Genève - Le fisc mise sur Snapchat et Insta pour toucher les jeunes

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GenèveLe fisc mise sur Snapchat et Insta pour toucher les jeunes

Près de 2700 jeunes de 18 à 25 ans ne remplissent pas leur déclaration d’impôts au bout du lac. Des vidéos les incitent à le faire.

par
Léonard Boissonnas
Vidéo: AFC

«La déclaration d’impôts, c’est un truc qui peut faire peur comme ça, mais en vrai, c’est un p’tit truc à faire chaque année», lance le jeune humoriste genevois Bruno Peki dans l’une des trois capsules vidéo de l’Administration fiscale cantonale (AFC). Via une campagne sur Snapchat et Instagram, celle-ci veut en effet sensibiliser les 18-25 ans à l’importance de cet acte a priori rébarbatif.

Comme l’a indiqué jeudi la conseillère d’État chargée des Finances, Nathalie Fontanet, près de 7% d’entre eux, soit environ 2700 personnes, sont taxés d’office chaque année, car ils ne retournent pas leur déclaration. Une situation qui peut conduire certains dans «la spirale de l’endettement». «Quand vous êtes jeune et que vous recevez rappel sur rappel, vous finissez par avoir une aversion et une incompréhension, a expliqué l’élue. Il s’agit de les accompagner dans ce processus, et de faciliter le premier contact avec l’administration, la rendre accessible, humaine, attrayante.»

Indispensable pour les bourses et les aides

Outre éviter des frais supplémentaires (rappels payants, amende de 100 francs avec la taxation) et d’éventuelles poursuites à terme, la déclaration fiscale permet notamment d’avoir accès à des prestations sociales: aides au logement, subsides d’assurance maladie ou encore bourses d’études ne peuvent être accordés sans elle, a aussi rappelé la grande argentière du canton.

La campagne «Mes impôts? Je gère!» se déploie jusqu’à fin mars avec des flyers munis de QR Code, ainsi que sur les réseaux sociaux, là où se trouve le public visé: «L’idée était d’avoir un message accrocheur et on s’est dit qu’avec de l’humour, cela passerait mieux. Bruno Peki a relevé le défi», a déclaré Charlotte Climonet, directrice générale de l’AFC.

Méconnaissance, peur


Directrice de la Fondation genevoise de désendettement, dont plus de 50% des demandes concernent les moins de 30 ans (environ 350 requêtes en 2021), Johanna Velletri se félicite de l’initiative du Canton. «C’est une très bonne chose. Instagram et Snapchat sont les réseaux où vont les jeunes», dit-elle, soulignant l’importance de l’information dans ce type de démarches.

Les causes de cette omission fiscale peuvent être variées: «On a des situations très différentes. Pour certains, c’est une méconnaissance et pour d’autres, cela peut faire peur, relate-t-elle. Il y a aussi ceux qui sont en études, vivent chez leurs parents et pensent que c’est à ces derniers de faire les démarches. Il y a également ceux qui déménagent et dont les papiers ne suivent pas. Il s’agit également d’une question de langage, il faut qu’ils puissent comprendre ce qui leur est demandé.» Johanna Velletri relève que, si une taxation d’office et une amende représentent une somme «relativement petite», en revanche, «si on est privé de subsides d’assurance maladie ou de bourse d’études, ça va vite dans les milliers de francs».

À 26 ans, 20’000 francs de dettes

Les dettes liées aux impôts peuvent en effet représenter des «montants considérables», confirme Alain Bolle, directeur du Centre social protestant (CSP) de Genève, citant l’exemple d’un jeune homme de 26 ans qui était endetté à hauteur de 20’000 francs en raison d’arriérés fiscaux.

Depuis 2004, le CSP dispense des formations dans les écoles du secondaire II ou dans les centres de formation professionnelle pour sensibiliser à la gestion du budget et au risque d’endettement. Alain Bolle constate que «c’est souvent la page blanche. Beaucoup n’ont pas conscience des différentes charges qui composent un budget et n’anticipent pas les impôts, par exemple.»

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