Actualisé 14.05.2012 à 12:32

Jura

Le Doubs à l'agonie depuis trop longtemps

Les milieux de la pêche et de la protection de la nature n'en peuvent plus d'attendre. Lancé il y a une année, le mouvement de sauvetage du Doubs n'a pas réussi à redresser la barre.

de
David Maccabez
L'assèchement des berges du Doubs par les écluses des barrages a des effets dévastateurs sur la population de poissons.

L'assèchement des berges du Doubs par les écluses des barrages a des effets dévastateurs sur la population de poissons.

«La vallée du Doubs est foutue», c'est le constat dressé par Ami Lièvre, vice-président de la Fédération cantonale des pêcheurs jurassiens dans «Le Quotidien Jurassien». Il y a une année, cette même fédération, épaulée par les milieux de protection de la nature et le journal cantonal, avait tiré la sonnette d'alarme. Mais rien n'a changé.

En 2011, Sandra Gogniat, étudiante de l'Université de Neuchâtel, avait évalué à 48 millions de francs les pertes dues à l'abandon de la rivière par les pêcheurs. Le tourisme, très développé dans les années 1970, est lui aussi au point mort. Ami Lièvre se souvient de cet engouement, «alors que la mobilité était beaucoup plus faible que maintenant», explique-t-il.

Energie verte?

A qui la faute? Aux énergies vertes. La rivière est éclusée de plusieurs barrages, qui, selon les pêcheurs, assèchent les bords du Doubs et détruisent la faune. Le vice-président explique que l'ombre (poisson de rivière, n.d.l.r.), notamment, est décimé par cet état de fait. Ses alevins se répartissent dans les bords et se retrouvent piégés, lorsque les écluses font leur travail. La descendance est donc détruite à peine née. Et les variations du niveau de l'eau ont un autre effet pervers: le stress. «Un poisson affaibli peut être attaqué par des champignons», lance Ami Lièvre.

La solution: démoduler. Le procédé permettrait d'atténuer les effets négatifs des variations du niveau d'eau. Les essais menés jusqu'ici semblent concluants et la mise en place peut être extrêmement rapide; il ne manque qu'une pression politique forte.

Micropolluants

Certaines substances, qu'on trouve notamment dans les produits cosmétiques et dans les médicaments, se retrouvent dans le Doubs, via les eaux usées. Celles-ci ont un effet œstrogène, qui diminue la fécondité des poissons, voire leur fait changer de sexe (tous les individus deviennent de femelles). Là-aussi, Ami Lièvre a la parade. L'ozonation (incorporation d'ozone dans l'eau) des STEP concernées peut régler le problème. De plus, elle élimine les bactéries potentiellement dangereuses.

L'ozonation n'est pour le moment pas obligatoire. Des interventions de politiciens jurassiens à Berne sur ce sujet sont en préparation.

«Un emplâtre sur une jambe de bois»

La démodulation, prônée par la Fédération jurassienne des pêcheurs, ne fait pas l'unanimité dans les milieux de protection de la nature. Interrogée dans le «QJ», Lucienne Merguin Rossé, chargés d'affaires à Pro Natura, explique que le procédé aurait un effet dévastateur sur le Lac de Biaufond et condamnerait le biotope du Doubs neuchâtelois.

«Ce n'est pas logique de détruire un biotope existant pour réduire les effets des éclusées. On est toujours dans le sacrifice de quelque chose.», confie-t-elle au quotidien.

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