Actualisé 21.09.2017 à 14:30

Assassinat de Villeneuve (VD)Le fils a-t-il choisi d'obéir à «son héroïne»?

Ouvert mardi, le procès d'une femme accusée d'avoir tué son père octogénaire avec l'aide de son fils se poursuit. Les faits ont eu lieu en 2014 au domicile de la victime, à Villeneuve.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye
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Le corps sans vie d'un octogénaire avait été retrouvé dans la soirée de mercredi 5 novembre 2014 devant sa maison, à Villeneuve, dans le canton de Vaud. Le procès des deux auteurs du crime s'est déroulé fin septembre.

Le corps sans vie d'un octogénaire avait été retrouvé dans la soirée de mercredi 5 novembre 2014 devant sa maison, à Villeneuve, dans le canton de Vaud. Le procès des deux auteurs du crime s'est déroulé fin septembre.

chu
Le tribunal a reconnu mère et fils coupables d'assassinat du grand-père, le lundi 2 octobre 2017. La mère a écopé de 16 ans de prison, le fils de 10 ans.

Le tribunal a reconnu mère et fils coupables d'assassinat du grand-père, le lundi 2 octobre 2017. La mère a écopé de 16 ans de prison, le fils de 10 ans.

Keystone
Petit à petit l'enquête s'est orientée vers un drame familial.

Petit à petit l'enquête s'est orientée vers un drame familial.

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Une quinquagénaire en noir, les traits tirés et le regard absent. Un jeune homme en chemise blanche, visage figé, tête baissée. Entourés chacun de deux policiers et entravés aux pieds, la mère et son fils accusés d'assassinat écoutent l'expert psychiatrique. L'enjeu est important.

Au deuxième jour du procès, au Tribunal de Vevey (VD), l'audience a démarré sur la question du risque de récidive. «L'état émotionnel de l'accusée s'est détérioré au moment du passage à l'acte», a signalé le psy, en réponse à une question de Me Stefan Disch, défenseur de la femme qui a tué son père 2014 à Villeneuve (VD). L'expert souligne aussi que «le risque de récidive est faible». Me Patrick Michod, avocat de l'autre prévenu, s'est intéressé à une éventuelle diminution de responsabilité de son client au moment des faits, eu égard à la pression psychologique de la mère, coaccusée. «J'outrepasserais mon mandat en répondant à cette question», a évacué l'expert.

Un second expert qui s'est penché sur le cas du jeune homme accusé d'avoir tué son grand-père a été catégorique. «Aucune pathologie pouvant entraîner une diminution de responsabilité n'a été décelée», a-t-il martelé.

Pris entre deux feux

Entendu mardi, un psychiatre venu de France a été beaucoup plus loquace. «Ce type de crime, où la fille tue son père ou le petit-fils tue son grand-père, est propre aux malades mentaux», a-t-il déclaré en préambule. Mais c'était pour écarter aussitôt cette piste. Pour ce psychiatre chevronné, il existe des cas exceptionnels où le crime a pour origine un père ou un grand-père tyrannique. Le spécialiste français, qui a expertisé le jeune homme à la demande de la défense, affirme que l'accusé était pris entre deux impératifs bibliques: «Tu obéiras à tes parents et tu ne tueras point.»

Au milieu du public nombreux, une femme affiche son admiration: «Il parle bien, ce psy.» Selon lui, entre la peur de perdre l'amour de sa mère et celle de tuer le grand-père devenu papa de substitution après le suicide du géniteur, le jeune a choisi d'obéir à «son héroïne».

Sous l'emprise de sa mère

Deux témoins qui se sont succédés, des proches de la famille, ont indiqué que le fils tueur avait toujours été sous l'emprise de la mère. D'après ces deux femmes qui rendent régulièrement visite au jeune homme en prison, il s'est métamorphosé depuis son incarcération. «Il est devenu aujourd'hui ce qu'il aurait dû toujours être et qu'il ne pouvait pas être à cause de sa mère.»

Authenticité émotionnelle

Dans ce qui apparaît comme une bataille d'experts, mandaté par la défense de la prévenue, un quatrième spécialiste est revenu sur les traits cliniques de la quinquagénaire. «Il y a de l'impréparation et de l'improvisation malgré un scénario qui l'a hantée pendant plusieurs jours», a relevé l'expert.

Selon lui, l'existence ou non d'abus sexuels qu'aurait subis l'accusée de la part de son père durant son enfance n'est pas déterminant dans le passage à l'acte. «Ce qui compte, a expliqué le psychiatre français, c'est l'authenticité émotionnelle de ce qu'elle décrit.»

Argent et malheur

Millionnaire grâce à la vente de terrains, pingre, despotique, coureur de jupons... C'est sous ces traits que des témoins ont décrit l'octogénaire. Une dame âgée proche de la famille a fait une déclaration qui a glacé la salle d'audience. Selon elle, il y a dix ans, la victime lui aurait dit: «Le viol est la plus belle expression de l'amour d'un homme pour une femme.» Sur l'insistance du procureur, un autre témoin a admis que l'homme s'est beaucoup occupé de son petit-fils. Notamment durant les week-ends, pour permettre à sa fille de souffler.

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