04.11.2020 à 02:30

ÉthiopieLe Front de libération du peuple du Tigré a attaqué une base militaire fédérale

«Nos forces de défense ont reçu l’ordre (…) d’assumer leur tâche de sauver la nation», a déclaré sur les réseaux sociaux le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.

«Le dernier stade de la ligne rouge a été franchi», a déclaré le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed suite à une attaque du Front de libération du peuple du Tigré. (Photo AFP)

«Le dernier stade de la ligne rouge a été franchi», a déclaré le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed suite à une attaque du Front de libération du peuple du Tigré. (Photo AFP)

AFP

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré mercredi que le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti au pouvoir dans cette région d’Éthiopie, «a attaqué une base militaire fédérale», et Abiy Ahmed a annoncé une réponse militaire. Une telle réponse marquerait le début d’un potentiel conflit en Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, en proie à des tensions internes croissantes.

«Le TPLF a attaqué un camp militaire (fédéral) dans le Tigré. Il a essayé de piller le commandement du Nord», a déclaré Abiy Ahmed dans un texte posté sur Facebook et sur Twitter. «Nos forces de défense ont reçu l’ordre (…) d’assumer leur tâche de sauver la nation. Le dernier stade de la ligne rouge a été franchi. La force est utilisée dans la même mesure pour sauver le peuple et le pays», a-t-il ajouté.

Il n’était pas possible dans l’immédiat d’obtenir plus de détails sur cette attaque présumée au Tigré, dont les responsables n’étaient pas joignables par téléphone. Netblocks, un site qui surveille les coupures internet, a indiqué que ce réseau semblait avoir été coupé dans la région à partir de 01h00 heure locale. De même, la nature concrète de la réponse militaire fédérale n’était pas clairement établie dans l’immédiat.

Possibilité d’un «conflit destructeur»

La tension est montée d’un cran ces derniers jours entre Addis Abeba et le Tigré, qui ne reconnaît plus l’autorité de l’État fédéral depuis que les élections nationales qui devaient se tenir en août dernier ont été reportées. Rejetant la prolongation par le Parlement fédéral du mandat des députés – nationaux et régionaux – censé expirer en octobre, les leaders tigréens, qui ont dominé la politique nationale pendant près de 30 ans avant l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, ont décidé de tenir unilatéralement des élections dans leur région en septembre.

Depuis, chaque camp considère l’autre comme illégitime. Les sénateurs éthiopiens ont voté début octobre pour une rupture des contacts et des financements entre les autorités fédérales et les responsables du Tigré. La semaine dernière, ces tensions se sont cristallisées sur le contrôle des personnels et équipements militaires du Tigré.

Vendredi, un général nommé par Addis Abeba avait été empêché d’y prendre son poste par le TPLF et avait dû rebrousser chemin, après avoir été informé que «sa nomination ne serait pas considérée comme légitime».

«Conflit destructeur»

Le Tigré abrite une part importante des personnels et équipements militaires de l’État fédéral, un héritage de la guerre qui avait opposé en 1998-2000 l’Éthiopie à l’Érythrée, qui borde cette région septentrionale. La région totalise «plus de la moitié de l’ensemble du personnel des forces armées et des divisions mécanisées» du pays, selon un rapport du centre de réflexion International Crisis Group (ICG) publié vendredi.

Dans ce rapport, l’ICG avait mis en garde contre la possibilité d’un «conflit destructeur susceptible même de mettre en pièces l’État éthiopien.» Des officiels tigréens ont récemment déclaré qu’ils ne déclencheraient pas un conflit militaire. «Nous ne serons jamais les premiers à tirer, ni les premiers à flancher», a déclaré la semaine dernière à l’AFP Getachew Reda, un haut responsable du TPLF.

Mardi soir, quelques heures avant l’annonce du Premier ministre, Wondimu Asamnew, un autre haut responsable tigréen, a déclaré à l’AFP que le gouvernement fédéral était en train d’amasser des troupes à la frontière sud du Tigré – une information qui ne pouvait pas être vérifiée de manière indépendante.

«Je pense que quand on en vient à la mobilisation militaire, il ne s’agit pas d’un jeu d’enfants. Et cela peut déclencher une guerre totale, vous voyez? Et ce qu’ils font, c’est jouer avec le feu, vous voyez», a dit Wondimu Asamnew. «Tout peut arriver, à tout moment. Une petite étincelle peut enflammer toute la région. Donc je pense que nous sommes en alerte et je peux assurer que nous sommes capables de nous défendre.»

(AFP/NXP)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
0 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé