France: «Le FN, pourquoi pas? On n'a pas essayé»
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France«Le FN, pourquoi pas? On n'a pas essayé»

Dans la France rurale, le parti d'extrême droite dirigée par Marine Le Pen est en train de se faire une place de choix.

Déjà à plus de 27% en 2012, le parti de Marine Le Pen a dépassé 45% aux européennes l'an passé.

Déjà à plus de 27% en 2012, le parti de Marine Le Pen a dépassé 45% aux européennes l'an passé.

«Le FN, pourquoi pas? On ne l'a pas essayé»: longtemps boudée par la France rurale, l'extrême droite y creuse désormais son sillon en prospérant, de l'aveu de ses adversaires et des habitants, sur les difficultés de territoires souvent enclavés et frappés par la crise.

«Tout le monde souffre ici. A partir du moment où vous souffrez, vous voulez une solution radicale». Patrick Vasseur, marchand de journaux à Ribemont dans le nord de la France, résume une frustration diffuse dans ce village de moins de 2000 âmes.

Depuis dix ans, le Front national (FN) y a triplé son score et cette tendance s'est affermie après l'élection en 2012 du président socialiste François Hollande. Déjà à plus de 27% en 2012, le parti de Marine Le Pen a dépassé 45% aux européennes l'an passé. Son objectif: transformer l'essai lors d'un scrutin départemental les 22 et 29 mars. En tête des intentions de votes (30%) à l'échelle du pays, le FN espère conquérir l'Aisne, le département local, symbole d'une France «périphérique» à l'écart des grandes villes.

«C'est l'économie qui fait monter le FN»

A Ribemont, Patrick Vasseur s'abstient d'afficher une opinion. Mais il dit «n'entendre parler que du FN» dans son magasin ou au «Café central» attenant, dans les rues où s'alignent maisons de brique rouge et blanche et commerces souvent déserts, parfois fermés. «Tous les jours», renchérit un artisan du centre-ville, qui préserve son anonymat. La zone est à l'écart des grands axes routiers ouvrant l'accès aux bassins d'emploi de la région parisienne ou de Lille (nord). Le taux de chômage de 15% y dépasse la moyenne nationale, déjà record à plus de 10%.

Le diagnostic sur l'ascension de l'extrême droite, le profil et la motivation de ses électeurs dépasse les clivages. «C'est l'économie qui fait monter le FN, le manque de travail, la hausse des impôts», estime M. Vasseur. «Les gens ont le sentiment d'être pris en étau (...) Ils sont un peu les laissés pour compte de la mondialisation», affirme Vincent Rousseau, 26 ans, professeur d'anglais au collège local, lancé dans le bain électoral par le parti de Marine Le Pen.

Maire socialiste du village, son adversaire Michel Potelet évoque lui aussi un «sentiment d'injustice» de déçus des pouvoirs «de droite et de gauche», qui «se sentent abandonnés, peut-être même un peu rejetés» et voient dans le FN «un ultime recours». «On est dans une situation aujourd'hui où les personnes le disent ouvertement. Il y a quelques années, on se cachait», souligne l'édile. «Il n'y a plus de milieux où le FN n'entre plus», se félicite Vincent Rousseau, assurant attirer «des gens de milieux complètement différents»: ouvriers, artisans, retraités.

«L'espérance bleu Marine»

«Le vote FN peut concerner toutes les catégories socio-professionnelles», confirme Yves Daudigny, sénateur socialiste et président de l'assemblée départementale sortante. «Le plus important, ce sont surtout les personnes sans qualification (...) Et puis un public jeune, même les jeunes diplômés ne trouvent pas d'emploi localement», explique Michel Potelet. «Il y a un effet d'aubaine pour le FN qui surfe sur la situation socio-économique et qui utilise aussi ce qui ne va pas au niveau national», estime-t-il.

«C'est un choix. On avance dans un cadre de conquête globale du pouvoir», assume Vincent Rousseau. Look de gendre idéal, lui et sa colistière Christelle Lahire, 34 ans, commerçante en TV-hifi-électroménager, revendiquent leur affiliation. «L'espérance bleu Marine», proclament leurs affiches. Frappées du logo du FN, une flamme bleu-blanc-rouge, elles tranchent sur celles, plus discrètes, de tous leurs adversaires. Pour les candidats de la gauche au pouvoir, pas d'étiquette partisane et un slogan neutre: «De bons élus: on les garde!».

L'absence d'étrangers n'édulcore pas non plus le discours anti-immigrés du FN, qui trouve écho chez certains habitants. «Moi, je ne suis pas raciste, j'en ai rien à foutre de qui peut vivre ici. Mais on aide beaucoup les étrangers et puis les Français, ils ne sont bons qu'à payer», grogne ainsi Monique, la quarantaine, qui souhaite garder l'anonymat. «Le destin des zones rurales, c'est ce qui se passe dans les grandes villes: demain, toutes les zones rurales auront leur part d'immigration», défend pour sa part Vincent Rousseau. (afp)

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