Catch – Genève: «Le foot américain m'a aidé à briser mes limites»

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Catch – Genève«Le foot américain m'a aidé à briser mes limites»

Devenu catcheur après avoir été joueur pro, Mojo Rawley a participé mercredi soir au show WWE Live à Genève. Il s'est confié à «20 minutes».

par
Oliver Dufour
Genève

Sa devise pourrait se traduire par: «Je ne m'excite pas, je reste excité». Mojo Rawley est une superstar de la WWE, la plus grande fédération de catch au monde. Et son énergie ainsi que sa bonne humeur semblent effectivement sans limite. A l'occasion de son passage par Genève en milieu de semaine, l'Américain de 31 ans en a profité pour nous raconter un peu son parcours et les rouages de son sport, qu'il est encore en train de découvrir.

Né Dean Muhtadi, aujourd'hui âgé de 31 ans, l'imposant colosse de 193cm pour 120kg est d'abord passé par une carrière dans le football américain, par l'université du Maryland d'abord, puis intégrant même en 2009 et 2010 les équipes de NFL des Green Bay Packers et des Arizona Cardinals. A chaque fois retranché juste à la fin du camp de préparation d'avant-saison, il n'est pourtant pas parvenu à disputer un match en championnat. A 21 ans, Mojo avait également décroché un Master en management - le plus jeune à avoir été accepté dans ce programme d'étude et à en sortir diplômé - et aussi travaillé à Wall Street. Mais c'est finalement dans l'univers du catch qu'il semble avoir véritablement trouvé chaussure à son pied.

Comment passe-t-on de joueur pro de football américain à catcheur?

Devenir une superstar du catch, c'est ce dont j'ai toujours rêvé. Gamin, c'est un des premiers trucs que j'ai regardés à la TV avec mon père et mon frère et cherché à imiter. A l'école on ne peut pas s'inscrire dans une voie vers la WWE, donc j'ai pris la route du football américain, ce qui est probablement ce qui se rapproche le plus du catch (rire). J'étais très fier d'avoir atteint la NFL, la crème de la crème du football, et j'étais prêt à me réengager pour quelques saisons, à la suite d'une blessure, mais une occasion s'est présentée à moi pour mettre un pied dans le catch et je l'ai saisie. Mon meilleur ami est Rob Gronkowski (ndlr: le légendaire «tight end» des New England Patriots) et son père, qui a des connexions au sein de la fédération de catch, a toujours été comme un deuxième père pour moi. Quand il a appris que je rêvais de la WWE, il m'a proposé de passer un coup de fil aux bonnes personnes et le reste c'est de l'Histoire!

La transition a-t-elle été simple ou au contraire ardue?

Il n'y a aucun moyen de se préparer à ce défi. Même si je suis arrivé en bonne condition et que je me sentais fort, c'était physiquement plutôt rude. Rien que je ne puisse gérer, bien sûr, sinon je ne serais pas ici aujourd'hui, mais le plus dur est sans doute la disparité sur le plan mental. Il faut pouvoir s'adapter à une vie en déplacement constant. Chaque semaine on bouge et on est loin de la maison 300 jours par an. C'est tout un apprentissage. Au football, j'étais «nose guard» (ndlr: plaqueur défensif) et c'était mentalement assez simple. Il fallait faire comme l'Incroyable Hulk: Boum! Boum! (rire) Alors que maintenant il y a toutes ces complexes petites choses méticuleuses liée au boulot. Il faut apprendre tous les mouvements, rendre tout ça lisse et fluide… Ça prend du temps pour s'y adapter et être à l'aise avec. Et il n'y a aucun moyen de se rendre compte de tout ce qu'il faut faire pour réussir ici en regardant le catch à la TV chez soi. Le football pro m'a aidé dans la mesure où il m'a appris à repousser mes limites, à travailler fort tous les jours avec intensité. J'ai toujours été le gars hyper énergique et ce que je suis toujours aujourd'hui.

Votre collègue le catcheur suisse Cesaro avait expliqué que ça lui avait pris 18 ans pour se tailler son imposant corps de catcheur. Et pour vous?

