Référendum en Egypte: Le général Sissi en embuscade
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Référendum en EgypteLe général Sissi en embuscade

Les Egyptiens ont commencé à voter mardi à l'occasion d'un référendum sur une nouvelle Constitution.

L'actuel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al Sissi, pourrait se servir de ce scrutin comme d'un tremplin vers la présidence. Cette consultation, qui se prolongera mercredi, est le premier vote organisé en Egypte depuis que l'armée a évincé en juillet dernier le président démocratiquement élu un an plus tôt, Mohamed Morsi.

Les bureaux de vote ont fermé à 19h00 GMT (20h00 en Suisse) et devaient rouvrir mercredi à 07h00 GMT pour le dernier jour de vote.

Au moins 140 personnes, dont des membres des Frères musulmans, ont été arrêtées dans la journée pour avoir perturbé les opérations de vote, selon des responsables de sécurité.

Première étape de la «feuille de route» présentée par l'armée après son coup de force, la Constitution a été rédigée par une commission dont étaient exclus les islamistes, sur fond de répression implacable contre les Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, de violences et d'attentats.

Chef d'état-major de l'armée, le général Sissi, dont le portrait orne de nombreux bâtiments, a lié à demi-mot sa candidature à l'élection présidentielle, qui pourrait se tenir en avril, au «mandat populaire» que lui conférerait, selon lui, une forte participation et une large victoire du «oui» à la Constitution.

«Un homme à poigne»

A 59 ans, le général Sissi est présenté par ses partisans comme un sauveur, seul en mesure de ramener le calme et la stabilité en Egypte après trois années de chaos consécutives à la révolution ayant emporté Hosni Moubarak, lui-même issu de l'armée.

«C'est un homme à poigne», selon Oum Sami, habitante d'un bidonville du Caire, résumant le sentiment de nombreux Egyptiens qui appellent de leurs voeux un retour des militaires au pouvoir. Cela même si le prix à payer est un recul des libertés acquises en 2011.

Patientant dans la file d'attente formée devant un bureau de vote du Caire, Gamal Zeinhom, un électeur de 54 ans, confirme. «On est ici pour deux raisons: éradiquer les Frères (musulmans) et inscrire nos droits dans la Constitution.»

Forte participation

Pour s'assurer la mobilisation des électeurs, les autorités ont permis aux Egyptiens de voter là où ils se trouvent, pour leur éviter d'avoir à rentrer dans les villes où ils sont enregistrés sur les listes électorales. Le ministère de l'Intérieur a fait état dans la journée d'une forte participation.

Le pouvoir a assuré que les bases de données électroniques permettraient d'éviter les fraudes, le bourrage des urnes et les votes multiples. Ces pratiques étaient la norme à l'époque où Hosni Moubarak était président.

L'ancien raïs veut voter

Détenu dans un hôpital militaire du Caire dans l'attente de son nouveau procès pour la mort de manifestants en 2011, Hosni Moubarak a lui-même demandé à pouvoir voter, a déclaré son avocat, Farid el Dib. Ce dernier a précisé qu'il souhaitait «bien sûr» voter «oui».

Le gouvernement a annoncé un déploiement massif de policiers et de militaires pour garantir la sécurité des électeurs. Déclarés «organisation terroriste» par les autorités le 25 décembre dernier, les Frères musulmans ont, eux, appelé à boycotter ce référendum.

Attaque à la bombe

Mardi, une bombe de faible puissance a endommagé la façade d'un tribunal au Caire sans faire de blessé, deux heures avant l'ouverture des bureaux de vote. Hors du Caire, huit personnes ont par ailleurs été tuées dans des heurts entre des manifestants pro-Morsi et les forces de l'ordre ou des partisans du nouveau pouvoir.

Pratiquement aucune force politique n'a appelé à voter «non» au référendum. Les seuls qui s'y sont risqués, des militants du parti L'Egypte forte, dirigé par un dissident de la confrérie, ont été arrêtés pour possession d'affiches et de tracts, selon des organisations des droits de l'homme.

Si elle est adoptée, la nouvelle Constitution égyptienne renforcera l'indépendance de l'armée, s'affranchira des ajouts d'inspiration islamiste figurant dans le texte actuel et interdira, entre autres, les partis politiques sur des bases religieuses. (ats)

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