Tchad: Le «général-président» Mahamat Déby dans les pas de son père
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TchadLe «général-président» Mahamat Déby dans les pas de son père

Après la mort au combat de l’homme fort du Tchad, Idriss Déby, en avril 2021, son fils a été propulsé à la présidence. Un an plus tard, ayant pris son père pour exemple, Mahamat a endossé le costume.

Avant d’être propulsé à la présidence tchadienne, Mahamat Déby n’avait jamais approché la politique de près ou de loin.

Avant d’être propulsé à la présidence tchadienne, Mahamat Déby n’avait jamais approché la politique de près ou de loin.

AFP

Mahamat Idriss Déby Itno, le regard fuyant, paraît bien timoré quand l’armée annonce à la télévision, il y a un an, la mort de son père, Idriss Déby Itno, maître absolu du Tchad depuis 30 ans, tué au front contre des rebelles. Le jeune général arbore déjà quatre étoiles à 37 ans, mais son nouveau costume semble alors bien grand pour cet homme, issu d’une école d’officiers tchadienne et n’ayant jamais approché la politique de près ou de loin: le 20 avril 2021, dans la même vidéo, il est proclamé, par les militaires fidèles à son père, chef d’une junte de quinze généraux et président de la République jusqu’à des «élections libres et démocratiques».

Un an plus tard, il campe un chef de l’État assuré, copiant les attitudes martiales de son géniteur, au pays ou en côtoyant de nombreux présidents à l’étranger, car rapidement adoubé par une communauté internationale tout aussi prompte à vilipender et sanctionner ailleurs en Afrique les militaires putschistes. Il faut dire que le Tchad est réputé disposer de la meilleure armée de la région, pilier de la guerre contre les djihadistes au Sahel aux côtés des troupes françaises.

«Une vraie continuité»

Tout comme son père au début de son règne et dans un pays constamment en proie à des rébellions, Mahamat Déby ne se départ jamais de son treillis les premiers mois, ni du béret rouge des commandos d’élite de la garde présidentielle, qu’il commandait sous Idriss Déby, encore moins de lunettes noires qui lui donnent un air menaçant. Certains le décrivent taciturne et secret, d’autres disent qu’il s’efforce d’asseoir une autorité déjà contestée, dans la rue comme chez certains compagnons influents de son père.

Puis il troque progressivement la tenue militaire pour le boubou et la coiffe traditionnelle qu’affectionnait Idriss Déby. Ou le costume bien taillé, fines lunettes dorées sur le nez. Là encore, comme son père.

Mahamat s’est illustré au combat, notamment en 2009, dans l’est, contre la rébellion. Tout comme son père là encore, ancien rebelle qui s’est emparé du pouvoir en 1990 – à 38 ans – et n’a jamais cessé de se dépeindre en «guerrier» menant ses soldats au front. Mahamat Déby a rapidement «consolidé son pouvoir en s’entourant des caciques de l’ancien régime», assure Thierry Vircoulon, spécialiste de l’Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales, pour qui «il y a une vraie continuité», pour qui «le système Déby est toujours en place».

Ethnie minoritaire

Au-delà de l’habit et des accessoires, la ressemblance s’arrête là: le père faisait bien 1m80, le fils est de taille bien plus modeste. Experts et officiers étrangers ironisaient volontiers sur ce jeunot à quatre étoiles déjà. Il s’en est épinglé une cinquième le 21 décembre 2021, devenant général de corps d’armée, le plus haut grade possible.

Pour asseoir son pouvoir, Idriss Déby s’appuyait sur son ethnie, ultra-minoritaire, les Zaghawas, à qui il a confié les postes clés de l’armée. Mahamat, bien qu’à moitié gorane par sa mère, ethnie souvent rivale voire ennemie, s’appuie sur le même clan. «Ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir, autour des Zaghawas», souligne Roland Marchal, du Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris.

«Un petit espace pour que les oppositions puissent s’exprimer»

Certains observateurs notent cependant des différences dans l’exercice du pouvoir chez Mahamat Déby. Contrairement à son père, qui interdisait toute manifestation, le fils «laisse un petit espace pour que les oppositions puissent s’exprimer», admet Roland Marchal. Il a invité l’opposition politique et les innombrables groupes rebelles à un Dialogue national inclusif, qui tarde cependant à s’ouvrir. «Il est moins impulsif que le père, plus posé, il écoute plus qu’il ne parle», assure anonymement un proche conseiller.

Il a également dû donner des gages à la communauté internationale, à qui il a promis, il y a un an, de rendre, sous 18 mois, le pouvoir aux civils et de ne pas se présenter aux futures élections. Mais le chef de la junte a porté, en juin 2021, un premier coup de canif à ses promesses, en envisageant une prolongation de 18 mois de la transition et en remettant son «destin» à «Dieu» sur une éventuelle candidature à la présidentielle.

(AFP)

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