Actualisé 24.06.2018 à 21:57

Football«Le fils de Xhaka chantera peut-être du yodel un jour»

Rédacteur en chef de la plateforme Albinfo, Bashkim Iseni ne comprend pas l'ouverture d'enquêtes envers les joueurs de l'équipe de Suisse ayant manifesté leur joie contre la Serbie.

von
Stéphane Combe
Bashkim Iseni salue une équipe de Suisse à valeur d'exemple (photo: Albinfo)

Bashkim Iseni salue une équipe de Suisse à valeur d'exemple (photo: Albinfo)

- Que répondez-vous à ceux qui voient de la violence dans la célébration de Granit Xhaka et de Xherdan Shaqiri en particulier?

Il n'y a aucune violence dans le geste de l'aigle. On le reproduit même lors de danses folkloriques. Le mimer avec les mains, ça revient exactement à la même chose que pour des Brésiliens qui danseraient la samba après un but. Bien sûr, il y a un symbole de liberté. Derrière l'aigle, il y a l'idée de s'envoler, de prendre de la hauteur. Mais en aucun cas le geste en lui-même n'est belliqueux.

- Comment expliquez-vous la forme d'agressivité qui se lit toutefois sur le visage des joueurs suisses après les buts?

On les a insultés pour ce qu'ils sont, et non pour ce qu'ils ont fait. Quand on vous siffle, vous, en particulier, alors que vous n'avez rien fait, une réponse franche est évidemment humaine.

- Comprenez-vous qu'une enquête ait été ouverte par la FIFA?

Non. C'est incroyable et c'est une erreur. Si des sanctions sont prises, il faut sanctionner les responsables de tout ça: les supporters, qui les ont insultés, qui ont porté des jugements raciaux. Les Serbes sont allés très loin déjà avant le match. Ils ont politisé cette rencontre. Le Ministre des affaires étrangères serbe a dit qu'il ne savait pas s'il jouait contre la Suisse ou le Kosovo. On connaît l'environnement du foot en Serbie. On y croise beaucoup de crânes rasés, c'est un fait.

L'«aigle albanais»: la position de l'ASF

Le geste symbolique de l'aigle à deux têtes représentant l'aigle albanais utilisé par Granit Xhaka et Sherdan Shaqiri pour célébrer leur but contre la Serbie fait des vagues. Les deux joueurs ne veulent plus s'exprimer à ce sujet. Alex Miescher, secrétaire général de l'Association suisse de football (ASF) et chef de mission de la délégation pour la Coupe du monde, fait part d'une certaine compréhension envers cette réaction émotionnelle. Il souhaite toutefois que l'équipe se concentre à nouveau sur le sport.

- Mais les joueurs suisses aussi sont allés un peu loin.

Eux, ils n'ont jamais attaqué, ils se sont simplement défendus avec le symbole qui les relie à leur origine. Il n'y a pas eu une seule provocation d'un des joueurs, ni même dans les déclarations d'après-match.

- Si l'on vous dit que certains joueurs étaient plus motivés à battre la Serbie qu'un autre adversaire, que répondez-vous?

Que Behrami a été fantastique face au Brésil! Ces joueurs sont fiers de jouer pour la Suisse, pour leur pays. Un ami m'a dit que ce sont nos aigles suisses. C'est exactement ça.

- Que faire alors pour améliorer les choses ?

Envoyer le bon message aux segundos qui vivent chez nous. L'avenir de notre pays passe aussi par eux. Peut-être que le fils de Xhaka chantera du yodel! Ces joueurs-là servent de pont. N'oublions pas que nous sommes tous rassemblés derrière une équipe. Ce moment de communion contre la Serbie était formidable. Cette équipe, c'est la Suisse qui rayonne. Bien sûr, ça va à l'encontre des yeux bleus de Heidi...

- Vous en voulez donc à certains qui ont vivement réagi contre ces célébrations...

C'est ça, la vraie polémique: les propos de Roger Köppel, dont le seul but est de casser, d'égratigner une image d'une Suisse unie qui gagne. Avant le match contre la Serbie, Embolo dansait sur une musique albanaise qu'avait mis Xhaka. En fait, la Nati a réussi ce que l'Ex-Yougoslavie n'a pas fait.

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