Seoul: Le G-20 accouche d'une souris
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SeoulLe G-20 accouche d'une souris

Les dirigeants du G-20, dont la France a pris la présidence pour un an, ont refusé vendredi d'appuyer les efforts de Washington pour contraindre la Chine à réévaluer le yuan.

Les dirigeants du G-20, dont la France a pris la présidence pour un an, ont refusé vendredi d'appuyer les efforts de Washington pour contraindre la Chine à réévaluer le yuan, promettant simplement de s'abstenir de toute «dévaluation compétitive».

Le sommet de deux jours organisé à Séoul n'a pas permis de régler l'épineux conflit sur la monnaie chinoise, qui fait craindre une guerre commerciale. Dans le communiqué final, les chefs d'Etat et de gouvernement ont tenté de donner l'impression d'unité qui prévalait il y a deux ans lors du premier du G-20, convoqué en pleine crise financière mondiale.

Mais de profondes divergences, en particulier sur le yuan, ont contraint les négociateurs à travailler toute la nuit pour arriver à un communiqué édulcoré. Certains dirigeants ont malgré tout tenté de présenter ce cinquième sommet du G-20 comme un succès, soulignant les engagements à lutter contre le protectionnisme et à se doter d'outils l'an prochain pour mesurer les «grands déséquilibres persistants» dans les échanges commerciaux internationaux.

«Notre principal sujet a été la question des changes et des déséquilibres mondiaux (...) Il me semble que c'est déjà un succès que les Vingt acceptent de considérer que c'est un problème», a déclaré le président français, Nicolas Sarkozy, à l'issue du sommet qui marque le début de la présidence française du groupe pour un an.

L'échec des Etats-Unis à rallier le soutien des autres pays sur le yuan souligne le déclin de l'influence américaine sur la scène internationale, notamment sur les questions économiques. Le président américain Barack Obama a également essuyé un revers en échouant à conclure cette semaine un accord de libre-échange avec la Corée du Sud.

La promesse contenue dans le communiqué final de refuser «toute dévaluation compétitive» est une grosse déception pour Washington, qui accuse Pékin de maintenir le yuan à un niveau artificiellement bas pour favoriser les exportations chinoises. Une telle déclaration n'a qu'une portée réduite, les Etats ne dévaluant leur devise que dans des situations extrêmes, comme une grave crise financière.

Les Etats-Unis n'ont pas réussi à faire inclure dans le texte le terme de «sous-évaluation compétitive», qui aurait montré une prise de position plus ferme du G-20 à l'égard de la politique monétaire chinoise. La position des Etats-Unis à Séoul a été affaiblie par la décision de la Réserve fédérale d'injecter 600 milliards de dollars de liquidités dans le but de relancer l'économie américaine, mesure qui pousse le billet vert à la baisse.

Le risque d'une guerre des monnaies persiste «complètement», a déclaré le ministre brésilien des Finances Guido Mantega. Le contentieux sur le yuan menace également d'entraîner une résurgence du protectionnisme.

Il est peu probable que l'accord de Séoul permette de réduire l'énorme déficit commercial enregistré par les Etats-Unis avec un pays comme la Chine, même si les dirigeants du G-20 ont dit vouloir avancer sur la question. Les «grands déséquilibres persistants» des comptes courants seraient évalués grâce à des «lignes directrices indicatives» devant être déterminées ultérieurement, selon le communiqué.

Les chefs d'Etat et de gouvernement ont demandé que ces lignes directrices soient fixées par le G-20 avec l'aide du Fonds monétaire international (FMI) notamment. Ils ont aussi demandé une réunion de leurs ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale au premier semestre 2011 pour faire le point.

Le sommet laisse les analystes sur leur faim. «La seule décision concrète semble être que (les chefs d'Etat et de gouvernement) devraient continuer à mesurer la taille du problème plutôt que de faire quelque chose pour le régler», note Stephen Lewis, chef économiste de Monument Securities, basé à Londres, en référence à la question des déséquilibres mondiaux. (ap)

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