Affaire Abacha: Le fils du dictateur nigérian se défile

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Affaire AbachaLe fils du dictateur nigérian se défile

Le procès d'Abba Abacha, 41 ans, s'est ouvert lundi devant le Tribunal de police de Genève.

Accusé de participation à une organisation criminelle, le fils du dictateur nigérian défunt Sani Abacha ne s'est pas présenté devant ses juges, faute de visa.

Ce premier jour d'audience n'a pas permis d'entrer dans le vif du sujet. Pierre de Preux, l'avocat d'Abba Abacha, a soulevé de multiples incidents sur lesquels le Tribunal de police a dû ou va devoir se prononcer. Il a notamment demandé le report du procès, car des témoins qu'il considère essentiels, ne seront pas entendus.

L'avocat a affirmé qu'il n'était pas dans son intérêt ni dans celui de son client de faire durer le plaisir. Il a toutefois relevé que certaines personnes qui résident au Nigeria doivent absolument venir témoigner. «Les moyens de preuve se trouvent en Afrique et non pas au Groenland», a-t-il ironisé.

Rien que des avocats

Bruno de Preux, l'avocat des sociétés d'Abba Abacha, n'a rien dit de différent, estimant que l'affaire était trop grave pour être traitée à la légère. «Nous n'avons pas d'accusé, pas de représentant du Nigeria, pas de témoins». L'avocat a aussi relevé qu'il manquait certains documents importants dans la procédure.

Abba Abacha est accusé d'avoir participé au pillage organisé des caisses publiques du Nigeria lorsque son père dirigeait le pays d'une main de fer entre 1994 et 1998. Des milliards de francs ont été détournés au profit du dictateur, de sa famille et de ses proches et placés sur des comptes bancaires à l'étranger.

Plus de 2 milliards de francs ont été déposés en Suisse. Une année après la mort de Sani Abacha en juin 1998, le Nigeria a fait des démarches pour récupérer cet argent. Abuja a demandé l'entraide judiciaire à la Suisse. A ce jour, la justice helvétique a restitué plus de 600 millions de dollars au Nigeria.

Le clan Abacha a utilisé tous les moyens imaginables pour puiser dans les caisses de l'Etat. Le potentat pillait ainsi allègrement la Banque Centrale du Nigeria en se faisant parfois livrer des palettes entières de billets de banque. La corruption était aussi la règle lors de l'attribution des marchés publics.

A qui les 350 millions de dollars?

En novembre dernier, le juge d'instruction genevois Yves Aeschlimann avait condamné Abba Abacha par voie d'ordonnance à une peine de prison avec sursis. Il avait également prononcé la confiscation de 350 millions de dollars qu'il avait saisis au cours de son enquête au Luxembourg et aux Bahamas.

Le fils de Sani Abacha s'est opposé à cette ordonnance de condamnation, faisant ainsi passer automatiquement le dossier au Tribunal de police. Ce procès est en principe le dernier épisode du volet suisse de l'affaire. La procédure avait été ouverte en 1999 par le procureur général de Genève de l'époque Bernard Bertossa.

La justice genevoise avait déjà condamné par ordonnances plusieurs intermédiaires financiers pour blanchiment d'argent ou soutien à une organisation criminelle. La dernière condamnation en date est celle d'un financier de Genève domicilié à Monaco, qui s'est vu infligé en novembre une peine pécuniaire avec sursis.

Le procès de Abba Abacha devant le Tribunal de police de Genève se poursuit en principe mardi. (ats)

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