Belgique: Le directeur d'opéra Gérard Mortier est décédé
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BelgiqueLe directeur d'opéra Gérard Mortier est décédé

Le Belge, qui a mené une grande carrière de directeur d'opéra, est décédé à l'âge de 70 ans.

Gérard Mortier est décédé à l'âge de 70 ans

Gérard Mortier est décédé à l'âge de 70 ans

Le Belge Gerard Mortier est décédé à l'âge de 70 ans après avoir mené la carrière de patron d'opéra la plus brillante et tumultueuse des trente dernières années. Une période durant laquelle il a défendu sans relâche la modernité de l'art lyrique et sa dimension théâtrale. Gerard Mortier souffrait d'un cancer. Il est décédé samedi, «dans la nuit, chez lui à Bruxelles», a indiqué dimanche dans un communiqué le Teatro Real de Madrid, dont il avait été directeur artistique jusqu'en septembre dernier. Ses funérailles «seront organisées dans la plus stricte intimité, comme il le souhaitait», a-t-il ajouté. Ce brillant directeur globe-trotteur était également passé par le Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles, le Festival de Salzbourg ou l'Opéra de Paris jusqu'en 2009. Il s'est illustré par ses choix radicaux.

Hommage de Luc Bondy

«C'était un grand innovateur et un grand directeur d'opéra», a confié à l'AFP le metteur en scène zurichois Luc Bondy, qui a collaboré avec lui à plusieurs reprises. «Il a été très important pour l'opéra, il a fait beaucoup bouger les choses. Il n'était pas consensuel du tout, il avait une grande personnalité, mais en même temps il réfléchissait beaucoup à la cohérence de ses programmations», a ajouté celui qui dirige depuis 2012 le Théâtre de l'Odéon, à Paris.

Un visionnaire

La ministre belge de la Culture Fadila Laanan a honoré la mémoire d'«un questionneur d'âmes et un découvreur de talents qui a donné à l'opéra des airs de révolution». Son homologue française Aurélie Filippetti a salué la «politique artistique exigeante et couronnée de succès» d'un dirigeant «visionnaire» qui «aura su faire entrer dans le XXIe siècle» l'Opéra national de Paris. L'Opéra de Paris a lui aussi fait part de sa «grande tristesse». Son directeur désigné, Stéphane Lissner, a rendu hommage au «défenseur d'un art lyrique résolument inscrit dans le XXe puis dans le XXIe siècle» ayant «combattu les conservatismes, les routines et les traditions dans ce qu'elles ont de plus rétrograde».

De Bruxelles à Salzbourg et Paris

Né à Gand le 25 novembre 1943, fils de boulanger éduqué chez les jésuites, Gerard Mortier fait ses classes en Allemagne (Düsseldorf, Francfort, Hambourg) avant d'être engagé comme conseiller (1979-1981) de Rolf Liebermann et Hugues Gall à la direction de l'Opéra de Paris. Pendant onze ans (1981-1992) à la tête du Théâtre royal de la Monnaie, il replace la maison bruxelloise sur l'échiquier européen avec des metteurs en scène inventifs comme Luc Bondy.

Le Festival de Salzbourg l'enrôle ensuite (1992-2001) à l'issue du long règne du maestro autrichien Herbert von Karajan. Gerard Mortier proclame la naissance d'un «Nouveau Salzbourg» en s'en prenant à l'influence des maisons de disques et aux conservatismes locaux avec des productions radicales. Après un intermède durant lequel il lance en Allemagne la novatrice RuhrTriennale (2002-2004), le Gantois prend les rênes de l'Opéra de Paris, capitale où l'on doit, selon lui, «lutter pour ouvrir les esprits».

Hué ou adulé

L'accueil est parfois houleux. Pour «Iphigénie», un spectateur crie: «Mortier au bûcher !». «J'ai mes détracteurs, j'ai mes hooligans (...) mais j'ai aussi un public très fidèle, d'aficionados», assure l'intéressé en quittant Paris en 2009. A Madrid, le Gantois remporte de nouveaux succès avec des opéras comme «Cosi fan Tutte» de Mozart, mis en scène début 2013 par le réalisateur autrichien Michael Haneke. Visiblement affaibli, il avait tenu à être présent à la présentation de l'opéra «Brokeback Mountain» en janvier à Madrid, production qu'il avait commandée en 2008 à l'Américain Charles Wuorinen. (afp)

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