Actualisé 20.09.2008 à 11:44

AvortementLe droit à l'avortement, une «conquête inachevée» en Europe

L'accès à un avortement sûr et légal est une «conquête inachevée», menacé même dans certains pays européens, selon le Mouvement français pour le Planning familial.

Un colloque européen qui s'est achevé samedi à Paris a fait le point sur la question.

«L'accès à l'avortement fait toujours débat dans les pays européens, on l'a vu à l'occasion de l'arrivée de certains nouveaux Etats membres», affirme Françoise Laurant, présidente du Planning familial, évoquant la Pologne ou l'Irlande, «mais aussi dans les pays où des tentatives de retour en arrière se manifestent régulièrement».

Cette réunion, vendredi et samedi, a permis de dresser un état des lieux des législations européennes, très diverses, puisque, rappelle le Planning, les politiques de santé (contraception, IVG, éducation à la sexualité) ne relèvent pas des compétences de l'Union européenne, restant du ressort des états membres.

L'entrée de nouveaux pays «s'est faite pour certains sous condition d'exclure le droit à l'avortement des débats d'adhésion, figeant une situation défavorable ou entérinant un recul du droit des femmes», relève le Planning.

Interdits en Irlande et Malte

Une majorité de pays ont cependant des lois qui, même restrictives, permettent aux femmes d'obtenir une interruption de grossesse. L'avortement est complètement illégal dans deux pays, l'Irlande et Malte. En Irlande, il n'est autorisé que si la vie de la femme est en danger.

L'IVG sur demande ou pour raisons sociales (due à un contexte économique, social ou familial défavorable) n'est pas autorisé dans trois pays (Chypre, Espagne, Pologne).

Six pays (Italie, Finlande, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) autorisent l'avortement pour des raisons sociales, sans que la loi ne prévoie explicitement l'IVG à la demande de la femme. L'application de la loi est donc assez libre.

En Italie par exemple, «les pressions de la hiérarchie catholique peuvent expliquer le nombre important de professionnels invoquant la clause de conscience pour ne pas pratiquer d'IVG», rappelle le Planning.

Tous les autres pays reconnaissent le droit à l'avortement à la demande des femmes, avec des délais qui varient (autour de 12 semaines et jusqu'à 18 pour la Suède), et une prise en charge financière très variable.

Un droit encore fragile

Mais ce droit est «fragile» là où les lobbies religieux sont actifs, comme en Lituanie et en Slovaquie. Et les législations ne suffisent pas à décrire la situation du droit à l'avortement, affirme Françoise Laurant.

Ainsi, de fait, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, «les femmes décident elles-mêmes et la pratique est très libre», alors qu'en France, «rendez-vous donnés tardivement, refus d'IVG par certains établissements, manque de moyens accordés aux IVG, peuvent rendre l'avortement impossible dans les délais légaux».

En Espagne, la loi ne fixe pas de délai pour avorter en cas de «risque psychologique» ou pour la santé de la mère. Ce motif est évoqué dans la grande majorité des avortements, ce qui donne parfois lieu à des IVG très tardifs, à six, sept, voire huit mois de grossesse.

Lobby anti-avortement puissant

Alors que le gouvernement espagnol a annoncé une nouvelle loi pour 2009, les milieux catholiques souhaiteraient un tour de vis restrictif et les associations féministes l'avortement libre, gratuit et anonyme dans un délai de grossesse limité.

«Les anti-avortement sont organisés, ils forment un lobby important, le camp des droits des femmes n'a pas d'équivalent», estime Françoise Lavant, qui espère que le colloque parisien, qui a reçu le parrainage de la présidence française de l'UE, «enclenche un processus».

(ats)

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