Présidentielle française: Le duel entre le «prof» et l'«élève» a viré au pugilat
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Présidentielle françaiseLe duel entre le «prof» et l'«élève» a viré au pugilat

Sommés de convaincre indécis et abstentionnistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont violemment attaqués lors du traditionnel débat télévisé de l'entre-deux tours.

par
cga avec afp
Les deux candidats se sont rendus coups pour coups.

Les deux candidats se sont rendus coups pour coups.

Agressif, violent: Le grand duel entre les deux finalistes du scrutin présidentiel a souvent tourné à la foire d'empoigne. Dès les premières secondes puis au fil des minutes, il s'est transformé en choc frontal virulent. A quatre jours du verdict, les échanges entre les deux candidats - aux programmes diamétralement opposés - ont souvent viré à la cacophonie et au pugilat verbal, au terme d'une campagne très tendue.

«M. Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de l'ubérisation, de la précarisation, du communautarisme, de la guerre de tous contre tous», a attaqué la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. «Vous n'êtes pas la candidate de l'esprit de finesse» ni «de la volonté d'un débat démocratique équilibré et ouvert», a ironisé son rival centriste Emmanuel Macron, après l'avoir écouté mains jointes sous le menton, les yeux braqués dans les siens. Le décor était planté. Il a ensuite opposé «l'esprit de conquête» qu'il a dit incarner à son «esprit de défaite».

Après moins de 10 minutes, la candidate du FN a attaqué «sous la ceinture»: «Je vois que vous essayez de faire l'élève avec le professeur. C'est pas vraiment mon truc!». Une référence douteuse à Brigitte, l'épouse d'Emmanuel Macron, qui était sa professeur au lycée.

Symbole de l'âpreté des attaques, l'échange sur le terrorisme, dans un pays traumatisé par une série d'attentats qui ont fait 239 morts depuis janvier 2015. «Contre le terrorisme, il faut d'abord retrouver nos frontières, tout de suite», a martelé Marine Le Pen, promettant «l'expulsion du territoire» de tous les étrangers soupçonnés de menacer la sécurité du territoire.

«Poudre de perlimpinpin»

La sécurité et le terrorisme sont «totalement absents de votre projet», a-t-elle asséné à M. Macron, l'accusant de «complaisance pour le fondamentalisme islamique». «Ce que vous proposez, comme d'habitude, c'est de la poudre de perlimpinpin», a jugé M. Macron. Il a souligné que les contrôles aux frontières avaient déjà été rétablis et relevé que les élus du Front national n'avaient pas voté les législations antiterroristes française ni européenne.

Le jeune candidat de 39 ans, favori des sondages, a accusé la patronne de l'extrême droite, 48 ans, de tomber dans «le piège» que les auteurs d'attentat «nous tendent» et de «porter la guerre civile». «La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi», a-t-il ensuite lâché à propos de l'euro.

Avec elle, «on va sortir de l'euro, de l'Europe», a-t-il souligné, alors que selon les sondages une majorité de Français sont hostiles à une sortie de la monnaie unique. La France, «ce qui fait sa force, c'est qu'elle rayonne partout», a-t-il argué.

«Ou moi ou Mme Merkel»

L'échange a aussi été tendu sur l'Europe. «De toute façon la France sera dirigée par une femme, ce sera ou moi ou Mme Merkel», a dit Marine Le Pen en accusant M. Macron de se soumettre à l'Allemagne.

«Arrêtez avec ces formules qui sont ridicules», lui a répondu M. Macron. «La France n'est pas un pays fermé. Je suis le candidat d'une France forte, dans une Europe qui protège», a-t-il dit.

L'ancien ministre de l'Economie a aussi contre-attaqué sur le terrain des chiffres accusant sa rivale de multiplier les promesses sans pouvoir les financer. «Il n'y a pas de finance magique», a-t-il lancé en ajoutant «vous n'avez pas expliqué comment vous baissez le chômage, vous ne proposez rien».

Les programmes des deux candidats sont aux antipodes. Le discours d'Emmanuel Macron, libéral en termes d'économie et de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d'affaires. Celui de Marine Le Pen, anti-immigration, anti-Europe et anti-système, séduit les classes populaires, les ruraux, les «invisibles» et capte le ras-le-bol de Français victimes d'un chômage endémique et de ses conséquences.

Dernière grande occasion de convaincre les nombreux indécis de ce scrutin, ce débat - rituel de la vie politique française depuis 1974 - a donné lieu à son lot d'échanges musclés et d'insultes.

«Arrêtez tous les deux»

«Mensonges», «n'importe-quoi!», «vous ne connaissez pas vos dossiers!», a répété M. Macron, regardant constamment sa rivale quand celle-ci se plongeait dans ses fiches.

A partir de 3 minutes

Les journalistes ont tenté de modérer autant que possible le débat, notamment Nathalie Sanit-Criq de France 2, «starisée» sur Twitter grâce son intervention digne d'une cour de récrée: «Arrêtez tous les deux».

Sourire ironique aux lèvres, index tendu, Marine Le Pen s'est ingéniée à provoquer «l'enfant chéri du système et des élites», le disant à tout propos «piloté par François Hollande» et le renvoyant sans cesse à sa participation au gouvernement socialiste du très impopulaire président sortant. «Vous êtes l'héritière d'un système qui prospère sur la colère des Français depuis des décennies», a rétorqué M. Macron, «vous êtes son parasite». «La France mérite mieux que vous».

«Vous êtes jeune à l'extérieur, mais vieux à l'intérieur»

Parmi les «punchlines» envoyées par les candidats, on retiendra:

- «Vous êtes jeune à l'extérieur, mais vieux à l'intérieur. Vos arguments ont le double de votre âge», de Marine Le Pen à Macron.

- «Le parti des affaires, ce n'est pas le mien», a aussi envoyé Macron lors d'une autre discussion houleuse sur les affaires. «J'espère qu'on apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas», a fini par lancer Le Pen.

-«Soumettez-vous. Vous êtes le candidat à plat ventre en permanence! Devant les banques, devant l'UOIF, devant l'Allemagne!»

- «On vous demande une carte blanche et vous salissez l'adversaire», en guise de conclusion

Macron jugé plus convaincaint

Après dix jours d'une campagne à couteaux tirés entre les deux tours du scrutin, M. Macron reste en tête dans les sondages, avec environ 60% d'intentions de vote, mais l'écart semble se resserrer avec Mme Le Pen.

Selon un sondage auprès d'un échantillon de téléspectateurs interrogés à l'issue des échanges, 63% considèrent que M. Macron s'est montré le plus convaincant, contre 34% pour Mme Le Pen.

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