Assurance chômage: Le durcissement ne dopera pas l'emploi des jeunes
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Assurance chômageLe durcissement ne dopera pas l'emploi des jeunes

Le durcissement à l'égard des jeunes de la loi sur l'assurance chômage, décidé par le Conseil national, servira avant tout à remplir les caisses. Sa propension à réduire le nombre des sans-emplois n'est pas garantie, surtout en période de crise.

Obliger les moins de 30 ans à accepter un emploi peu qualifié ou priver les universitaires fraîchement diplômés d'indemnités n'aura pas forcément un effet incitatif, indique mercredi à l'ATS Pascal Guillet, directeur de la Caisse cantonale neuchâteloise d'assurance- chômage (CCNAC). «S'il y avait des emplois sur le marché, on pourrait vérifier la portée de ces mesures.»

Un avis partagé par Jean-Marc Falter, collaborateur à l'Observatoire universitaire de l'emploi de Genève (OUE): en pleine crise économique, difficile de connaître l'impact sur l'embauche des mesures proposées au Parlement. «Il faudra voir à plus long terme», précise-t-il.

Révision de fond en comble

M. Guillet, lui, suggère de «tenir compte de ce qu'il y a autour, d'un contexte plus global». Et de prôner une révision de fond en comble de la loi sur l'assurance chômage, histoire de dépoussiérer un texte qui date de 25 ans.

Les révisions successives de la législation forment un patchwork qui n'est plus forcément en adéquation avec la situation économique actuelle. «En trente ans, les cycles économiques ont changé, l'économie mondiale a changé.»

Il faut une refonte globale, qui réponde à la question «à quoi doit servir une assurance chômage en 2009, et non pas en 1984?», poursuit le directeur du CCNAC. Si les Chambres mettent sous toit cette 4e révision, il y a «un risque certain de référendum», selon lui. L'idée d'une réforme en profondeur, et non pas d'une série de mesures, devra alors intervenir dans le débat.

«On fait du catastrophisme»

Proposer une révision totale de la loi, c'est «jeter le bébé avec l'eau du bain», réagit Jean-Marc Falter. Selon lui, l'assurance chômage dans sa forme actuelle n'étant pas inefficace, la «saine» réforme de certains points suffit.

«En Suisse, on fait du catastrophisme sur le chômage des jeunes», souligne-t-il. Si son taux est en effet élevé, sa durée moyenne l'est moins que pour les autres catégories de la population. Il y a plus de sans-emplois parmi les 19-24 ans car ces derniers sont plus sensibles aux variations conjoncturelles. «Ce n'est donc pas un problème structurel, mais bien conjoncturel», rassure M. Falter.

Plusieurs voix ont décrit la révision sur laquelle se penche la Chambre du peuple comme un acharnement sur les jeunes. Mardi, Pierre Maudet, président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, a martelé qu'au lieu de réduire leurs prestations chômage, il vaudrait mieux leur permettre d'acquérir des compétences additionnelles. Quant à l'Union syndicale suisse, elle a dénoncé mercredi un «vrai scandale». (ats)

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