Cesaro fait d'ailleurs un boulot formidable, il a l'air fantastique! Je dirais que j'ai commencé à soulever des poids vers la fin de mon enfance. Je ne suis pas né doté de ce corps, j'ai dû travailler pour l'obtenir. Toutes ces heures passées à la salle de sport… Mais ça a surtout été dur de rendre mon corps plus désirable et esthétique. Parce qu'il le faut bien. On lutte dans des petits shorts moulants, c'est à dire très peu de vêtements, entourés de 180'000 caméras HD (sic) pour tout transmettre à la télévision sous tous les angles! Au pic de ma forme avec les équipes de NFL, j'atteignais les 150kg. Désormais je gravite plutôt autour des 120kg. Nous travaillons tous dur pour atteindre un poids idéal et ce n'est pas facile à entretenir quand on est sans arrêt en route, qu'on entre et qu'on sort des hôtels et que les restaurants sont fermés quand vous avez terminé votre soirée de travail.

En football américain, il y a quand même moins d'aspect théâtral. Ca ne vous a pas fait bizarre de jouer la comédie dans le catch?

Ce côté plus «showman» m'est venu assez naturellement. J'ai toujours été bruyant, extraverti et populaire. Au foot c'est souvent moi qui faisais les discours de motivation d'avant-match et ça mettait l'équipe mentalement sur orbite. Si je fais ça ici je vais enflammer mes adversaires. Ça serait un peu contre-productif (rire)! L'aspect sur lequel je travaille encore, c'est comment aux mieux canaliser toute cette énergie pour la transmettre à notre audience, qui est unique et très particulière. Pour cet univers-là, mon comportement est encore trop direct et peut me faire passer pour quelqu'un de désagréable et de prétentieux. Soit je dois arriver à rendre ça plus digeste pour les gens, soit je dois les forcer à subir ça et me faire détester encore plus (rire)! Mais c'est amusant d'accepter ce défi de trouver la meilleure version de moi-même, tout en restant fidèle à qui je suis. De tout mon parcours jusqu'ici, c'est assurément ce que j'ai traversé de plus compliqué.

Pour qui ne connaît pas vraiment l'aspect scénarisé et théâtral du catch, pouvez-vous expliquer comment se décide le déroulement d'un match et son vainqueur?

La réponse simple est que les fans dictent tout. Par leurs réactions, leurs retours et leur implication par rapport à chaque superstar décident de comment ça va fonctionner. Ils adhèrent à un athlète et en font un gentil qui gagne souvent ou le rejettent en tant que méchant qui fait dans les coups tordus. Mais notre environnement est très dynamique. Il faut toujours être prêt à tout. On ne sait jamais ce qui va arriver. Une fois vous avez un match, la fois suivante non. Vous êtes persuadé que vous serez au repos tel jour et on vient vous annoncer un gros combat, peut-être même pour disputer un titre. Dans cette compagnie (ndlr: la WWE) on ne peut jamais se permettre la suffisance. Mais notre but ultime est de raconter des histoires. En direct, avec nos corps. De nous passer à la moulinette en faisant tout notre possible pour que les fans - on l'espère - apprécient la performance qu'on leur présente. Et d'une ville à l'autre, et même d'une année à l'autre dans la même ville, il faut avoir une panoplie de plans en stock, parce que ce qui avait marché une fois n'aura pas forcément autant de succès la fois suivante. Mais pour résumer, ce sont des histoires classiques de super-héros. Les gentils contre les méchants. J'ai joué les deux rôles. Ils ont été très amusants tous les deux, même si vraiment différents. Je ne renoncerais à tout ça pour rien au monde. J'ai beaucoup sacrifié pour être ici et je n'ai jamais regretté mon choix.

En parlant de super-héros, vous en êtes forcément un pour vos fans...

Je prends très à cœur ce que nous faisons en dehors du ring. La portée de notre organisation est incroyable. J'aime essayer d'aider à changer la vie d'un enfant. Je me sens davantage super-héros quand j'inspire un gamin en lui rendant visite à l'école que quand je dispute un gros combat sur le ring.

Qui est votre personnage favori dans l'univers des super-héros?

Je crois que mon préféré est Thor, même si Hulk est assez génial aussi. Je voudrais pouvoir lancer un marteau et qu'il me revienne dans la main, m'habiller de façon géniale avec une cape. Et balancer des éclairs. Je pense que je ne perdrais plus jamais un match si je pouvais faire ça. Mais ça serait peut-être un peu trop facile!

Mojo Rawley, lorsqu'il était le footballeur Dean Muhtadi

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