Lybie: Le dictateur reçoit le terroriste libéré
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LybieLe dictateur reçoit le terroriste libéré

Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi a reçu vendredi soir Abdelbaset al-Megrahi, seul condamné pour l'attentat de Lockerbie en 1998, et a salué le «courage» et «l'indépendance» du gouvernement écossais, à l'origine de sa libération la veille, a rapporté l'agence officielle Jana.

«Le frère leader a reçu hier soir (vendredi) le frère Abdelbaset Ali al-Megrahi, sa famille ainsi qu'un grand nombre de ses proches», a indiqué l'agence samedi matin.

«En ce moment je souhaite adresser un message à nos amis en Ecosse - le Parti national écossais, le Premier ministre écossais et le ministre des Affaires étrangères - et les féliciter pour leur courage et pour avoir prouvé leur indépendance malgré les pressions non acceptables et non raisonnables auxquelles ils ont fait face», a déclaré le colonel Kadhafi cité par Jana.

Il a salué par ailleurs son «ami (le Premier ministre britannique Gordon) Brown», la Reine Elisabeth et le prince Andrew «qui ont contribué tous à encourager le gouvernement écossais à la prise de cette décision historique et courageuse» de libérer al-Megrahi.

Cette étape «servira les relations entre les deux pays, la Libye et la Grande-Bretagne, ainsi que l'amitié personnelle qui nous lie et aura sûrement des répercussions positives sur tous les aspects de la coopération entre les deux pays», a-t-il assuré.

Le colonel Kadhafi s'est élevé par ailleurs contre les opposants à la libération du ressortissant libyen et contre ceux qui ont critiqué l'accueil triomphal qui lui a été réservé à son arrivée en Libye jeudi.

Le numéro un libyen a rappelé que les infirmières et le médecin bulgares extradés par la Libye en juillet 2007 après huit ans de détention dans ce pays où elles étaient accusés d'avoir inoculé le sida à des enfants libyens, avaient été graciés par leur gouvernement avant d'arriver à Sofia, puis «accueillis en héros» en Bulgarie.

Kadhafi a affirmé avoir accepté leur retour en Bulgarie à condition qu'ils y purgent le reste de leur peine à perpétuité.

«Pourquoi n'avons nous pas entendu de protestations suite à la grâce accordé à ces praticiens et pourquoi n'a-t-on pas dit que (leur libération) blesserait les sentiments des victimes? Maintenant les voix (...) s'élèvent pour dire que la libération d'Abdelbasset blesse les familles des victimes de Lockerbie».

«Est-ce qu'ils ont des sentiments et nous non? Est-ce que nous sommes des ânes et eux des humains?», s'est-il exclamé.

«C'est ainsi que se nourrissent la frustration et le terrorisme, dont nous souffrons», a estimé M. Kadhafi.

Abdelbaset al-Megrahi est la seule personne à avoir été condamnée pour l'attentat contre le vol 103 de la PanAm, dont l'explosion le 21 décembre 1998 au-dessus de Lockerbie avait tué les 259 passagers et membres d'équipage et onze habitants du village écossais. (afp)

Pas de commerce

Le ministère britannique des Affaires étrangères a démenti vendredi soir que la libération la veille par l'Ecosse du Libyen Abdelbaset Ali Mohamed al-Megrahi, condamné pour l'attentat de Lockerbie de 1988, soit liée à des contrats commerciaux avec la Libye. Vendredi soir, dans un entretien télévisé, Seïf al-Islam, fils du numéro un libyen le colonel Kadhafi, a affirmé que la libération d'al-Megrahi était liée à l'intérêt de la Grande-Bretagne pour les réserves libyennes de gaz et de pétrole.

«Il n'y a aucun arrangement», a assuré un porte-parole du Foreign Office, interrogé par l'AFP. «Toutes les décisions relatives au cas Megrahi ont été exclusivement du ressort de ministres écossais» et d'autorités politiques et judiciaires en Ecosse, a-t-il indiqué.

«Aucun marché n'a été passé entre le gouvernement du Royaume uni et la Libye concernant le cas Megrahi et les intérêts commerciaux dans ce pays», a-t-il poursuivi.

Plus tôt dans la journée, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, s'était insurgé contre les suggestions selon lesquelles Londres aurait voulu la libération de al-Megrahi afin d'améliorer les relations commerciales avec la Libye, riche en pétrole.

«Je le rejette totalement», a-t-il déclaré. «C'est une insulte, à la fois à mon égard moi et à l'égard du gouvernement» britannique, a-t-il ajouté.

Moment inespéré

Le libyen Abdelbaset Ali Mohammed al-Megrahi, seul condamné pour l'attentat de Lockerbie en 1998 mais libéré par l'Ecosse jeudi pour raisons de santé, a affirmé qu'il allait produire des preuves démontrant qu'il a été victime d'une erreur judiciaire, dans un entretien au quotidien The Times publié samedi. Dans cet entretien, mené au domicile de sa famille à Tripoli, al-Megrahi, condamné à la prison à perpétuité et libéré jeudi par l'Ecosse pour raisons médicales, a réitéré son innocence, indique le quotidien.

Il a démenti que les autorités écossaises ou britanniques aient fait pression sur lui pour qu'il abandonne le deuxième appel qu'il avait formé contre sa condamnation, car elles étaient inquiètes que son examen démontre une erreur judiciaire.

«S'il y avait une justice au Royaume Uni, j'aurais été acquitté ou le verdict aurait été annulé, car il était irrégulier. C'était une erreur judiciaire», a toutefois affirmé le Libyen, cité par The Times.

Le quotidien rapporte qu'al-Megrahi, gravement malade, a promis de produire, via ses avocats écossais avant sa mort, de nouvelles preuves le mettant hors de cause dans l'explosion du Boeing 747 de la PanAm au-dessus du village écossais de Lockerbie, qui avait fait 270 morts.

«Mon message aux populations britanniques et écossaises est que je vais produire des preuves et leur demander d'être juges», a-t-il déclaré, refusant d'en dire plus.

Megrahi a par ailleurs affirmé n'avoir «jamais imaginé (qu'il) pourrait un jour rentrer en Libye», dans une déclaration télévisée diffusée vendredi. «Je n'ai jamais imaginé que je pourrais un jour rentrer en Libye» a indiqué M. Megrahi dans une brève déclaration à la télévision libyenne Al-Motawassit («La Méditerranée») dans l'avion qui le ramenait à Tripoli jeudi.

«J'ai attendu longtemps ce moment. On ne peut que remercier Dieu», a ajouté le Libyen, visiblement malade.

Megrahi, 57 ans, atteint d'un cancer de la prostate en phase terminale et qui n'aurait plus que trois mois à vivre, a été remis en liberté par l'Ecosse pour raisons de santé.

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