pas eu beaucoup de défraiements. (Rires.) Non, Il était au même stade que nous. Vraiment.

S. B. – ça a été une magnifique aventure...

Elsa Duperray

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